Sils Maria : Troublant et décevant

SilsMaria1

Troublant et étrange, le dernier film d’Olivier Assayas est une œuvre en demi-teinte, portée par un duo d’actrices brillantes. Sils Maria s’articule autour du remake d’une pièce de théâtre et offre une vision intéressante de l’industrie du cinéma vue de l’intérieur. À travers la relation ambiguë et envahissante entre une actrice et son assistante, Sils Maria fustige le cinéma contemporain en opposant deux générations contrastées et forcées de co-exister à cause des ambitions hollywoodiennes. L’exercice est ambitieux, et surtout intéressant, pourtant à force de lancer plusieurs intrigues à la fois, Sils Maria ne parvient pas à aboutir, laissant alors planer un sentiment de frustration et obligeant son public à trouver ses propres réponses avec le peu d’éléments offerts. Dommage, car Kristen Stewart et Juliette Binoche sont véritablement excellentes.

Le pitch : À dix-huit ans, Maria Enders a connu le succès au théâtre en incarnant Sigrid, jeune fille ambitieuse et au charme trouble qui conduit au suicide une femme plus mûre, Helena. Vingt ans plus tard on lui propose de reprendre cette pièce, mais cette fois de l’autre côté du miroir, dans le rôle d’Helena…

Présenté au Festival de Cannes 2014, Sils Maria met en parallèle deux générations à travers la réadaptation d’une pièce de théâtre à succès. Alors qu’Hollywood croule sous les remakes, reboots et autres suites afin de remettre au goût du jour des œuvres devenus cultes et/ou classiques (et/ou oubliées), Olivier Assayas (Après Mai, L’heure d’été…) tente d’interpréter le face-à-face entre ces deux mondes, tout en comparant leurs différences et leurs incompréhensions à travers ses personnages clés. Au-delà de l’écart entre les âges, Sils Maria réussit à retranscrire le regard posé par la génération plus classique sur sa petite « sœur » plus moderne, soulignant ainsi la tendance m’as-tu-vu du cinéma actuel, plus porté sur les apparences que sur les émotions sensées transparaître dans un film.
Sils Maria est complexe, car en plus de sa trame principale, le film développe plusieurs sous-intrigues intéressantes. Si la fameuse pièce de théâtre, Maloja Snake, prend de la place, ce n’est pas seulement pour son contenu mais surtout pour les thèmes véhiculés : l’amour, la séduction, l’âge et la manipulation sentimentales… Autant d’éléments qui vont rapidement se refléter sur les deux personnages principaux, de façon à la fois prévisible et implicite puisque cela ne sera jamais clairement exprimé. Toutefois, Olivier Assayas maintient une tension élusive entre ses personnages principaux, nous emprisonnant dans cette relation exclusive et éludant rapidement les différences sociales entre l’actrice renommée et son assistante, afin de les rapprocher et de les confondre avec les personnages qu’elles interprètent. Des échanges éclairés nait petit à petit une confrontation palpable, alors que leurs points de vue sur le cinéma actuel s’entrechoquent, opposant ainsi l’ouverture d’esprit et l’idéalisme de la jeunesse et l’expérience teintée de craintes de son aînée. C’est justement cette dualité perpétuelle qui anime le film, tant le personnage principale évolue en anticipant son nouveau rôle, peut-être trop familier. Sils Maria résonne comme un état des lieux sur le temps qui passent, des idéaux que l’on finit par abandonner avec l’âge au constat grinçant que les générations suivantes affectionnent des valeurs superflues.
Bavard mais pas vain, Olivier Assayas mise sur des dialogues affûtés et souligne la complexité du métier d’acteurs, notamment en jouant sur l’ambivalence de ses personnages féminins grâce à cette fameuse pièce de théâtre. Au passage, le réalisateur en profite pour exprimer sa vision du cinéma d’aujourd’hui, éraflant au passage les films de super héros (X-Men, ouch !), les cinéastes devenus « à la mode » après un film et, évidemment, les actrices trash qui tentent de se racheter une crédibilité à travers un film indie (hello Lindsay Lohan).

silsmaria4

Trop subtil ou trop ambitieux (trop lent), Sils Maria finit malheureusement par perdre de son intérêt en cours de route et, malgré (à cause de ?) ses intrigues intéressantes, ne semble jamais aboutir. En effet, aussi bien dans le fond que dans la forme, Olivier Assayas fait quelques choix malheureux qui perturbent la lecture de son film. Si Sils Maria offre de magnifiques plans sur la nature et la fameuse formation du « Maloja Snake », qui laissent rêveur, le réalisateur opte pour une mise en scène sobre éclipsée par la performance des actrices. Ce qui ne l’empêche pas de proposer un espèce de faux extrait de film fantastique (où il est question de mutants, hum-hum…) aussi inesthétique que prétentieux, ce qui détonne avec le reste du film. D’ailleurs, pour ceux qui aiment les films fantastiques, de super héros, etc, (comme moi, hin), il faudra prendre sur soi pour ne pas se sentir trop insulté par le mépris évident d’Olivier Assayas pour ce genre.
Autre bémol : le découpage (assez scolaire) du film en trois actes, sensé faire écho à une pièce de théâtre, ressemble un peu à une vague excuse pour camoufler les creux et les ellipses temporelles. Mais le véritable problème se présente au moment où (et je suis un peu obligée de vous spoiler là-dessus) un des personnages disparaît brutalement. Il y a une différence entre laisser planer un doute en distillant quelques éléments de réponses et complètement ignorer le besoin de compréhension du public ! Ce personnage est-il parti ou [HYPOTHÈSE PERSONNELLE] était-il imaginaire depuis le deuxième acte ? Mystère… Sils Maria élude complètement la question et si, jusque là, la façon implicite dont Olivier Assayas abordait les différentes intrigues du film était captivante, cette fois le manque d’information laisse pantois et frustré. Que s’est-il passé ?!
Alors que Sils Maria proposait un début très prometteur, la dernière partie du film se révèle plutôt frustrante, notamment tout le prologue en fait, qui tranche distinctement avec l’aspect intimiste et passéiste du reste du film. Dommage, car la richesse du film, à travers ses intrigues multiples, donnait envie d’une véritable conclusion, mais le changement de ton radical du dernier acte marque une coupure bien trop nette que l’on traverse passivement (en se demandant ce qu’il est arrivé au personnage disparu plus tôt).

Au casting : je l’avais détestée dans Elles et La Vie d’Une Autre, mais cette fois Juliette Binoche (Godzilla, Cosmopolis, Paris…) livre une performance magnifique, en maîtrisant les nombreuses nuances de son personnage et grâce à une interprétation brillante. À ses cotés, Kristen Stewart (Sur La Route, Welcome to the Rileys…) est également géniale dans son rôle (il faut dire qu’en dehors de Twoilet Twilight ou Blanche-Neige et le Chasseur, elle sait être une vraie actrice quand il s’agit de films indépendants), contrairement à Chloë Grace Moretz (Carrie – La Vengeance, Kick-Ass, Dark Shadows…), peu crédible dans son personnage de diva trash assagie. Coté acteurs masculins, Brady Corbet (Martha Marcy May Marlene…) et Lars Eidinger sont plutôt éclipsés.

En conclusion, Sils Maria est un film captivant, autant par ses propos que par le talent des actrices principales. Malheureusement, à force de démultiplier ses intrigues et de produire des écarts discutables, le film d’Olivier Assayas ne parvient pas à aboutir et perd de son attrait en cours de route. Dommage, c’était vraiment bien parti. À voir, ne serait-ce que pour la réflexion proposée par Olivier Assayas sur le cinéma moderne.

They say 40 is the new 20. We're like sisters.

They say 40 is the new 20. We’re like sisters.

Publicités

3 réflexions sur “Sils Maria : Troublant et décevant

  1. Analyse très intéressante avec laquelle je suis d’accord sur de nombreux points!

    Personnellement, j’ai une autre explication sur la disparition soudaine de Kristen Stewart à la fin du film. Lorsqu’elle marche avec Juliette Binoche au petit matin pour aller voir le fameux serpent, Kristen explique qu’une oeuvre est toujours sujet à plusieurs interprétations possibles. Or Juliette est persuadée qu’à la fin de la pièce, Helena disparait et se suicide. Alors que Kristen pense qu’elle disparait sans pour autant mourir. Je pense donc tout simplement que Kristen décide de disparaitre pour « prouver » que sa théorie est aussi valable que la sienne. Tout comme moi je pense que votre théorie sur Kristen qui est un personnage imaginaire à partir du deuxième acte est tout aussi valable que la mienne.

    • Personnellement je ne dirais pas ça du tout
      Même si ce sont des théories plausible je pense que Le réalisateur a seulement voulu montrer le parallélisme entre La pièce de théâtre et sa vie comme si vous l’avez bien expliquer et Que La « jeune » donc part sans laisser aucune trace. Par ailleurs Le « III actes » qui peux paraître fort long effectivement montre juste je pense ce que La pièce de théâtre laisserai en suspens et donc La fin du film Mais à l’intérieur du film. Pour etre plus claire je pense que cest  » l’apres disparition » qui est montre la et sa vie ou survie après la séparation avec La personne jeune

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s