[COUP DE CŒUR] Horns : Imparfait mais assumé et captivant

Horns

À mi-chemin entre le conte gothique et le fantastique, Horns est le dernier petit bijou offert par Alexandre Aja. Derrière une critique piquante du genre humain se cache un récit captivant où l’humour noir côtoie les sentiments les plus purs dans un mélange de genres certes non maîtrisé, mais toujours assumé. Malgré ses quelques imperfections et une intrigue principale prévisible, Horns séduit grâce à son ton décalé où l’absurde flirte avec une poésie enivrante et une noirceur fascinante. Un cocktail efficace et inattendu qui ne laissera personne indifférent.

Le pitch : Soupçonné d’avoir assassiné sa fiancée, rejeté par tous ceux qu’il connaît, Ignatius a sombré dans le désespoir. Un matin, il se réveille avec une paire de cornes sur la tête. Celles-ci lui donnent un étrange pouvoir, celui de faire avouer leurs plus noirs secrets aux gens qu’il croise. Ignatius se lance alors à la recherche du véritable meurtrier…

Présenté au Festival international du film de Toronto en 2013, Horns a mis du temps avant d’arriver sur nos écrans français, pour des soucis de montage et de version finale en accord avec la vision du réalisateur. Mais cela valait le coup d’attendre ! Alexandre Aja fait partie des rares cinéastes français que j’admire depuis que j’ai découvert Haute Tension il y a quelques années, car il a une véritable patte ambitieuse et « in your face », sans avoir peur de miser sur l’exagération, ni de trancher franchement dans le sanguinolent. Du coup, j’attends chacun de ces films avec un sentiment fébrile, quelque part entre l’excitation et l’appréhension (« pourvu qu’il ne se plante pas »). La Colline A Des Yeux, Mirrors ou encore Piranha 3D… Alexandre Aja explore le cinéma d’épouvante avec brio et même lorsqu’il n’est pas derrière la caméra, il produit de jolies pépites comme 2ème Sous-Sol ou le récent Maniac de Franck Khalfoun.

En adaptant le roman Cornes de Joe Hill (le fils de Stephen King), Alexandre Aja se lance un nouveau défi, assez éloigné des films d’horreur qu’il réalise habituellement. En effet, sous ses airs de thriller, Horns oscille entre différents genres, grâce une empreinte artistique très fantastique et une narration aussi déroutante qu’intéressante. Le film surprend, aussi bien par son intrigue particulière que par son traitement dense et tumultueux, dans lequel un humour inattendu  et une bande originale endiablée (hihi) viennent décomplexer un ensemble très sérieux.
L’histoire peu ordinaire d’un homme qui se voit pousser des cornes attise la curiosité et, rapidement, les nouveaux « pouvoirs » de notre héros vont donner une nouvelle dimension intéressante. Alexandre Aja en profite, comme souvent, pour dépeindre avec beaucoup d’épaisseur une société américaine (ou tout simplement humaine) sous un jour peu amène, exorcisant les démons et les obsessions de tout à chacun. Si l’intrigue principale (qui a réellement tué Merrin ?) est légèrement cousue de fils blancs, la magie de Horns opère bien au-delà, au fur et à mesure que les masques tombent, grâce à une narration enlevée et un casting formidable.

L’ensemble est assez osé, grâce à la mise en scène légèrement foutraque d’Alexandre Aja qui va tester les limites de son sujet. Le résultat est probablement plus grisant que prévu car le personnage de Daniel Radcliffe vrille les interdits. C’est presque jubilatoire de voir notre ex-Harry Potter cumuler les excès dans un film qui ose des scènes et des comportements explicites (sexe, drogue, alcool…), bien loin de la saga adolescente qui a lancé la carrière de l’acteur principal. Si ses fans seront probablement déroutés par Horns, ceux d’Alexandre Aja reconnaîtront le coté irrévérencieux du cinéaste qui n’hésite jamais à balancer des images presque choquantes de façon gratuite, avec un second degré malicieux et outrancier.
Il faut donc l’avouer, Horns est savoureux sur plusieurs points et se démarque du thriller de base. En plus de voir Daniel Radcliffe exceller dans un rôle aussi sombre, Alexandre Aja vient titiller notre notion du politiquement correct en explorant la face cachée du genre humain cocoonné entre les griffes d’une société puritaine et auto-censurée par la bienséance. Entre les révélations juteuses et les éléments de réponses, Horns ne manque pas de rythme et réussit à maintenir l’intérêt jusqu’au bout, tout en sautant à pieds joints dans tous les excès, aussi bien visuels que narratifs.

En effet, si le mariage des genres manque de subtilité, l’ambition d’Alexandre Aja est appréciable, quitte à classer Horns parmi les ovnis du cinéma. L’atout principal du film reste son humour décalé, et ses penchants absurdes et parfois grotesques restent en accord avec l’intrigue sombre et fantastique. Malgré une histoire finalement lugubre, ces écarts de conduite donne du peps au film et attise la curiosité pour ce cocktail étrange et – excuse my french – foutrement couillu. En effet, au-delà du mythe de l’ange déchu, Horns tisse en filigrane trois tableaux distincts dans lesquels le film revisite le jardin d’Eden, le purgatoire et l’enfer, avant de développé ses personnages à travers les péchés capitaux (la gourmandise, la colère, la luxure, l’envie…). Alexandre Aja parvient à intégrer ces éléments surnaturels en reprenant les croyances religieuses à la lettre, sans pourtant s’étaler sur le sujet ni chercher à asseoir certaines idées.

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Cependant, si on adhère au traitement jusqu’au-boutiste du film, le véritable bémol de Horns réside dans le déroulement de son intrigue principale dont l’issue est prévisible bien trop tôt. De plus, la mise en scène irrégulière d’Alexandre Aja laisse souvent perplexe, car le film passe une grande partie à osciller entre des flashbacks un peu trop longs et une orientation comique envahissante, avant d’entrer tardivement dans le vif du sujet, ce qui a tendance à brouiller les pistes. Il y a peut-être trop d’informations et trop de personnages, résultat : une vision plus globale et centrée du film aurait permis d’éliminer ou de réduire certaines scènes qui étirent inutilement le film.

Inspiré par la série culte Twin Peaks et cousin éloigné (peut-être) du Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro par son approche gothique et romanesque, Horns joue avec les apparences, sans avoir peur d’exploiter ses idées jusqu’au bout. Quelques parts entre la comédie et le paranormal, Alexandre Aja se frotte aux clichés, osant adapter des croyances ésotériques dans un univers contemporain. On se laisse facilement emporté par Horns, mi-amusé mi-intrigué, tant on a hâte de voir comment cela va se terminer. Car, effectivement, ce film se découvre réellement comme un conte, c’est ce qui fait tout son charme. Derrière ses excès et un ensemble plutôt délirant, Horns est assumé et réussit néanmoins à ne pas se perdre en route en conservant une trame suffisamment sombre et crédible.
Du coup, on peut excuser assez facilement le fait qu’Alexandre Aja a peut-être eu du mal à jongler entre les genres cinématographiques (la comédie, le fantastique, l’horreur ou encore le thriller…), car on apprécie largement le fait d’être face à une histoire aboutie et cohérente. Horns est un film surprenant et inédit, qui se savoure du début à la fin. Tant pis si Alexandre Aja en fait trop, tant pis s’il choque, tant pis s’il se rate parfois, tant pis si la subtilité n’est pas son fort : le plaisir est indéniablement au rendez-vous.

Au casting, Daniel Radcliffe (Harry Potter, La Dame En Noir, Kill Your Darlings…) a beau avoir le visage d’Harry Potter, il ne fera pas partie de ces acteurs cantonner à un seul rôle et continue de briller dans la peau de personnages plus obscures et complexe. En effet, il est tout simplement époustouflant. À ses cotés, Max Minghella (Agora, The Social Network, Les Stagiaires…) obtient son premier rôle remarquable, Joe Anderson (The Crazies, Hercule…) se révèle convaincant et étonnant, tandis que Juno Temple (Killer Joe, Sin City – J’ai Tué Pour Elle, Maléfique…) est superbe et ensorcelante.
James Remar et Kelly Garner sont également de la partie et j’ajouterai une mention spéciale pour le casting des enfants, notamment Sabrina Carpenter et Mitchell Kummen dont la ressemblance avec, respectivement, Juno Temple et Daniel Radcliffe (qu’on a connu enfant) est troublante.

En conclusion, si l’intrigue principale est souvent prévisible, Horns n’en est pas moins surprenant. Alexandre Aja livre un petit bijou audacieux, à la fois sombre et lumineux, qui réussit à fasciner grâce à ses travers assumés. Derrière une façade tordue et jubilatoire, Horns allie le charme du conte fantastique au frisson du thriller déroutant dans un ensemble certes un peu bordélique, mais piquant à souhait et terriblement addictif. À voir !

Sssssssssslyyyytheriiiiiiinnnn....

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