White Bird : Décevant, malgré un casting remarquable

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Une adolescente en proie à ses hormones et une mère destructrice qui disparaît du jour au lendemain, le nouveau film de Gregg Araki semblait prometteur, à la fois bouleversant et sensuel. Si White Bird s’offre un casting en or, le film ne fait qu’effleurer la surface d’un sujet multiple qui aurait pu être bien mieux exploité. Au lieu de cela, si Shailene Woodley se lâche enfin sur grand écran, son personnage reste malheureusement très plat, face à une Eva Green géniale. White Bird passe largement à coté de son potentiel dramatique pour proposer une histoire tiède, attendue et pas vraiment intéressante. Dommage.

Le pitch : Kat Connors a 17 ans lorsque sa mère disparaît sans laisser de trace. Alors qu’elle découvre au même moment sa sexualité, Kat semble à peine troublée par cette absence et ne paraît pas en vouloir à son père, un homme effacé. Mais peu à peu, ses nuits peuplées de rêves vont l’affecter profondément et l’amener à s’interroger sur elle-même et sur les raisons véritables de la disparition de sa mère…

Dévoilé lors du Festival de Sundance, puis à celui de Deauville très récemment, White Bird (In A Blizzard) a déjà beaucoup fait parler de lui avant sa sortie. Et pour cause, Gregg Araki, le réalisateur de l’incroyable Mysterious Skin (2004) puis de l’incandescent Kaboom en 2010, offre à Shailene Woodley un rôle sexy qui, en plus d’érafler son image d’adorable girl next-door, lui donne enfin l’occasion d’en montrer plus (dans tous les sens du terme). Cinéaste intimiste et expert du spleen adolescent (la trilogie Teenage Apocalypse Trilogy), Gregg Araki choisit d’adapter le roman de Laura Kasischke, Un Oiseau Blanc Dans Le Blizzard, dans lequel on y retrouve ses thèmes de prédilections : le passage à l’âge adulte et une sexualité anticonformiste, le tout enveloppé dans un drame souvent dérangeant mais formateur.

Sur le papier, White Bird semble prometteur et les premières minutes le confirment. Dans une ambiance étonnament sobre, alors que le film se situe à la fin des années 80, Gregg Araki scrute une tranche de vie adolescente à travers la jeune et jolie Kat, dont la mère a subitement disparu, alors qu’elle « découvre sa sexualité ». Pourtant, pendant presque toute la durée du film, il est difficile de faire le lien entre ces deux événements, donnant presque l’impression d’avoir à faire avec deux films différents : l’un concernant la disparition de la mère, grâce à de multiples flashbacks saisissants dans lesquels on découvre un personnage désenchanté et jaloux de la jeunesse de sa fille ; l’autre s’attardant sur une ado légèrement superficielle dont le plus gros accomplissement de sa vie est d’avoir perdu sa virginité (avant sa meilleure amie obèse et son meilleur ami gay).
Ces deux aspects du film cohabitent sans réussir à fusionner : alors que l’histoire principale s’étale sur deux ans, elle finit rapidement par stagner et s’étire vers un ennui certain. En effet, White Bird ne parvient pas à faire évoluer le personnage de Kat (déjà accro au sexe au début du film, donc pour la découverte, on repassera) et c’est plutôt dommage car au lieu d’être face à une crise identitaire intéressante, Gregg Araki se contente de l’observer inlassablement et finit par délaisser les atouts principaux du film : la disparition de la mère et la psychologie des différents personnages, tous plus ou moins impactés par cet événement brutal. Et c’est d’autant plus frustrant car la relation entre Kat et sa mère, dévoilée au compte-goutte, est probablement l’élément le plus captivant du film. Gregg Araki se contente de poser ces scènes, sans en exploiter l’impact sur ses personnages afin de les étoffer. Un laisser-aller qui dérange, tant White Bird tourne en rond, surtout qu’on finit par attendre les scènes avec Eva Green (absolument fantastique) qui sont finalement bien plus intenses que le film en lui-même.

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White Bird est probablement l’un des films les plus plats de Gregg Araki. Le réalisateur passe à coté d’un potentiel dramatique intéressant et offre un film décevant qui préfère s’illustrer avec des images chocs plutôt que développer ses personnages à travers les bouleversements que ces derniers traversent. Au final, si White Bird réussit à marquer les esprits in extremis avec un twist final inattendu, Gregg Araki se repose bien trop sur les frêles épaules de Shailene Woodley, dont les scènes dénudées n’appâtent plus au bout de cinq minutes, alors que le personnage d’Eva Green hante les esprits pendant tout le film. Cette fois, le réalisateur ne parvient pas à jongler entre les différents aspects de son histoire, ni à capter la fausse insouciance de l’adolescence. De plus, le changement de ton quelques minutes avant la fin donne l’impression que la conclusion a été concoctée hâtivement étant donné que toutes les réponses sont balancées en vrac et en cinq minutes top chrono. Pas très subtil tout ça.

Globalement, White Bird ressemble beaucoup à un premier film et non à la dernière oeuvre d’un réalisateur confirmé qui a l’habitude de ce genre de sujet. Si le film souffre de pas mal de longueurs, Gregg Araki parvient à maintenir une ambiance presque dérangeante, en accentuant la dualité femme-enfant du personnage principal et en évoquant la sexualité sans forcément l’imager, ce qui, dans un film de Gregg Araki, semble un peu frileux. Je ne peux m’empêcher de me demander : si le rôle de Kat avait été tenu par une autre actrice, certaines scènes auraient-elle été plus explicite ? L’image « de marque » de Shailene Woodley a-t-elle été un frein quant à l’approche du personnage ? Mystère…

Au casting, justement : Shailene Woodley ne quitte plus nos écrans depuis The Spectacular Now, Divergente et Nos Étoiles Contraires, et propose enfin une facette autre que celle de la gentille fille habituelle, ce qui excitera extasiera probablement ses fans les plus jeunes. Même si elle manque parfois d’assurance dans son rôle de Lolita à la sauce eighties, Shailene Woodley reste une actrice attachante. À ses cotés, Eva Green est à la fois magnifique et envoûtante dans ce rôle complexe, douloureux et fascinant qu’elle incarne avec brio, rappelant ainsi qu’elle sait faire autre chose que jouer les vamps (300 – La Naissance d’un Empire, Sin City – A Dame To Kill For…).
Christepher Meloni (Man Of Steel, Sin City – J’Ai Tué Pour Elle…) et Thomas Jane (Scott Pilgrim, American Stories…) restent en retrait dans ce film très féminin, tandis que Shiloh Fernandez (Evil Dead…) s’impose comme l’une des révélations du film. Angela Bassett (La Chute De La Maison Blanche…), Gabourey Sidibe (Precious, American Horror Story…) et Mark Indelicato (Ugly Betty…) sont également de la partie, bien qu’anecdotiques.

En conclusion, alors que White Bird était une de mes attentes, le résultat est plutôt décevant. Malgré une histoire forte, Gregg Araki reste en surface et observe passivement les frasques d’une adolescente en roue libre sans jamais développer le personnage. Gregg Araki sort de sa zone de confort mais reste si focalisé sur ses habitudes qu’il oublie presque la partie thriller de son film et transforme White Bird en un petit oisillon mouillé, superficiel et plat. À voir, sans sortir de son nid 😉

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See? I can wear clothes too.

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