Papa Was Not A Rolling Stone : Horripilant

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Grossier, laid et irritant, Papa Was Not A Rolling Stone se rêvait portrait nature et optimiste d’une jeunesse défavorisée mais pleine d’espoir. Se justifiant derrière une éventuelle inspiration d’une éventuelle histoire vraie (la vie ultra intéressante de la réalisatrice, donc), le film de Sylvie Ohayon est une caricature complaisante et souvent insupportable d’un certain milieu stigmatisé tant le trait y est épaissi et vulgarisé au maximum. Faussement choquant, vraiment antipathique, Papa Was Not A Rolling Stone multiplie les clichés les plus faciles dans un ensemble artificiel et bricolé, fleurant souvent bon le déjà vu et la facilité la plus creuse. Rédhibitoire.

Le pitch : Dans les années 80, Stéphanie grandit à La Courneuve auprès d’une mère absente et d’un beau-père brutal. Très vite, elle décide de se sortir de son quotidien morose. Grâce à l’amour de sa grand-mère, à ses lectures, sa passion pour la danse et pour Jean-Jacques Goldman, elle se débat dans cette cité colorée où l’amitié est primordiale. Un jour, elle le sait, Stéphanie quittera la cité pour mener la vie dont elle a toujours rêvé. Le film raconte l’histoire de cet envol.
Un film inspiré du livre autobiographique de la réalisatrice

Autant vous le dire, en sortant de la salle j’étais en colère.
Alors que je craignais que la caricature vienne de Bande De Filles, le prochain film de Céline Sciamma (que je n’ai pas encore vu), Papa Was Not A Rolling Stone est venue me prendre au dépourvu, reflétant exactement tous les préjugés les plus classiques et faciles sur la vie en cité. Apparemment inspiré de la vie de la réalisatrice, si le film de Sylvie Ohayon contient une part de vérité, elle est développé de la façon la plus détestable possible tant Papa Was Not A Rolling Stone cumule tous les clichés et storylines lugubres possibles, entre réalisme frontale et naïveté gênante. Si le quotidien de Stéphanie est entravé par des codes archaïques et des adultes irresponsables et violents, l’héroïne du film se révèle également détestable et souvent hautaines, alors qu’on est sensé s’y attacher. Alors que le film se voulait optimiste, avec ses faux airs de Tout Ce Qui Brille version wesh-wesh des années 80, Papa Was Not A Rolling Stone s’encombre d’une kyrielle de personnages mal dégrossis, dont certains sont tous simplement agaçants. Enseveli sous une tonne de bavardages inutiles, Sylvie Ohayon bricole maladroitement une romance tiédasse dans un ensemble surfait et too much où toutes les idées se bousculent sans jamais fonctionner, tans le film assomme par la vulgarité des dialogues et l’agressivité latente de chaque personnage.

La seule bonne idée du film, c’est finalement de s’adresser et d’imiter un public jeune, en faisant semblant de donner la parole à ceux qui sont issues des « cités colorées », en abordant les questions de religions, de réputations et de délinquances juvéniles avec un ton décontracté. Un prosélytisme bien réfléchi qui semble camoufler à merveille le fond puant du film, en s’adressant aussi bien à un public jeune qu’à celui ouvertement mépriser dans le film (les parisiens bourgeois tous mis dans le même panier, bien sûr) afin que ceux-ci puissent admirer le « petit peuple ». Puant, vous dis-je.

Dans cet ensemble clinquant, Papa Was Not A Rolling Stone étouffe et son message bienséant se perd en cours de route. Sylvie Ohayon s’éparpille en mettant tous ses œufs dans le même panier. Du coup les rêves de sa Cosette des temps modernes (enfin, des années 80) fléchissent sous la naïveté irritante (et héréditaire) du personnage et de ses capacités d’attention aussi développées que celle d’un bulot (mais avec une meilleure amie aussi bruyante, c’est probablement excusable). Et puis, pourquoi autant insister sur la carrière de Kamel Ouali ?

Au casting, la réalisatrice a su bien s’entouré mais l’écriture des personnages étant ce qu’elle est (désastreuse), seuls les acteurs confirmés parviennent à tirer leur épingle du jeu, comme Marc Lavoine (La Liste De Mes Envies, À Toute Épreuve…) en beau-père abusif, ainsi qu’Aure Atika (La Vie D’Une Autre…) et Sylvie Testud (Sous Les Jupes Des Filles…). À force de pincer son joli minois, Doria Achour crée une distance au lieu d’être attachante afin que l’on puisse s’attacher à elle, tandis que Soumaye Bocoum est convaincante dans son personnage si agaçant qu’elle en devient un des éléments les plus rédhibitoires.

En conclusion, Papa Was Not A Rolling Stone manque cruellement de sincérité et d’équilibre, ne faisant que renforcer les clichés et le mépris déjà existants autour des ces fameuses « cités colorées ». Usé par des dialogues constamment grossiers où le langage urbain est enlaidi au maximum et des personnages agressifs et lourds, le film de Sylvie Ohayon en fait trop en transformant son héroïne en une Cosette trop arrogante pour être touchante. Bref, j’ai détesté et tant pis si je suis la seule.

20 ans plus tard, les skyblogs furent créés.

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8 réflexions sur “Papa Was Not A Rolling Stone : Horripilant

  1. C’est un navet, ça m’étonne pas. Pourtant, « Stella » de sa coscénariste était un bon film. Pas vu ce film ni lu le livre ; mais tant pis je mets mon grain de sel (de caviar de la Courneuve ; je me comprends) car sur le net (interviews, vidéos, critiques lecteurs, critiques presses, extraits lus) me suis fait une bonne idée de Sylvie Ohayon, après avoir lu son livre « BONNE à remarier », encore une resucée autobiographique de sa vie de si belle si intelligente si douée mais si cocue femme riche, car élevée à la force du poignet bijouté sentier (mais j’aime la juiverie, le terme qu’elle emploie, même si pas Alberte Cohen la pauvrette). Bref vu que sa vie de Bonne à remarier m’avait horripilée mais aussi bien plu par certains côtés (écriture punchy, très drôle quand pas donneuse de leçons (un côté Ensemble c’est tout à la Gavalda), je cherchais des trucs sur l’auteur et que ne trouve je pas sa vie complaisamment montrée à qui veut bien sur son Facebook ouvert (nom : Lili Ohayon) C’est bien elle toute gourmette dehors et son publiciste de mari. Ne vous inquiétez pas pour elle si son papa n’était pas un Rolling stone (à quand un livre d’Elizabeth Jagger), son mari Elie (ou Nathan dans le livre) et elle affichent leurs roll et leurs cocktails on the rocks et leurs belles familles à Sartène, Los Angeles et Malibu (en passant quand même au Ikea de Gonesse), il faut faire la bise à tantine à laCourneuve sans doute et faire sentir qu’ils ont gardé leur coté roots venu du peuple. A Ikea aussi on peut faire chauffer la carte bleue, mais demain elle retournera chez Chanel. Bling bling assumé et formules (réussies, souvent) de publicitaires tchatcheuse ne donnent pas envie de s’appesantir sur son sujet poids plume. Colette fait la causette sur les écrans (vos critiques sur son navet navrant, elle n’a pas eu un DESS de ciné – sinon elle le clamerait) et un peu partout. Tout ça pour ça. Un poil sympathique, mais des kilos d’égo aux mèches blondies de soleil, l’auteur – Mme néo cinéma ou Mme l’auteur primée Closerie des Lilas – n’est pas si bonne que ça. Ca part bien, puis malgré la tchatche et parfois le frisson d’une émotion, vraiment c’est pas les rolling stones. I can get no satisfaction. Je ne lirai pas papa n’est pas un cadre, ni irai voir le film Merci pr vos critiques…

    • Si la critique est facile, je vous invite à faire de même 😀
      En attendant, apprenez à respecter l’avis des autres, même s’il diffère du vôtre ^^

      Effectivement, si vous pensez que ce genre de film, c’est de l’art… je m’inquiète franchement pour le cinéma français.

  2. juste parfait!!! j’aurai pu écrire cette article! et je suis morte de rire des termes employés , les mêmes que les miens! DE-TE-STABLE!!!! ( bande de fille – vu ce soir – j’attends la critique…j’ai deja la mienne…je ne vais pas spoiler mais…:) )

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