[COUP DE CŒUR] Respire : À couper le souffle

respire_1

Juste, sensible et poignant, le second film de Mélanie Laurent est d’un réalisme fulgurant, tant il capte à merveille les aléas de l’adolescence, marqués par une quête d’identité et de reconnaissance qui peut transformer une expérience formatrice en une relation tout aussi destructrice. Intimiste et douloureux, Respire narre les désillusions d’une adolescente dont l’univers bascule alors qu’elle est aux prises avec une amitié toxique. Entre amour et haine, Mélanie Laurent image une relation troublante et criante de vérité, qui ne manquera pas d’interpeller certain(e)s d’entre nous. Brillant.

Le pitch : Charlie, une jeune fille de 17 ans. L’âge des potes, des émois, des convictions, des passions. Sarah, c’est la nouvelle. Belle, culottée, un parcours, un tempérament. La star immédiate, en somme. Sarah choisit Charlie.

Adapté du livre éponyme d’Anne-Sophie Brasme et modelé par la touche personnelle de Mélanie Laurent, cette dernière signe un second film remarquable. Si Les Adoptés (2011) ne m’avait pas vraiment convaincue à cause d’une histoire souvent trop déprimante, Respire fait l’effet d’un coup de poing.
Certes l’histoire met un peu de temps à se mettre en place, mais Respire dévoile rapidement ses trésors. Alors que la rencontre entre les deux jeunes filles fait sourire, la terrible descente aux enfers qui en découle est captivante et douloureuse. Mélanie Laurent parvient admirablement à récréer la légèreté de l’adolescence, avec un ton universel, qui ne s’embarrasse ni de stéréotype ni de rang social, à travers une amitié fusionnelle entre ces deux caractères opposés. Si un regard adulte perçoit d’entrée de jeu les failles dans la personnalité et le discours de Sarah, le film n’essaie jamais d’interpréter son sous-texte et conserve son point de vue adolescent avec un réalisme bouleversant si bien que lorsque l’idylle tourne au vinaigre, on est tout autant déboussolés que Charlie.

D’abord imperceptible puis vicieux, Respire traduit à la perfection le jeu pervers qui se dessine entre les deux adolescentes, chacune prisonnière de l’image que lui renvoie l’autre. Comme un poison, le malaise s’infiltre sournoisement, l’insouciance vire au doute, renversant tout sur son passage dans l’indifférence presque générale. Mélanie Laurent traverse chaque étape jusqu’au point de non-retour, transformant la victime en proie isolée et le bourreau en tortionnaire émotionnel et sadique qui joue avec elle comme un chat jouerait avec une souris piégée entre ses griffes. Les mots ne suffisent pas car il y a un vécu palpable derrière ce film, aussi bien celui de Mélanie Laurent, que celui d’Anne-Sophie Brasme ou encore le mien ou le vôtre ! C’est fou comme on peut se retrouver dans ce film, que l’on ait vécu ce genre de situation en tant que partie ou en tant que témoin.
Respire est étouffant, touchant et parfois même révoltant car instinctivement, l’envie de prendre Charlie par les épaules et de la secouer pour qu’elle se réveille et se rebelle se fait sentir… Mais la justesse du film explore son histoire avec un réalisme glacé, détaché et empreint d’un désespoir béant et communicatif, de l’incapacité à exprimer ses doutes au comportement désinvolte et aveugle des adultes du film.

respire_4

Mélanie Laurent offre un film d’une beauté à la fois symbolique et visuelle. On retrouve la réalisatrice dans la photographie bohème et romanesque de Respire, qui sied parfaitement aux émotions mêlées et ambiguës du film. Pourtant, la douceur presque poétique qui émane des images détonnent avec la violence latente des émotions malmenées dans le film. Respire survole une époque de la vie pleine de doutes et de craintes, du besoin de reconnaissance des autres à la peur du rejet, en passant par la jalousie irrationnelle. Jonglant sur la fine limite qui sépare l’amour et l’amitié, Respire scrute la relation entre ces deux adolescentes comme une addiction, d’abord l’extase de la nouveauté puis la redescente, le manque, la paranoïa jusqu’à l’obsession viscérale. Ce film frôle tout simplement la perfection tant il retranscrit avec beaucoup de subtilité les amitiés toxiques, réussissant à dépeindre la complexité d’une telle relation sans jamais pointer du doigt ses personnages. Ainsi, Respire évite les clichés et le pathos gratuit en creusant un peu plus ses personnages, relevant les tords mais aussi les bons cotés de ses deux jeunes héroïnes.

Certes Respire peut apparaître comme un film féminin car, avouons-le, les amitiés féminines sont souvent plus compliquées que les amitiés masculines, pourtant Mélanie Laurent maîtrise le sujet et inscrit son œuvre dans une époque actuelle où le harcèlement scolaire fait pas mal de bruit dans les médias. Grâce à son approche si authentique, Respire devrait même être recommandé aux adolescents, car le film met le doigt sur un mal difficilement explicable et pourtant bien réel, qui peut marquer une existence de façon indélébile.

L’atout principal du casting réside surtout dans le casting : Joséphine Japy (Neuilly Sa Mère, Cloclo…) est incontestablement LA révélation du film, absolument parfaite dans un rôle complexe qui, mal dosé, aurait pu rendre son personnage agaçant. Face à elle, Lou de Laâge (Jappeloup, Des Gens Qui S’embrassent…) se glisse sans effort dans son rôle de prédatrice, à la fois solaire et touchante. Également à l’affiche, Isabelle Carré (Du Vent Dans Mes Mollets, Cheba Louisa…) incarne bien l’indifférence parfois égoïste des adultes.

En conclusion, Respire est un film bouleversant, porté par un duo d’actrices sublimes et fragiles. Melanie Laurent explore un mal adolescent indicible avec une justesse incroyable et une authenticité à couper le souffle. Et comme en France, on a tendance à critiquer sans relâche ceux qui réussissent, Mélanie Laurent sera encore raillée pendant longtemps par ses détracteurs. À voir absolument.

C'est pas beau de copier, hein !

C’est pas beau de copier, hein !

Publicités

3 réflexions sur “[COUP DE CŒUR] Respire : À couper le souffle

  1. Ton article est très bien écrit, et même si je ne suis pas une fan de Mélanie Laurent, j’irais voir ce film pour le plaisir de me dire que par rapport à mon vécu, je vais pouvoir me retrouver dans ce sujet ! Merci pour cet article très juste qui donne réellement envie d’aller voir le film 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s