Quand Vient La Nuit : Un thriller poisseux et tendu

quandvientlanuit

Lent, maîtrisé et efficace, Quand Vient La Nuit explore les bas-fonds de Brooklyn dans un thriller poisseux et tendu. À travers une intrigue originale au ton faussement détaché, le film Michael R. Roskam fait planer une atmosphère inquiétante et froide autour d’un petit monde trouble sur le point de basculer. L’attente est palpable tandis que Quand Vient La Nuit joue (longtemps) au chat et à la souris, aussi bien avec nos nerfs qu’avec ses personnages pris à la gorge.

Le pitch : Bob Saginowski, barman solitaire, suit d’un regard désabusé le système de blanchiment d’argent basé sur des bars-dépôts – appelés « Drop bars » – qui sévit dans les bas-fonds de Brooklyn. Avec son cousin et employeur Marv, Bob se retrouve au centre d’un braquage qui tourne mal. Il est bientôt mêlé à une enquête qui va réveiller des drames enfouis du passé…

Après un premier long-métrage réussi, Bullhead (2011), qui lui a valu une nomination aux Oscars en 2012, Michael R. Roskam est de retour avec un thriller maîtrisé qui, même avec un léger manque de panache, parvient à nous embarquer dans les rouages d’une histoire nerveuse et haletante. Cerise sur le gâteau, le film est adapté par Dennis Lehane, auteur d’une nouvelle du même nom (connu également pour avoir écrit Mystic River, Gone Baby Gone et Shutter Island).

Coincé au cœur d’une Brooklyn transformée en coupe-gorge mafieux hanté par des personnages cabossés, Quand Vient La Nuit déjoue les attentes en développant deux intrigues parallèles observées par le regard faussement passif de son héros. Entre l’adoption impromptue d’un chien maltraité et le braquage d’un bar mal-famé, les événements plus ou moins intrigants s’enchaînent et enferment petit à petit nos personnages principaux dans un piège presque inévitable, dont la violence bout en surface. Sans se précipiter, Michael R. Roskam installe une ambiance inquiétante et de plus en plus tendue, en jonglant entre les genres. Un soupçon romance vient égayer une trame étouffante oscillant entre le film de gangsters aux accents policiers, tandis que le film glisse inexorablement vers une noirceur dont l’issue incertaine maintient en haleine.

Même si cela a tendance à donner un aspect légèrement plat, le film à la bonne idée est de miser sur un personnage principal calme et réservé. Du coup, si Quand Vient La Nuit ne se démarque pas avec une débauche de violence graphique, l’histoire parvient toutefois à jouer avec nos nerfs. En effet, le film prend son temps pour relier les différentes trames mais ne manque jamais de faire une piqûre de rappel menaçante. Comme dans une partie d’échecs, Michael R. Roskam met en place ses pions, reliant finement les histoires entre elles, en explorant le passé et les secrets des différents personnages qui entourent Bob – qui semblent les attirer comme un aimant. Et puis soudain, tout bascule : Quand Vient La Nuit tient ses promesses, délivrant une brutalité soudaine et explosive qui colle parfaitement à l’univers sordide du film, oscillant entre jeux de pouvoirs et autres chantages souvent pervers. Jusqu’au bout, le film parvient à détourner les codes en optant pour une trame faussement désinvolte alors que le danger et la tension sont de plus en plus palpables.
Quand Vient La Nuit met en scène un anti-héros, probablement taillé dans le moule duquel est sorti celui de Drive, de Nicholas Winding-Refn (2011), dont l’apparente léthargie séduit instantanément. Michael R. Roskam soigne l’ensemble avec une mise en scène calibrée, illustrant une ville torturée et glacée à travers des plans resserrés pour mieux souligner le piège sans fond dans lequel évolue ses personnages. Cependant, le film manque parfois de dynamisme car même si la chute est maîtrisée, certaines longueurs se font ressentir et les cinéphiles avertis ne manqueront pas les quelques failles du scénario qui rendent la conclusion légèrement prévisible. Malgré tout, le charme opère grâce à un quatuor d’acteurs confirmés (Gandolfini, Hardy, Schoenaerts… et le chien ?) englués dans une ville sordide et sans pitié.
Violence, vengeance, charcuterie en tout genre… Quand Vient La Nuit est une virée haletante dont on ressort forcément corrompu et conquis.

Coté casting, feu James Gandolfini (Les Sopranos, Cogan, Welcome To The Rileys…) apparaît dans un de ses derniers films, toujours à son aise dans ce registre un peu mafieux. À ses cotés, Tom Hardy (*) (Locke, Des Hommes de Loi, The Dark Knight Rises…) est impeccable, comme souvent, même s’il reste également dans ses habitudes, tout en faisant face à un Matthias Schoenaerts (Bullhead, De Rouille et d’Os…) électrique et génial dans un rôle qui vient réveiller un ensemble souvent adynamique à chaque apparition.
Noomi Rapace (Millenium, Prometheus, Passion…), quant à elle, fait certes office de damoiselle en détresse mais elle reste toutefois convaincante (même si elle a tendance à se faire voler la vedette par le chien ^^).

En conclusion, Quand Vient La Nuit est un film tendu et accrocheur. Malgré ses quelques longueurs, le film de Michael R. Roskam évolue lentement dans une noirceur insoluble et palpable dont les éruptions de violences électrisent une trame maîtrisée. À voir.

quandvientlanuit2

(*) Évidemment, Tom Hardy est follement canon dans le film, c’est quasiment insuportable [Point fangirl]

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s