Puzzle : Inutilement compliqué et plat

puzzle

Si le titre français du dernier film de Paul Haggis est bien trouvé, à la fin de Puzzle on est loin de la satisfaction éprouvée lorsque toutes les pièces du jeu sont assemblées. Long, souvent ennuyeux et compliqué, Puzzle brouille tellement les pistes qu’il finit par se perdre en route. Alors que l’élément principal qui relie les personnages entre eux est rapidement évident, le film multiplie inutilement les intrigues et étire sa trame jusqu’à la rendre incompréhensible. Scindé en trois histoires mélangées, Puzzle ne parvient pas à trouver son équilibre aussi bien dans le montage que dans la narration. On est loin du bijou sensible qu’était Collision (2005), si Paul Haggis réutilise les mêmes ficelles, Puzzle manque d’émotion et de fluidité.

Le pitch : Trois histoires d’amour, à Paris, Rome et New York, se rejoignent de façon étrange. Paris : Michael, un écrivain qui a récemment quitté sa femme, reçoit la visite de sa petite-amie Anna. L’histoire explore leur relation très compliquée due à son incapacité à s’engager à cause d’un terrible secret. New York : Julia a récemment été inculpée de tentative d’assassinat sur la personne de son fils, accusation qu’elle nie fermement. À la suite de cela, son fils est maintenant sous la responsabilité de son père Rick, qui fait tout son possible pour l’empêcher de la voir. Julia tente à tout prix de récupérer la garde de son fils. Rome : Sean, un homme d’affaire américain en voyage en Italie, tombe amoureux d’une femme italienne, Monica. Sean est inévitablement entraîné dans un complot où il tente de libérer la fille de Monica qui a été kidnappée par un gangster italien et qui se tient pour la rançon.

Entre son premier film, Collision en 2005, et Puzzle, Paul Haggis est également connu pour avoir écrit les scénarios de film à succès, tel que Casino Royale et Quantum Of Solace pour James Bond, ainsi que Million Dollar Baby et Lettres D’Iwo Jima pour Clint Eastwood. Cependant, en tant que réalisateur, la réussite n’a pas toujours été au rendez-vous du coup, c’est logique que Paul Haggis revienne à ses premières amours : le film choral émotionnellement chargé.
À l’image de Collision, Puzzle propose l’histoire entremêlée de plusieurs personnages cette fois reliés par un (des) secret(s) commun(s). Dès le début, Puzzle attise la curiosité tandis que le film révèle ses duos et installe son histoire. À travers des allers-retours intrigants, le film de Paul Haggis sème le trouble et donne rapidement envie de connaître le moindre secret de ses personnages oscillants vertigineusement entre amour et haine, attirance et dégoût. En effet, une bonne partie de l’intérêt du film se situe dans cette chasse aux indices qui permettrait au public de découvrir ce qui se cache derrière ses trois histoires qui, en apparence, n’ont rien à voir ensemble.
Malheureusement, à force d’alterner le chaud et le froid, Puzzle finit rapidement par tourner en rond, d’une part à cause du rythme inégale des trois histoires et, d’autre part, à cause des réactions souvent incompréhensibles des personnages qui ne cessent de jouer au chat et à la souris. Trop occupé à brouiller les pistes, Paul Haggis semble s’emmêler les pinceaux et ne plus parvenir à tirer son épingle du jeu. Avare en réponses, le film joue trop longtemps avec nos nerfs, étirant ses différentes trames jusqu’à les transformer en sous-intrigues fadasses dont on attend l’issue (en vain). Du coup, les amourettes orageuses de Paris finissent par lasser, tandis qu’en Italie, les personnages se poursuivent de façon irrationnelle et incohérente. Seule l’histoire de New York réussit à susciter un peu d’émotion, bien que ce soit la partie la plus souvent laisser en retrait.

Au final, si Collision avait réussi à rassembler son casting sous un même thème et des émotions communes, Puzzle ne parvient qu’à créer de la distance à travers un film choral manquant de fluidité et de chaleur. Paul Haggis cumule les longueurs qu’il comble avec des bavardages maladroits et des rebondissements assez étranges qui n’apportent rien (ou tardivement) à une intrigue beaucoup trop plate, avant balancer tous les secrets en vrac du film à la va-vite dans un final plutôt bâclé et insatisfaisant. Le résultat se révèle assez décevant car en dehors d’une idée générale assez prévisible, il faut se triturer le cerveau après coup pour comprendre l’impact réel des personnages les uns sur les autres, à travers leurs agissements douteux. Ce qui est encore plus dommage, c’est que chaque histoire avait un potentiel intéressant et aurait mérité d’être mieux exploitée. À la fin du film, je me dis qu’il y avait probablement une façon bien plus évidente (et plus simple) pour relier ses personnages, à travers leurs pertes ou les actes passés qu’ils regrettent. Inutilement compliqué et alourdi par une mise en scène pâlotte, rien ne parvient à sauver Puzzle, si ce n’est son casting impressionnant.

Justement, coté acteurs, Paul Haggis est bien entouré. Malheureusement, si les acteurs sont tous très bons, ils ont tous du mal à se démarquer dans un film plutôt terne. Liam Neeson (La Grande Aventure Lego, Taken 1 et 2, Le Territoire Des loups…) dépose les armes et joue (bien) les amoureux transis aux cotés d’une Olivia Wilde (Her, Rush, Drinking Buddies…) superbe, tandis qu’Adrien Brody (The Grand Budapest Hotel, Detachment, Splice…) succombe aux charmes de la vénéneuse Moran Atias. Seuls James Franco (Palo Alto, C’est La Fin, Good People…) et Mila Kunis (Ted, Black Swan, Bood Ties…) tirent leurs épingles du jeu à travers leurs personnages touchants et brisés. Également présentes, Maria Bello (Prisoners…) et Kim Basinger (Match Retour…) campent deux personnages secondaires.

En conclusion, Puzzle est une amère déception. Paul Haggis patauge beaucoup avant de délivrer un imbroglio lassant, habité par une galerie de personnages intéressants dont on se détache de minutes en minutes. À éviter.

I'm blue da-bee-dee da-bee-daa... what? It's a real song, you know

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Une réflexion sur “Puzzle : Inutilement compliqué et plat

  1. Je ne comprends pas la toute fin… Pourquoi Olivia Wilde s’enfuit? J’ai bien une hypothèse ou deux mais je n’ai pas envie de paraître ridicule en disant une bêtise, ce qui m’embarrasserait beaucoup.

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