Night Call : Malsain, dérangeant et terriblement fascinant

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Alors qu’il n’était même pas encore sorti en salles, certains prédisaient déjà une nomination aux Oscars 2015 pour Night Call. Certes, il est encore trop tôt pour se prononcer, mais ce ne serait pas volé. Fascinant, le nouveau film de Dan Gilroy propose une virée nocturne vertigineuse à travers un thriller affûté et habité par un Jake Gyllenhall méconnaissable et excellent. Entre voyeurisme morbide et critique à vif des médias américains, Night Call maintient un suspens anxiogène rythmé par l’ascension affolante d’un homme près à tout pour atteindre son but. Frissons garantis.

Le pitch : Branché sur les fréquences radios de la police, Lou parcourt Los Angeles la nuit à la recherche d’images choc qu’il vend à prix d’or aux chaînes de TV locales. La course au spectaculaire n’aura aucune limite…

Scénariste de films généralement pas terribles (Two For The Money, Jason Bourne – L’Héritage…), Dan Gilroy crée la surprise avec un premier film brillant, explorant une facette peu valorisante des médias américains dans un thriller maîtrisé. Night Call est une plongée angoissante dans le monde de la nuit, menée par Lou, un personnage insensible et méthodique, dont la recherche d’un emploi va soudainement porter ses fruits grâce à un accident de voiture. Du rêve américain au cauchemar malsain, le film de Dan Gilroy met en abîme l’ambition dévorante de ses personnages, prêts à tout pour obtenir une place au soleil, quitte à perdre une part d’humanité.
Le film part d’abord à la rencontre d’un homme solitaire, faisant ainsi découvrir sa personnalité atypique, mue par une confiance en soi infaillible et pourtant dénuée d’empathie. Ce caractère froid va rapidement l’amener à s’engager dans une nouvelle voie : filmer les accidents et les événements macabres de la nuit pour les revendre à une chaîne TV locale. Rapidement l’objectif se transforme en but, Night Call dépeint un univers réellement tordu et jusqu’au-bout-iste, approfondissant ainsi son sujet tout observant le mécanisme glacial des médias américains.

À travers sa quête, Night Call s’articule autour de différentes intrigues qui laissent entrevoir une véritable réflexion autour du film, d’une part grâce à son personnage principal, l’archétype du self-made-man positif qui vire au drame en allant trop loin tant il est boosté par son égo et une logique implacable. Son parcours entraîne le film vers une spirale dangereuse et troublante, dans laquelle il n’hésitera pas à se salir les mains. D’autre part, Night Call cristallise le culte de l’image dans sa version la plus malsaine, allant toujours plus loin dans le voyeurisme. Petit à petit, Night Call devient amoral, aussi dérangeant que captivant, tandis que Dan Gilroy soutient son propos dénonciateur et cohérent autour des médias et du public toujours à l’affût d’images toujours plus scabreuses. En s’affairant la nuit, le film dévoile un business inquiétant, où l’actualité est mise de coté au profit d’images toujours plus choquantes au sein d’un système déshumanisé et plus axé sur le profit que sur l’information. La course au scoop le plus trash prend des proportions extrêmes tandis que Night Call s’enfonce dans un piège de plus en plus noir aux conséquences souvent tragiques, repoussant toujours un peu plus les limites jusqu’à les anéantir.

Bien meilleur lorsqu’il mène son projet de l’écriture à la réalisation, Dan Gilroy offre une film percutant, qui certes met un peu de temps à se mettre en place, mais arrive très rapidement à embarquer son public derrière l’épaule de Lou, pour le suivre dans son histoire à la fois choquante mais incroyablement addictive. En effet, la grande force du film, c’est surtout Jake Gyllenhaal (Enemy, Prisoners, Source Code…) : méconnaissable avec son visage émacié et des yeux énormes, il livre une performance superbe, incarnant un personnage à la fois antipathique et jubilatoire avec brio. À ses cotés, Rene Russo (Thor – Le Monde Des Ténèbres, Thor, Two For The Money…) et Bill Paxton (Edge Of Tomorrow, Hatfields and McCoys…) jouent les dommages collatéraux, tour à tour spectateurs puis victimes, aussi excellents l’un que l’autre, tandis que Riz Ahmed (Closed Circuit…) incarne un personnage neutre, agissant comme un lien émotionnel entre le film et le public.

En conclusion, à mi-chemin entre le drame et le thriller, Night Call est malsain, dérangeant et terriblement fascinant grâce à un scénario bien écrit et un propos intelligent et intéressant. Dan Gilroy cultive une ambiance froide et calculée, traversé par des touches d’humour improbables et, surtout, hanté par un Jake Gyllenhaal excellent. À voir, vite !

Just hoping there's not a giant spider upstairs...

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