[COUP DE CŒUR] La French : Un duo impeccable dans un film excellent

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Alors que la French Connection avait déjà inspiré les cinéastes outre-atlantique, il était temps qu’un réalisateur français propose sa propre version. Cédric Jimenez s’impose avec un film absolument magistral, entre polar saisissant et drame mafieux haletant. Intense et captivant, La French frôle la perfection, grâce à un scénario dense et maîtrisé, mené par un duo d’acteurs excellents et une photo vintage à la fois classe et nostalgique. Malgré une caméra-épaule trop instable et des personnages féminins peu exploités, Cédric Jimenez livre un film superbe, rythmé par une tension extrême. Bravo, merci, ENCORE !

Le pitch : Marseille. 1975. Pierre Michel, jeune magistrat venu de Metz avec femme et enfants, est nommé juge du grand banditisme. Il décide de s’attaquer à la French Connection, organisation mafieuse qui exporte l’héroïne dans le monde entier. N’écoutant aucune mise en garde, le juge Michel part seul en croisade contre Gaëtan Zampa, figure emblématique du milieu et parrain intouchable. Mais il va rapidement comprendre que, pour obtenir des résultats, il doit changer ses méthodes.

Pour faire simple, la French Connection est un mythique réseau de trafiquants de drogue qui a relié la France,la mafia sicilienne et les États-Unis, notamment entre les années 50 et 70. Le film French Connection, réalisé par William Friedkin en 1971, proposait une version axée sur l’implication des États-Unis. 43 ans plus tard, Cédric Jimenez (Aux Yeux de Tous, 2012) propose La French, un film qui va retracer le démantèlement du réseau mafieu à travers l’arrivée du Juge Michel et sa décision de partir en croisade contre celui qui trône à la tête de la terrifiante French Connection, Gaëtan « Tany » Zampa.
La French faisait partie de mes attentes en cette fin d’année et autant dire que je n’ai pas été déçue. Si le film s’inspire librement de faits réels, Cédric Jimenez met en scène un film aussi instructif qu’intense, notamment grâce à un scénario affûté nous entraînant dans une spirale tragique marquée par une enquête nerveuse et un bras de fer entre la justice, ses membres corrompus et les hors-la-loi. Ce qui est intéressant dans La French, c’est d’observer le parcours des deux hommes qui s’affrontent, le Juge Michel et Tany Zampa, et de voir leurs histoires s’enchevêtrer et s’assombrir de façon inéluctable. Au début, quelque soit le camp choisi, le film surfe sur un vent de réussite aussi bien sociale que professionnelle, entre une femme aimante et un entourage soudé, les deux hommes, aussi charismatiques l’un que l’autre, ont le vent en poupe jusqu’au moment où leurs chemins se croisent.
Petit à petit, La French ne cesse de s’intensifier, se resserrant comme un étau alors que le film voit ses personnages se perdre à travers une affaire aux répercussions violentes. Cédric Jimenez mène de front des intrigues parallèles avec une efficacité incroyable, retraçant aussi bien l’évolution de ses personnages intimement liés aux événements qui se déroulent. Plus les cadavres s’amoncellent, plus le film cumule les virages torves, devenant toujours plus incertains et haletants, entre des faces à faces à couper le souffle et des scènes débordantes de tension. Souffrant de très rares temps morts, qui servent en fait de prétexte pour respirer un peu, La French est une véritable réussite qui sera un véritable pied de nez aux détracteurs du cinéma français. En effet, Cédric Jimenez livre un film ahurissant, complet et abouti, étonnamment traversé par des touches d’humour réjouissantes. La French lève le voile sur l’histoire de deux hommes finalement similaires, d’une traque sans répit et de destins tragiques, qui a marqué une partie de notre histoire et laissé une empreinte indélébile sur la ville de Marseille. Telle une véritable pieuvre, La French illustre la comparaison en touchant différent milieu, dont la politique, reprenant des discours d’époque qui ont un écho plutôt familier aujourd’hui.

La French est un film maîtrisé jusque dans les détails, avec ses airs de polar vintage. Cédric Jimenez renoue avec le cinéma des années 70, prolongeant son effet grâce à une photographie stylisée et nostalgique (d’ailleurs Gaumont ouvre le film avec son logo de l’époque, ce qui est assez cool). La mise en scène prend à la gorge, alternant les scènes prenantes et des moments de répit surprenant. Cependant, cette alternance peut parfois être considérée comme des pertes de rythmes, mais finalement, le plus gênant reste les prises de vues en caméra-épaule. Du coup, les images sont saccadées et rendent la lecture du film parfois difficile. Autre souci, si les personnages masculins trouvent tous leurs places dans le film, les rôles féminins par contre ne sont pas assez développés, notamment celui de Mélanie Doutey, alors que ses apparitions laissent parfois sous-entendre (à tord ?) que son personnage avait une quelconque implication. Dommage.

Au casting, Jean Dujardin (The Artist, Möbius, Monuments Men…) et Gilles Lellouche (Mea Culpa, Gibraltar, Les Infidèles…) livrent une performance absolument géniale, aussi classes et puissants l’un que l’autre (même, avouons-le, Jean Dujardin est un sacré cran au-dessus). Autour, de nombreux visages connus se bousculent, notamment Benoît Magimel (Cloclo, Pour Une Femme…) est excellent dans le rôle du Fou, Guillaume Gouix (Sous Les Jupes Des Filles, Minuit À Paris…) se fait discret mais ne passe pas inaperçu, tandis que Cyril Lecomte (96 Heures, Mea Culpa…) se démarque à travers un personnage qui prend de l’ampleur au fur et à mesure que le film avance. Pour la touche féminine, Céline Sallette (Vie Sauvage, De Rouille et d’Os…) apporte de la douceur dans un univers masculin, dangereux et très dur (voire macho), tandis qu’à l’inverse, Mélanie Doutey (Jamais Le Premier Soir…) est plus glamour même si son personnage fait plutôt office de plante verte.

En conclusion, si le cinéma français compte sur les comédies populaires pour remplir les caisses, La French est exactement le genre de film audacieux et unique qu’on aimerait voir plus souvent sur nos écrans. Cédric Jimenez signe un second film réussi et certainement un des meilleurs films français de l’année. À voir, sans hésiter !

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« Nous c’est noooouuuus… »

 

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