Les Héritiers : Comme un air de déjà-vu (Écrire Pour Exister à la française ?)

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Rares sont les films qui réussissent à dresser un portrait sur des jeunes de banlieue sans servir des clichés agaçants, tout en alliant une histoire convaincante et émouvante. Les Héritiers réussit presque à relever le défi haut la main, malgré une première partie un peu bancale. Le problème ? C’est simple : Richard LaGravenese a fait exactement le même film (à quelques détails près) il y a quelques années, Écrire Pour Exister. Ça et le fait que Marie-Castille Mention-Schaar puise dans les bons sentiments larmoyants pour toucher son public alors que son film est déjà bien chargé émotionnellement. Dommage.

Le pitch : Lycée Léon Blum de Créteil, une prof décide de faire passer un concours national d’Histoire à sa classe de seconde la plus faible. Cette rencontre va les transformer. D’après une histoire vraie.

Les Héritiers fait partie de ces films qui cherchent la lumière là où beaucoup ont baissé les bras auparavant. À travers une classe d’adolescents plus ou moins rebelles, le film de Marie-Castille Mention-Schaar évite brillamment la caricature, en dressant le portrait réaliste de lycéens en perte de repères dans un système scolaire essoufflés. Après une introduction qui sert d’état des lieux assez neutre mais curieux, Les Héritiers survole des questions élémentaires, en montrant par exemple la situation personnelle dans laquelle vivent ces élèves turbulents et la lassitude irritée des professeurs souvent dépassés et pris entre deux feux. Si dans un premier temps, le film de Marie-Castille Mention-Schaar a tendance à faire écho au film Entre Les Murs de Laurent Cantet, Les Héritiers abandonne brusquement la démarche en cours de route pour entrer dans le vif du sujet. Premier bémol.
Globalement, le film de Marie-Castille Mention-Schaar (Ma Première Fois…) tient la route grâce à une ambiance décontractée, sans poser de véritable de jugement. Les Héritiers possède une dimension touchante, car au-delà de l’hommage rendu à ces (rares) professeurs qui donnent un peu plus de leurs temps que d’autres, le parcours de ces élèves est captivant, aussi bien dans l’exploration de leurs tords qu’à travers la découverte du projet. Le film propose de redécouvrir une partie de l’Histoire à travers leurs yeux et leurs compréhension tout en suivant le changement qui s’opère petit à petit. Marie-Castille Mention-Schaar prend soin de ne pas forcer le trait en développant ses personnages, leur conférant une authenticité dans laquelle certains d’entre nous peuvent éventuellement se retrouver.

Si l’idée est bonne, la mise en œuvre souffre malheureusement de nombreux défauts. Bien que le film soit tirée d’une histoire réellement vécue par le co-scénariste, Ahmed Dramé, Les Héritiers semble avoir été calqué chapitre par chapitre au film Écrire Pour Exister de Richard LaGravenese (2006). En effet, on y retrouve les même éléments, de la prof aux méthodes différentes qui réussit à capter l’intérêt d’élèves dissipés et délaisser par le système scolaire, au moment où les élèves s’intéressent aux événements liés à la Seconde Guerre Mondiale (Shoah, les déportations, etc…), en passant par les mêmes visites émouvantes dans les musées jusqu’à une fameuse rencontre qui vient enfoncer le clou. Certes, dans Écrire Pour Exister les élèves s’étaient concentrés sur l’histoire d’Anne Frank, toujours est-il que ces deux films se ressemblent beaucoup trop. Coïncidence ou copie éhontée, toujours est-il que Les Héritiers a un air de déjà-vu qui handicape fortement le film et ternit l’ensemble.

Avec un sujet aussi douloureux, l’émotion est constamment présente dans le film, que ce soit envers ces jeunes aux parcours compliqués ou ceux qui sont partis dans les camps de concentration. Pourtant, Marie-Castille Mention-Schaar choisit de rajouter une surdose de pathos dans le dernier quart d’heure d’un film déjà bien prévisible (et déjà fait il y a 8 ans), ce qui est à la fois inutile et dérangeant. Ceux qui n’ont jamais vu le film de Richard LaGravenese n’échapperont pas à l’avalanche de bons sentiments mielleux et plein de larmes qui se rajoute à la pelle dans les dernières minutes pour tirer les larmes d’un public qui est déjà, probablement, entrain d’agoniser tant le film semble interminable. Et c’est vraiment dommage, j’étais prête à passer outre le copier-coller avec le film Écrire Pour Exister, Les Héritiers en fait bien trop pour se démarquer alors que l’histoire du film était largement suffisante et intéressante pour marquer les esprits. Dommage.

Au casting, Ariane Ascaride (Les Neiges du Kilimandjaro, La Délicatesse, Au Fil d’Ariane…) se démarque évidemment du lot, tandis qu’Ahmed Dramé (Les Petits Princes…) s’offre un rôle dans le film. Parmi les élèves, on remarquera surtout Noémie Merlant (La Crème De La Crème…) pour son personnage nerveux et sensible, ainsi que des visages connus, comme Stéphane Bak, Aïmen Derriachi ou encore Wendy Nieto.

En conclusion, si Les Héritiers ne proposait pas un sujet très neuf, le film de Marie-Castille Mention-Schaar aurait pu être plus convaincant et sympathique grâce à son histoire touchante et ses personnages énergiques. Malheureusement, Marie-Castille Mention-Schaar en fait trop, ce qui finit par plomber l’ambiance. Oh, et vous avez vu le film Écrire Pour Exister avec Hilary Swank ? Et bien vous avez déjà vu Les Héritiers.

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