Nature : « Une immersion dans la beauté de la nature » selon Lambert Wilson

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Il y a quelques jours, j’ai eu l’occasion de rencontrer, avec d’autres blogueurs, Lambert Wilson, le narrateur du film Nature qui sera en salles le 24 décembre 2014. Au cours d’une table ronde, l’acteur a partagé son expérience sur le film. Rencontre avec une voix engagée…

Q: Avez-vous déjà été en Afrique ? Cela a-t-il influencé votre narration sur Nature ?
Lambert Wilson : En fait, curieusement, j’ai été surpris de découvrir que l’Afrique avait été le continent exclusivement retenu. Ma connaissance de l’Afrique se limite au Sénégal, Niger, Kenya, Maroc et Tunisie. J’ai vécu une expérience un peu plus significative au Niger où j’ai passé un séjour dans un campement de touaregs pour un film (qui ne s’est pas fait). Je ne pense pas que cela ait influencé ma façon de présenter ce texte. Ma mission était surtout d’être au plus proche de la version anglaise, qui a été faite par un acteur anglais (Idris Elba), issu du théâtre, avec une voix très belle et des élans parfois exaltés et shakesperiens. C’était une proposition surprenante, entre la masse orchestrale et les élans lyriques de la version anglaise. C’est quelque chose dont on est moins habitués dans les documentaires animaliers, j’en ai fait plein et c’est généralement assez plan-plan. Alors que là, morceau par morceau, il a fallu donner un élan et y mettre une forme d’intention dramatique ou s’adapter aux moments comiques (comme la scène avec le caméléon). Il faut vraiment beaucoup changer sa voix. (…)

Q: En étant parti en Afrique, est-ce que vous avez eu l’occasion de voir des scènes comme on en voit dans le documentaire ?
L. W. : J’ai été sur le fleuve Niger et j’ai vu, au loin -et ça m’a terrorisé complètement- des hippopotames. En fait, on était sur des pirogues, on a fait un petit tour aux alentours de la capitale et on m’avait prévenu du danger. Ils se trouvent que les hippopotames ont été les animaux les plus dangereux pendant le tournage : ils ont renversé deux bateaux, ils sont très impressionnants et faussement débonnaires. Je n’ai pas été en contact avec des fauves, en revanche avec un insecte oui, car je l’ai trouvé dans mon sac. J’ai failli me faire piquer par un énorme scorpion au Niger, et rien que l’évocation me fait trembler. Il faut dire que j’ai une phobie des insectes, et d’ailleurs les images de la fourmilière, dans le film, et ces animaux qui sont submergés par une mer de fourmis, je trouve ça absolument cauchemardesques. Et je suis obligé de faire un effort en me disant « Ça fait partie du grand tout, de la chaîne des animaux… ils sont nécessaires, comme tous les autres animaux. Je dois faire un effort. »

>>> Lire ma critique du film Nature

Q: Vous avez fait beaucoup de documentaires. Qu’est-ce qui vous a donné envie de participer à celui-ci ? (ma question ^^)
L. W. : Là, on m’a tout de suite dit « C’est la BBC », autrement dit c’est la rolls des documentaires animaliers ». Une amie, elle-même productrice de documentaire animalier, m’a dit que c’est une production française établie, pas particulièrement riche mais intéressante et élaborée avec les moyens de la BBC. C’est une sorte de gage de qualité et il y a aussi la possibilité de faire ce que je fais en ce moment, c’est à dire : prendre la parole au sujet de la nature, et particulièrement sur la protection de l’environnement, sa fragilité et la menace qui pèse sur les animaux. Je pense qu’on ne demande pas à un acteur qui a une notoriété de moyenne à haute de faire ce genre de voix sans lui demander de faire un « service après-vente », et pour moi c’est l’opportunité de dire des choses qui me paraissent nécessaire sur ces sujets-là. En l’occurence, ce que propose le film, c’est une immersion dans la beauté de la nature, avec les techniques modernes de la 3D et des façons de filmer qui sont spectaculaires, pour provoquer un choc qui sera une sorte d’étincelle ou une prise de conscience (surtout pour les jeunes générations) du monde qui nous entoure, de la beauté miraculeuse de la nature, des animaux et du monde végétal ou minéral, en espérant que cela puisse susciter une réflexion, voire une vocation. Eux (BBC Earth), leur point de départ c’est de dire simplement « Regarder le monde qui nous entoure » et le film commence par une scène intéressante, car la nature existe aussi dans les villes, nous sommes en proie aux éléments. (…)

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Alors bien entendu, j’ai été surpris en tant que militant, du fait que le documentaire ne mentionne aucune mise en garde, aucun avertissement, aucun fait précis sur la menace qui pèse sur ces animaux pourtant extrêmement fragilisés : les gorilles, les éléphants, les poissons… On connait la situation des récifs qui sont entrain de mourir dans beaucoup d’endroits de la planète. Et ça m’a surpris, je me suis dit : mais comment les gens de la BBC, qui passent leurs temps à parler de l’environnement, ont choisi de faire un film où il n’est absolument pas question du danger de mort qu’encourent ces espèces animales ? Je pense que leur ambition c’était de provoquer une sensation organique d’appartenance au monde, à la nature. On est plongés [dans le film] comme si on était une araignée au bout de son fil, qui arrive au milieu de la forêt tropicale. C’est une expérience physique et organique, c’est la proposition de la BBC pour provoquer un émerveillement. D’abord, il est clair qu’il y a énormément de documentaires qui ressassent en permanence les mêmes faits alarmants sur ce qu’il arrive au monde animal. Je rappelle qu’on vient d’apprendre que 50% des animaux sauvages, tous confondus, ont disparu dans les dernières quarante années. Si on disait que la moitié de l’humanité avait disparu en quarante ans, on serait légèrement plus alarmés ! Là, on nous dit que 50% des animaux sauvages ont disparu et ça ne fait même une couverture de magazine ou de quotidien. Personnellement, ce sont mes préoccupations. J’agis, j’ai rejoins certaines organisations (WWF, Greenpeace…) et je participe à des actions… Mais je suis très pessimiste en même temps. Je n’en tire aucune gloire, car je trouve que les gens qui changent le monde gardent une part de folie optimiste qui les fait agir et qui finit par faire changer les choses. Mais on ne peut pas dire que les trompettes de la catastrophe imminente n’ont pas été sonnées par les spécialistes, les scientifiques ou les médias. Et rien ne change. On continue à squeezer la planète pour en tirer le maximum de profit, finalement. C’est ça le problème… Si seulement on était dans le pillage de la planète au profit de l’humanité qui partagerait ses richesses de façon équilibrée et juste… Mais non, on pille la planète pour affamer une grande partie de l’humanité et enrichir un très petit pourcentage [d’humanité]. Donc, en plus, on crée une injustice sociale encore plus grande. Je pense que c’est difficile de rester dans la lutte. Je suis toujours à la frontière entre la sensation de me dire « C’est foutu, à quoi bon, ils ne comprennent rien… ils ne voient pas plus loin que leurs intérêts et leurs conforts immédiats, ils continue à fantasmer sur les 4×4… » et puis, de temps en temps, une sensation d’optimisme et de courage qui est, d’ailleurs, fournie par les jeunes générations. Notamment par les gens qui prennent position sur internets, via les blogs… Mais voilà, il n’y a aucun pouvoir en place dans le gouvernement qui va faire changer les choses aujourd’hui. Les gens sont obsédés par cette notion de croissance, bien qu’on sache que la croissance ne fait qu’enrichir un très petit pourcentage d’humain sur la planète. C’était le quart d’heure communiste ! (rires)

Q : Lorsque vous avez fait le doublage, est-ce que le film était déjà en 3D ?
L. W. : Non je l’ai vu en 2D. j’aurai pu, mais quand on passe une journée entière (entre 8 et 10h d’enregistrement), ce n’est pas un système qu’on peut garder longtemps sur les yeux. Je tiens, cependant, à dire que j’approuve complètement l’utilisation de la 3D sur les documentaires animaliers. Je pense que la 3D est souvent sur-utilisée par les studios américains pour des sujets qui ne le méritent pas souvent. (…) Pour l’instant je ne l’ai pas encore vu en 3D, mais je suis sûr que les plans seront efficaces, sur les effets de la pluie ou des effets de surprise qui jaillissent vers les spectateurs. Mais surtout, la 3D donne une sensation de profondeur et d’épaisseur. On a un résultat un peu plus concrèt et organique de la matière des choses, cela devient charnu car l’image n’est pas plate.

Q : Concernant les moyens techniques mis en place par la BBC, c’est vraiment une grosse production : le tournage a duré plus d’un an, c’était une très grosse équipe… Est-ce que vous pensez qu’on pourrait faire ce type de documentaire en France ?
L. W. : Oui, Jacques Perrin le fait. Ce n’est pas en 3D, mais quand il filme le monde sous-marin ou celui des oiseaux, c’est clair que ce sont des supers productions qui mettent plusieurs années à se tourner. Pour moi, c’est un héros contemporain, au même titre que Jacques Cousteau, car il a quand même ouvert les yeux a des générations (dont j’ai fait partie) sur les merveilles du monde sous-marin et ensuite les dangers que courrait ce même monde. C’est un virage qu’il a fait en cours de route pendant sa carrière grâce à son fils, qui l’a sensibilisé sur l’écologie. Ce genre de film marque le public français, par exemple Les Oiseaux Migrateurs est un film extraordinaire. Mais ce sont des entreprises folles, car c’est un investissement hallucinant et coûteux. Le simple fait de tourner un documentaire animalier prend un temps fou et ensuite il faut rassembler les images, les monter et après, il faut lancer le documentaire, comme n’importe quel autre film.

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Q : On voit beaucoup de choses dans le film, est-ce qu’il y a des moments qui vous ont particulièrement touché ?
L.W. : Oui, surtout la scène avec les gorilles, à plusieurs titres. Tout d’abord, j’aime énormément la qualité des images, ils [Patrick Morris et Neil Nightingale, les réalisateurs] ont été très forts sur la séquence avec les gorilles, mais aussi parce que le gorille est un peu un autre « panda », car c’est vraiment un animal symbolique du danger que fait courir l’Homme à la nature. C’est une race qui est cousine de la nôtre et donc on a l’impression de regarder une famille humaine. En même temps, cette famille-là, démunie, nous regarde en disant « Voilà ce que vous nous avez fait alors que nous vivons en harmonie avec notre environnement ». Cette scène était particulièrement bouleversante, notamment à travers des signes forts de rapprochements avec l’humain : les relations paternelles et maternelles, la protection du territoire, la tendresse, l’agressivité envers l’éventuel intrus… D’un point de vue esthétique, j’ai aussi beaucoup aimé les flamants roses, quand ils se font la cour c’est vraiment merveilleux. Je trouve que ce sont des animaux extraordinaires de beauté, je suis fasciné par ces images complètement insensées. Ensuite, j’ai été intrigué : j’avais vu beaucoup de choses sur les éléphants et les crocodiles, mais je ne savais pas tout ça, notamment sur l’observation étonnante qui a été faite sur les crocodiles et leur capacité à rester sans se nourrir aussi longtemps. Enfin, j’aime beaucoup la botanique car j’ai vécu à la campagne où je me suis beaucoup intéressé aux plantes. Alors la scène du Mont Kenya montrant ces plantes qui subissent des changements climatiques intenses, c’était vraiment sublime. Visuellement, c’était incroyable, grâce aux plans nocturnes avec les étoiles et le gel qui s’installe… On aurait dit des images qui sortaient d’un tableau, c’était magnifique. J’étais complètement bluffé, c’est comme si on était sur une autre planète ayant sa propre atmosphère qui permet aux plantes de pousser au sol dans un environnement presque lunaire ou jupitérien. C’est du jamais vu.

>>> Lire ma critique du film Nature

Q : En dehors des crocodiles, est-ce que le documentaire vous a appris d’autres choses ?
Pas vraiment, car j’en ai fait beaucoup. J’avais fait une série de plusieurs épisodes sur l’Afrique, notamment sur les éléphants. Mais je n’ai pas l’impression que Nature soit un documentaire typique sur des races particulières, c’est plutôt une sorte d’immersion dans toutes les formes que peut prendre la nature. D’ailleurs c’est le cas, quand on voit les couleurs extraordinaires dans des zones naturellement saturées de produits chimiques (partie sur les minéraux). C’est un peu comme ce que fait Yann Arthus-Bertrand, au lieu de survoler, on s’immerge. Le film va à l’intérieur, mais ce n’est pas vraiment didactique sur la vie des animaux. Regardez ce qui nous entoure, le miracle visuel… C’est insensé, finalement, que les animaux arrivent à survivre dans ces conditions extrêmes. Tout est bizarre et tout est beau.

Q : Il y a aussi l’omniprésence de l’eau aussi…
L. W. : (…) Si cela avait été moi, j’aurai plus parlé des dangers. Ce n’est pas la fonction du film, qui est plus de l’ordre du divertissement éducatif. Il est clair que la question de l’eau est fondamentale et elle n’a pas l’air d’arriver jusqu’au cortex des décideurs, mais la question de l’eau va s’imposer beaucoup plus tôt qu’on ne l’imagine. D’ailleurs, toutes les questions écologiques et environnementales vont être posées de façon beaucoup plus précoces que ce qu’on imagine. C’est déjà un sujet dominant, autour du niveau des précipitations, du climat, de la sécheresse… Ce n’est pas de la science-fiction, cela se passe en ce moment même.

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>>> Lire ma critique du film Nature
>>> Découvrir un extrait du film

Propos recueillis et retranscris par moi-même de la façon la plus proche possible 😉

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