Exodus – Gods And Kings : Un mythe dépoussiéré et convaincant

L'affiche d'EXODUS GODS AND KINGS

Première publication le 17.12.2014

Après un Cartel décevant, Ridley Scott renoue avec le cinéma épique en proposant un péplum captivant, qui défroisse la légende de Moïse. Exodus – Gods And Kings ose s’éloigner de la dimension religieuse de son histoire pour explorer le conflit entre deux « frères », l’un dominé par sa soif de pouvoir et l’autre, devenant la voix du peuple et renouant avec ses racines. Malgré une introduction survolée à la va-vite et une fin expédiée, Ridley Scott dépoussière la légende à travers un film d’action rythmé et prenant, doté d’une bande originale superbe, bien que parfois envahissante, tout en imposant une approche plus réaliste. Exodus – Gods And Kings est bien plus actuel et divertissant, du coup on pardonne aisément les quelques couacs pour profiter du spectacle.

Le pitch : L’histoire d’un homme qui osa braver la puissance de tout un empire. Ridley Scott nous offre une nouvelle vision de l’histoire de Moïse, leader insoumis qui défia le pharaon Ramsès, entraînant 600 000 esclaves dans un périple grandiose pour fuir l’Egypte et échapper au terrible cycle des dix plaies.

Quelques mois après Noé de Darren Aronofsky, c’est au tour de Ridley Scott d’adapter au cinéma une des légendes bibliques les plus populaires : celle de Moïse.
Ayant (littéralement) grandie avec le film de Cecil B. DeMill, autant dire que cette nouvelle approche bien plus terre-à-terre et moins torturée que le film Les Dix Commandements m’a souvent déstabilisée mais beaucoup plu. En effet, si l’histoire de Moïse connait les faits les plus controversés, confrontant souvent la religion aux théories scientifiques, Ridley Scott fait le choix de positionner son film au milieu de ce conflit souvent épineux, afin de proposer un véritable divertissement mêlant à la fois Histoire et ésotérisme. Exodus – Gods And Kings est avant tout le face-à-face brûlant entre deux hommes, élevés comme des frères, dont le destin va rapidement les opposer à l’âge adulte entre ambition démesurée et conviction altruiste. L’histoire est connue et pourtant Ridley Scott se débarrasse du piège poids religieux en se focalisant sur ses personnages principaux en entrant directement dans le vif du sujet. Certes l’introduction est un peu survolée pour arriver rapidement au moment de l’exode, mais le réalisateur parvient à dresser un tableau évocateur, entre un pays en souffrance et à la dérive et une monarchie égoïste et aveugle. C’est à partir de ce constat tendu qu’Exodus – Gods And Kings se construit, permettant ainsi de (re)découvrir le mythe comme vu de l’intérieur avec un point de vue plus humain. En effet, le film scrute à la loupe ses protagonistes, exposant leurs défauts, alors que l’un découvre le chemin de la Foi tandis que l’autre se perd dans des considérations matérielles.
Si Ridley Scott parvient à nous embarquer dans son péplum ensablé, c’est parce qu’à aucun moment il ne cherche à imposer une quelconque croyance et propose d’observer l’évolution de Ramsès et de Moïse à travers leurs différences, revisitant un peu plus crûment ses personnages au risque de choquer (Ramsès est un enfant gâté, tandis que Moïse est un guerrier). Du coup, même si l’issue est connue et que l’on attend surtout le grand spectacle (l’ouverture de la Mer Rouge, les sept plaies d’Egypte…), Exodus – Gods And Kings prend au dépourvu en proposant un personnage bien différent de la légende, aussi sceptique et coléreux que n’importe quel homme, et en n’hésitant pas à opposer le surnaturel et le rationnel, notamment au moment où l’Egypte endure les sept plaies ou encore l’épisode de la Mer Rouge, bien moins fantasque et littéraire. Ridley Scott rationnalise les rebondissements tant attendus, sans jamais oublier de divertir. On est bien loin du drame fantastico-religieux de Cecil B. DeMill, car Exodus – Gods And Kings vise plus large et ne s’adresse pas uniquement (voire pas du tout) aux croyants. C’est donc un tout nouveau Moïse qui est proposé, plus accessible et moins kitsch, même si parfois, avouons-le, un peu plus de magie n’aurait pas fait de mal. Avec une réinterprétation plus terre-à-terre, Ridley Scott prend pas mal de risques (notamment à cause de l’implication d’un certain petit garçon -no spoiler-) mais parvient toutefois à éviter les pièges qui auraient pu transformer son film en parodie dérangeante.

Derrière une histoire vieille comme le monde, Ridley Scott façonne un péplum captivant, retrouvant la magie des fresques originales et le sens de la mise en scène qui ont fait de lui un grand réalisateur quelque soit le genre approché (Alien -bien sûr-, mais aussi Thelma Et Louise, Gladiator, Kingdom Of Heaven… jusqu’à Prometheus). Si l’histoire alterne trop souvent entre quelques longueurs et des scènes tronquées (vivement la version longue !), Exodus – Gods And Kings se rattrape à travers une bande-originale inspirée et un spectacle saisissant, cumulant des scènes superbes et brutes. Pourtant, Ridley Scott n’évite pas les bémols. Si le réalisateur met l’accent Moïse et Ramsès, il a tendance à complètement évincer ses personnages secondaires qui vont finalement servir de faire-valoir ou même seulement faire une apparition. De plus, si la trame du film a visiblement subi quelques coupes, c’est surtout la fin qui surprend, notamment à cause d’une ellipse temporelle inexpliquée au moment où le film évoque très clairement les Dix Commandements sans aller plus loin. Pourquoi être aller aussi loin pour laisser cette partie de l’histoire (la décadence, le Veau d’or, etc…) en suspens ?

Cependant, le plus gros souci d’Exodus – Gods And Kings reste finalement la polémique qui entoure le film, au sujet de ces acteurs Blancs qui incarnent des personnages de couleur. Alors qu’un problème similaire avait déjà été soulevé, notamment lors de la sortie du film Prince of Persia de Mike Newell (2010) où les personnages Arabes et Perses étaient incarnés par des acteurs Blancs ou Sud-Américains ; cette fois il s’agit de personnages ayant existés. Et c’est là que le bât blesse. Hypocrisie hollywoodienne, racisme (extra)ordinaire ou choix malheureux d’acteurs, alors que d’autres auraient parfaitement pu jouer Ramsès en utilisant beaucoup moins d’auto-bronzant, la discussion est ouverte… ou pas. En tout cas, personnellement, je m’en passe.

Au casting : Christian Bale (The Dark Knight, American Bluff, Les Brasiers de la Colère…) est comme toujours impeccable mais c’est surtout Joel Edgerton (Zero Dark Thirty, Gatsby Le Magnifique…) qui est impressionnant, campant admirablement bien son personnage aussi froid que puissant. Plus en retrait, Ben Kingsley (Iron Man 3, La Stratégie Ender…) et Aaron Paul (Breaking Bad, Need For Speed…) font des apparitions oubliables, tandis que Sigourney Weaver (La Cabane Dans Les Bois, Avatar…) se limite à un (presque) caméo pour faire frétiller les fans d’Alien. Autour, John Turturro (Apprenti Gigolo, Transformers 1, 2 et 3…) apporte un peu de légèreté à un ensemble sur la brèche, tandis que Golshifteh Farahani (My Sweet Pepperland, Poulet Aux Prunes…) et Maria Valverde font quasiment office de plantes vertes. Le secret le mieux gardé est incarné par Isaac Andrews (Hercule…) qui, malgré les débats autour de son personnage, s’en sort plutôt brillamment.

En conclusion, Ridley Scott oscille habilement entre la légende biblique et le drame humain à travers un péplum passionnant. Malgré ses défauts et une polémique grandissante, Exodus – Gods And Kings se rattrape avec de vraies belles scènes spectaculaires et une tension envahissante, en transposant ses personnages dans une histoire réaliste et accrocheuse, grâce à une relecture osée et convaincante. À voir !

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