Rattrapage 2014 : Timbuktu, d’Abderrahmane Sissako

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Éparpillé mais bouleversant, le nouveau film d’Abderrahmane Sissako dénonce l’emprise djihadiste à travers une galerie de personnages émoussés, coincés dans une vie offrant peu de moments d’allégresse et pleine de contraintes. Timbuktu n’a rien d’un conte de fées mais propose l’histoire bien réelle d’hommes et de femmes qui survivent sous le joug de lois intransigeantes et parfois meurtrières, dans un film poignant et inoubliable.

Le pitch : Non loin de Tombouctou tombée sous le joug des extrémistes religieux, Kidane mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima, sa fille Toya et de Issan, son petit berger âgé de 12 ans. En ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes qui ont pris en otage leur foi. Fini la musique et les rires, les cigarettes et même le football… Les femmes sont devenues des ombres qui tentent de résister avec dignité. Des tribunaux improvisés rendent chaque jour leurs sentences absurdes et tragiques. Kidane et les siens semblent un temps épargnés par le chaos de Tombouctou. Mais leur destin bascule le jour où Kidane tue accidentellement Amadou le pêcheur qui s’en est pris à GPS, sa vache préférée. Il doit alors faire face aux nouvelles lois de ces occupants venus d’ailleurs…

Perdu quelque part au Tombouctou, Abderrahmane Sissako apporte un regard sans jugement sur une société bien éloignée de la nôtre en observant une famille tentant de survivre loin de la coupe d’un gouvernement extrémiste. La première chose qui étonne est la mixité culturelle de Timbuktu, dans un même pays cohabitent plusieurs origines, plusieurs dialectes et pourtant tous entourés par une même frontière et, globalement, les mêmes croyances, le tout opposé à une intolérance radicale. Dès les premières minutes, Timbuktu dresse un tableau terne où de nouvelles lois contraignantes viennent s’abattre sur les personnages, anéantissant le peu de liberté qu’ils leurs restent et c’est à partir de là que Timbuktu commence son histoire. Si Abderrahmane Sissako s’éparpille en proposant beaucoup trop de personnages, le film parvient déjà à toucher en proposant des figures humbles et authentiques, de ceux qui tentent de résister à ceux qui baissent la tête. Impossible d’échapper aux différences entre nos vies et celles des personnages de Timbuktu, tant leurs considérations quotidiennes sont à la fois plus dépouillées et vitales. Même si le film a tendance à perdre de vue ses personnages principaux, rendant les liens et les interactions entre eux un peu flous, Timbuktu évolue dans une atmosphère pesante. À quel moment le film va-t-il éclater ? Timbuktu alterne le chaud et le froid, passant d’une scène pleine de vie (partie de football, chants nocturnes) à une scène terrible traduite par un simple regard mauvais ou un châtiment souvent inhumains.

Mais avant de céder à l’issue facile, Abderrahmane Sissako ose une facette intéressante de son film, en dépeignant, sans pour autant insister sur le sujet, les divergences d’opinions et de motivations entre le djihadisme et la religion musulmane, notamment à travers un échange tendu autour du mariage forcé. Timbuktu dénonce un mouvement extrémiste et puissant qui façonne ses propres lois, en s’appuyant sur les textes religieux alors que ces derniers semblent souvent être interprétés à leurs guises. Une contradiction qui résonne aujourd’hui, à l’heure où la religion musulmane est souvent confondue avec des esprits plus radicaux.

Timbuktu dresse donc le portrait d’un pays modelé par une loi confuse, observant le quotidien gris de personnages qui survivent tant bien que mal, mitigés entre l’acceptation fataliste et une foi inébranlable. Pourtant, quelque soit leur choix, aucun d’entre eux ne peut échapper aux événements qu’ils vont subir. Le hic, c’est qu’en survolant autant de personnages différents, Abderrahmane Sissako passe souvent à coté de certains moments clé de son film. Certes l’idée n’était pas de faire un film choc ni racoleur, mais à de nombreux moments certains personnages secondaires passent au devant de la scène sans qu’on puisse les rattacher au reste du film.
Heureusement, Timbuktu se recentre dans les dernières minutes pour faire exploser l’horreur qui couvait depuis le début du film, dans un dernier tiers bouleversant. Alors que la mise en scène hâtive et brouillonne d’Abderrahmane Sissako avait tendance à aseptiser Timbuktu, ce dernier se rattrape au dernier moment, peut-être un poil trop tard, pour offrir au public ce qu’il attendait : de l’émotion.

Le point positif dans tout ça, c’est que Timbuktu force à relativiser la chance que nous avons d’être libres, aujourd’hui, en France, même si tout n’est pas parfait.

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En conclusion, Timbuktu est un long cri silencieux qui, malgré une mise en scène et une narration éparpillée, parvient à atteindre son but en dénonçant le lent et probablement impossible combat d’hommes et de femmes qui tentent de survivre au jour le jour, sous l’emprise d’un gouvernement autoritaire, implacable et injuste. Poignant.

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