[CRITIQUE] Wild, de Jean-Marc Vallée

WILD - Affiche

Impressionnant mais un peu plat, Wild retrace l’histoire vraie d’une jeune femme qui va soigner ses blessures et se redécouvrir à travers une aventure humaine et pleine de défis. Un an après Dallas Buyers Club, Jean-Marc Vallée propose un autre personnage au parcours en dents de scie, entre dépassement de soi et rédemption. Cependant, si Reese Witherspoon livre une performance remarquable et incarne admirablement le courage un peu fou de son personnage, Wild ne fait que survoler ses épreuves et reste assez froid en édulcorant un peu trop le passé tourmenté de son personnage principal. Heureusement, le fond l’emporte sur la forme, à travers une quête spirituelle qui évite brillamment les pièges moralisateurs pour mettre en avant une réflexion à la fois sage et intéressante.

Le pitch : Après plusieurs années d’errance, d’addiction et l’échec de son couple, Cheryl Strayed prend une décision radicale : elle tourne le dos à son passé et, sans aucune expérience, se lance dans un périple en solitaire de 1700 kilomètres, à pied, avec pour seule compagnie le souvenir de sa mère disparue… Cheryl va affronter ses plus grandes peurs, approcher ses limites, frôler la folie et découvrir sa force.Une femme qui essaye de se reconstruire décide de faire une longue randonnée sur la côte ouest des Etats-Unis.

Après Dallas Buyers Club, Jean-Marc Vallée adapte une autre histoire vraie, celle de Cheryl Strayed issue de son roman Wild, une des rares femmes à tenter une randonnée incroyable reliant la côte ouest des États-Unis (environ 1700 km en solitaire pendant 3 mois). Si l’histoire de cette femme est peut-être moins remarquable que celle de Ron Woodroof, Wild narre un parcours aussi impressionnant qu’accessible. En effet, Wild séduit d’emblée en proposant une héroïne simple et imparfaite, qui a accumulé les erreurs et tente de survivre malgré des blessures psychologiques béantes. Sans pathos ni mélodrame à rallonge, Wild accroche dès les premières minutes (malgré une scène d’introduction peu ragoûtante), grâce à son personnage principale, aussi fragile qu’inconsciemment forte qui va se découvrir petit à petit sous nos yeux.
En se focalisant sur son présent, le film de Jean-Marc Vallée illustre l’instant T en repartant de zéro à travers une randonnée aux allures de parcours initiatique. Wild ne cherche pas à proposer une mère courage, au contraire, ce sont les petits travers de l’héroïne qui la rendent humaine, de ses débuts difficiles aux envies plus terre-à-terre. Tel un déclic, Wild vogue évidemment vers une prise de conscience radicale qui se forge tout au long du film, entre les différents flash-backs, une bande-originale inspirée et des citations toujours pleines de sens. La caméra de Jean-Marc Vallée observe avec admiration ce petit bout de femme qui ose braver ses craintes et entamer cette parenthèse éprouvante qui va rapidement devenir le premier jour du reste de sa vie. Sans le vouloir, le personnage principal devient un exemple, pas forcément de réussite mais de réflexion, notamment grâce à l’issue du film qui met intelligemment en opposition le jugement des autres et celui, souvent plus dur, que l’on s’inflige à nous-même. Wild agit comme un retour au source, perdu dans une nature impressionnante où l’isolation devient une terre de salut.
Malheureusement, si l’aventure Wild est impressionnante, avantagée non seulement par le courage de son héroïne mais aussi par les paysages bruts et superbes qui défilent sous nos yeux, le film de Jean-Marc Vallée manque souvent de chaleur. En laissant trop souvent le passé de son héroïne de coté, Wild a tendance à aseptiser les événements douloureux qui jalonnent l’histoires. En effet, le film survole les écarts de conduite de son personnage, s’attardant trop peu sur ses excès et ses blessures afin de dresser un tableau plutôt hâtif marqué par de nombreux échecs et un deuil difficile. Pourtant, à force de miser sur l’humilité, Wild oublie de passer par la case « émotion » tant il est difficile de relier ces épreuves douloureuses au reste du film. De plus, bien qu’il y ait plusieurs indications, il reste difficile de mesurer le temps qu’a duré cette aventure car si la temporalité est bien suivie au début du film, elle passe rapidement au second plan faisant passer cette aventure en un long week-end en forêt.

Wild, que certains surnomment (trop rapidement) le « Into The Wild au féminin », est avant tout une belle aventure humaine qui laisse rêveur et/ou pensif, sans la seconde lecture accusatrice et un poil moralisatrice. Jean-Marc Vallée saisit avec justesse la psyché complexe du voyageur solitaire, de la fuite vers l’inconnu au parcours initiatique révélateur. Grâce à une approche finalement légère, Wild nous emmène agréablement jusqu’au bout du chemin, au gré des rencontres, de la solitude et surtout d’une immersion touchante dans l’intimité chaotique d’une jeune femme au bord du gouffre. Cependant, en transformant une randonnée aussi périlleuse en une simple balade au parc, Jean-Marc Vallée propose un film souvent trop plat dans lequel les rebondissements se font rares.

Au casting, Reese Witherspoon (Mud, Target, Comment Savoir…) brise son image de poupée glamour dans ce personnage à la fois brut et tout en fragilité. Si la route vers les Oscars est certaine (après une nomination aux Golden Globes et aux Bafta), l’actrice américaine ose la performance sans fard avec brio et porte admirablement le film sur ses épaules, tout en restant naturelle et accessible. Autour d’elle, la très solaire Laura Dern (The Master, Nos Étoiles Contraires…) se fait remarquer et parvient, en (trop) peu de scènes, à apporter de la douceur et de l’optimisme au cours d’une trame souvent sombre.

En conclusion, si Wild subit quelques défauts de rythme et accuse un manque d’émotions flagrant, la superbe performance de Reese Witherspoon est accrocheuse et donne envie de suivre cette quête spirituelle et féminine. Jean-Marc Vallée signe un film toutefois agréable qui propose de belles pistes de réflexion sur la vie et l’importance donnée au regard des autres. À voir.

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Chaussettes et sandales, vraiment ?

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