[CRITIQUE] Into The Woods, de Rob Marshall

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Décalé mais enchanteur, Into The Woods – Promenons-Nous Dans Les Bois offre une aventure excentrique, où Cendrillon, Raiponce, Jack (et ses haricots magiques) et Le Petit Chaperon Rouge se croisent en chansons. Si Rob Marshall parvient à donner à second souffle aux contes classiques à travers une comédie musicale entraînante, l’ensemble est souvent déroutant tant le film alterne entre de belles scènes et des moments un peu gênants. Into The Woods souffre de longueurs et d’une mise en scène qui manque parfois de fluidité. Mais en fait, le plus décevant reste le manque d’attention porté aux maquillages, décors et costumes qui laissent parfois à désirer, ce qui est vraiment dommage pour un film de cette envergure. Heureusement, le film de Rob Marshall se rattrape de justesse grâce à son charme féerique et romanesque, porté par un superbe casting, notamment Emily Blunt, James Corden et l’incroyable Meryl Streep.

Le pitch : Les intrigues de plusieurs contes de fées bien connues se croisent afin d’explorer les désirs, les rêves et les quêtes de tous les personnages. Cendrillon, le Petit Chaperon rouge, Jack et le haricot magique et Raiponce, tous sont réunis dans un récit où interviennent également un boulanger et sa femme qui espèrent fonder une famille, mais à qui une sorcière a jeté un mauvais sort…

À l’heure où les contes de notre enfance vivent un nouveau chapitre, Disney continue de revisiter son catalogue. Après une récente adaptation de la Belle Au Bois Dormant avec Maléfique en 2014 et la prochaine version de Cendrillon dans quelques mois, les studios font d’une pierre plusieurs coups en adaptant au cinéma la célèbre comédie musicale de Stephen Sondheim, Into The Woods, créée en 1986 et récompensée par de nombreux Tony Awards (l’équivalent des Oscars pour les planches).
À travers une histoire réunissant de célèbres personnages des contes classiques, Into The Woods explore les désirs secrets de chacun : l’amour, une famille ou encore les rêves de richesse. Dans une réinterprétation cocasse et moderne, la comédie musicale humanise ses personnages en les ancrant dans une réalité plus terre-à-terre où les princesses sont moins niaises, les princes ne sont plus si charmants et même les sorcières ne sont pas vraiment méchantes. Tous sont si aveuglés par leurs rêves, qu’ils finissent par oublier l’essentiel et se perdre dans une série de péripéties dont l’issue ne sera pas toujours heureuse.

Si l’univers de Into The Woods est plaisant, il est surtout très étonnant. Le film de Rob Marshall (Mémoires d’Une Geisha, Nine…) conserve l’identité théâtrale de la pièce, à travers une mise en scène et un jeu d’acteurs souvent over-the-top qui oscille entre le kitsch étrange et le second degré hilarant. En effet, les personnages d’Into The Woods parviennent à nous plonger dans leurs univers poétiques grâce à des chansons entraînantes, en chœur ou en solo, tout en multipliant les dialogues décalés, cependant le film prend souvent au dépourvu, tant on peut se demander si le résultat était volontaire. En effet, le manque d’équilibre entre certaines scènes rend l’ensemble souvent bancal, ce qui laisse un sentiment mitigé : Into The Woods est un joli film, agréable et plein de magie mais l’énergie du film a tendance à s’essouffler en cours de route.
En effet, Rob Marshall réussit à faire cohabiter l’univers Disney en proposant des personnages attachants et pleins de malice, tout en faisant des références inspirées aux contes originaux qui sont légèrement moins roses (les malheurs des sœurs de Cendrillon, les véritables intentions glauques du Loup…). Into The Woods enchante, devenant immédiatement captivant grâce à la façon dont le scénario imbrique les différentes histoires pour n’en faire qu’une, si bien que le tout fonctionne joliment. En plus, le fait que les chansons ne soient pas omniprésentes offre une réelle respiration au film, ce qui devraient plaire aux plus sceptiques.

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Cependant, au-delà de l’appréciation personnelle du film, il y a certains détails qui ne pardonnent pas. Quand il s’agit d’adapter des contes en prises de vues réelles, il est normal de s’attendre à un film visuellement sublime. Mais Into The Woods ne propose que le minimum syndical : une forêt digne des meilleurs décors gothiques, tandis que les effets spéciaux apportent la touche de magie nécessaire. Oui, mais voilà, en y regardant de plus près, certains détails piquent les yeux : si on peut accepter le fait que Cendrillon va au bal trois soirs de suite avec la même robe (pas vraiment bleue, d’ailleurs), d’autres costumes frisent le bricolage digne d’un déguisement d’Halloween (celui du Loup, avec des griffes faites en gants…) et le maquillage de la sorcière semble avoir été fait avec du carton-pâte (surtout au niveau du front). À l’heure du numérique et après des films sublimes, tels que Maléfique ou encore La Belle et la Bête de Christophe Gans, Into the Woods se démarque par un visuel pas terrible et des fautes d’inattention qui auraient pu être aisément corrigées (ou masquées).
De plus, alors que la maison Disney est quasiment passée maître dans l’art d’aborder des intrigues tristounes, cette fois, dans le film de Rob Marshall, on se contente uniquement de passer les moments douloureux à la trappe, ni vu ni connu. Dommage.

Coté casting, comme dans le film, il y a du bon et du mauvais.
Nommée aux Oscars 2015, Meryl Streep (The Giver, Un Été à Osage County, La Dame de Fer…) est comme toujours fantastique, notamment dans ce type de rôle où elle s’amuse visiblement, et s’illustre dans des scènes géniales – dont une colle vraiment de jolis frissons ; tandis qu’Emily Blunt (Edge Of Tomorrow, Looper, Cinq Ans de Réflexion…) aurait dû, selon moi, recevoir plus qu’une nomination aux Golden Globes, car elle est aussi magnifique qu’impeccable dans un rôle attachant, drôle et complexe. À leurs cotés, Anna Kendricks (The Hit Girls, In The Air…) et James Corden (New York Melody, Les Voyages de Gulliver…) se démarquent agréablement du lot, tout comme les jeunes Lilla Crawford et Daniel Huttlestone (Les Misérables…), tandis que Chris Pine (Comment Tuer Son Boss 2…), Billy Magnussen et surtout Mackenzie Mauzy oscillent entre la performance bancale et la transparence. Et enfin loin derrière, il y a un très décevant Johnny Depp (Transcendance, Lone Ranger…), dont le jeu laisse dubitatif (ce qui est probablement dû au caractère déplacé de son personnage, en plus de la flemmardise généralisée de l’acteur).

En conclusion, Into The Woods est un cocktail de chansons entraînantes et de personnages attachants qui font de cette comédie musicale un moment globalement agréable et très frais, laissant filtrer une jolie morale Disney-like sans être envahissante. Cependant, ses nombreux défauts, aussi bien visuels que rythmiques, rendent le film de Rob Marshall souvent long et déconcertant. À voir en chantonnant.

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See all evil, ear all evil, speak all evil

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