[CRITIQUE] It Follows, de David Robert Mitchell

itfollows

En adaptant au cinéma un de ses cauchemars récurrents, David Robert Mitchell prend les codes horrifiques à contre-emploi pour livrer un petit « ofni » (objet filmique non identifié) qui ne laissera personne indifférent. Angoissant et étrange, It Follows est à la fois dérangeant et captivant. Le concept est novateur et immersif, grâce à une mise en scène inhabituelle qui laisse planer le doute entre l’inspiration salvatrice et l’essai expérimental. Quelques parts entre l’horreur froide mais stylisée et une thématique confuse sur la sexualité adolescente, It Follows ressemble effectivement à un cauchemar éveillé où la lenteur du film ne fait qu’accroître un malaise et une tension prenante. En voilà un petit film intéressant !

Le pitch : Après une expérience sexuelle apparemment anodine, Jay se retrouve confrontée à d’étranges visions et l’inextricable impression que quelqu’un, ou quelque chose, la suit. Abasourdis, Jay et ses amis doivent trouver une échappatoire à la menace qui semble les rattraper…

Tout juste récompensé par le Grand Prix du Jury au Festival international du film fantastique de Gérardmer 2015, It Follows s’était déjà fait remarquer à Deauville en repartant avec le Prix de la critique internationale. Ces dernières années, les films d’horreur ont pas mal misé sur l’esbroufe, le gore et les jumpscares sonores pour susciter des réactions, à travers des histoires de fantômes, de zombies ou autres phénomènes surnaturels. David Robert Mitchell choisit de balayer tout ça en s’inspirant d’un de ses cauchemars pour réaliser un film où l’horreur est teintée d’une fatalité inéluctable et oppressante. Souvent indéfinissable, parfois carrément flippant et toujours dérangeant, It Follows réussit tout de même son coup à travers un scénario original et une mise en scène intéressante et déroutante.
La force du film, c’est de parvenir à nous plonger dans l’horreur sans donner d’explication : le Mal est là et il faut en échapper, c’est tout ce qu’il y a savoir… ou presque. Dès les premières minutes, It Follows dépeint un univers glacé, à la fois insouciant et étrange dans lequel évolue un groupe d’adolescents ordinaires, évoluant dans une bourgade on ne peut plus ordinaire et lisse. David Robert Mitchell nage à contre-courant dans tous les aspects de son film : les jumpscares se font rares mais terriblement efficaces, les plans sont larges et faussement mal cadrés pour obliger l’œil à scruter les moindres recoins de l’écran, tandis que la musique n’en finit plus de brouiller les repères, sans jamais sur-vendre les moments d’angoisse. Autant de bons points qui séduisent d’emblée : It Follows ne respecte aucune tendance horrifique moderne et le public est obligé de naviguer à vue, aussitôt happé par une intrigue à la fois curieuse et captivante. Le résultat est audacieux, créatif et efficace car si le début laisse dubitatif, on est rapidement pris au piège par ses apparitions déterminées, implacables et tout simplement flippantes. It Follows est incroyablement inventif et utilise brillamment sa langueur pour créer un malaise palpable. Le frisson est là, inattendu, patient et inévitable… Impossible d’y échapper.

Si les moments horrifiques sont plutôt réussis, It Follows dévoile une relation ambiguë entre les événements du film et l’interprétation de la sexualité qui obsède ses personnages. Le manque d’explication à ce sujet pourrait desservir le film qui manque de réponses. Frustration, complexe œdipien vu la place des parents dans le film… It Follows relie la sexualité a des événements tragiques et parfois perturbants, ce qui contribue au malaise général et à l’incompréhension autour des intentions secrètes du réalisateur, comme s’il s’agissait d’une mise en garde implicite sur les relations sexuelles à risques et leurs conséquences possiblement fatales (le SIDA, par exemble, ce qui expliquerait les apparitions changeantes…). Un sous-texte qui laisse délibérément la porte ouverte à l’interprétation, mais qui ne manque pas de rappeler le fabuleux Teeth de Mitchell Lichtenstein, plus explicite dans le genre, mais tout aussi troublant.

Et pourtant, malgré ses aléas, It Follows résonne longtemps après avoir vu le film. Dérangeant et un tantinet glauque, le film doit beaucoup à la mise en scène de David Robert Mitchell, qui brouille si bien les pistes qu’il est difficile de savoir si son style est inspiré ou hasardeux. Influencé par la froideur angoissante du cinéma d’horreur de John Carpenter et par la précision chirurgicale de David Cronenberg (ou même de son fils puisqu’on y retrouve aussi une sorte de morbidité fascinante rappelant Antiviral), le réalisateur tire parti de ses nombreuses inspirations en créant un véritable décalage dans sa façon de filmer ses scènes à grands renforts de plans larges et de scènes à contre-emploi. Du coup, le spectateur est piégé, incrédule et à l’affût du moindre indice pour anticiper (en vain) les moments les plus stressants, tandis que le film continue de dérouter avec une bande originale stressante. It Follows se joue des codes horrifiques, ose dépeindre des personnages alanguis dont l’insouciance et l’innocence rappellent le cinéma morose et pop de Sofia Coppola dans une trame oppressante, qui ne manquera pas de vous faire dresser les cheveux sur la tête. Le résultat est surprenant, car on ne s’attend vraiment pas à être stressé devant une menace aussi évidente : la nonchalance du film est incroyablement trompeuse et prend agréablement dépourvu.

Au casting, peu de visages connus mais des acteurs qui assurent : Maika Monroe (Last Days Of Summer, The Bling Ring…) évite le piège de la jolie blonde et livre une performance crédible à la juste dose d’innocence et de frayeur, tandis qu’à ses cotés Keir Gilchrist (United States of Tara…), Jake Weary (Zombeavers…), Daniel Zovatto, Lili Sepe et Olivia Luccardi forment un groupe légèrement secondaire mais tout aussi géniaux.

En conclusion, génie ou maladresse ? Le doute est souvent permis, mais David Robert Mitchell parvient habilement à semer le trouble et réussit son coup : j’ai rarement eu peur au cinéma ces derniers temps et It Follows est un petit bijou déroutant, stylisé et bien flippant ! À voir !

Il m'aime, un peu, beaucoup, à la folie...

Il m’aime, un peu, beaucoup, à la folie…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s