[CRITIQUE] Jupiter : Le Destin de l’univers, de Lana et Andy Wachowski

JupiterAscending

Le film tant attendu des frères Lana et Andy Wachowski est enfin en salles, après avoir été repoussé plusieurs mois. Après la saga Matrix et le fantastique Cloud Atlas, Jupiter : Les Destins de L’Univers fait l’effet d’une douche froide. Si l’empreinte des frères Wachowski est reconnaissable et que le film est visuellement superbe, le résultat désarçonne tant Jupiter : Le Destin de L’Univers propose une histoire plate, osant le simple divertissement SF. Si d’habitude les films des frères Wachowski propose une réflexion supplémentaire sur la société ou les relations humaines (voir plus), ce nouvel opus propose un scénario certes original mais qui manque d’un souffle supplémentaire qui aurait pu éléver Jupiter : Le Destin de L’Univers au-dessus de la masse. Dommage.

Le pitch : Née sous un ciel étoilé, Jupiter Jones est promise à un destin hors du commun. Devenue adulte, elle a la tête dans les étoiles, mais enchaîne les coups durs et n’a d’autre perspective que de gagner sa vie en nettoyant des toilettes. Ce n’est que lorsque Caine, ancien chasseur militaire génétiquement modifié, débarque sur Terre pour retrouver sa trace que Jupiter commence à entrevoir le destin qui l’attend depuis toujours : grâce à son empreinte génétique, elle doit bénéficier d’un héritage extraordinaire qui pourrait bien bouleverser l’équilibre du cosmos…

D’habitude, les space operas est un genre que j’évite, puisqu’il m’échappe totalement, et si je n’avais pas été littéralement soufflée par Cloud Atlas, je ne me serai probablement pas penchée sur Jupiter : Le Destin de L’Univers. Mais il s’agit des frères Wachowski, un duo de cinéastes créatifs et inspirés comme il en reste peu. Et puisqu’il y a peu de films originaux de nos jours, je vais tenter d’être indulgente à propos de Jupiter : Le Destin de L’Univers.
En effet, la patte des frères Wachowski est bien présente dans ce film qui place notre jolie planète au centre d’un vaste et puissant univers, dominé par des êtres prêts à tout pour se l’approprier. Jupiter : Le Destin de L’Univers est un film qui se suffit à lui seul, car le scénario parvient à construire son propre univers, en l’inscrivant dans une réalité accessible et potentiellement séduisante dans laquelle le public peut rapidement se projeter. Du coup, on adhère facilement à ces mondes occupés et à une intrigue qui vient chambouler toutes les croyances populaires en réécrivant l’existence de l’Humanité. Oui, encore une fois, les frères Wachowski revoit la place de l’être humain à la baisse, relativisant l’existence de son personnage principal en le plaçant sur une échelle plus vaste. Comme dans une version parallèle et sous acide de Cendrillon, Jupiter : Le Destin de L’Univers extrait son héroïne d’un quotidien de misère pour la propulser dans une série d’aventures interstellaires où sa propre survie, celle de sa famille et de la Terre entière est en jeu. Comme dans un véritable conte fantastique, les Wachowski se sont appliqués à créer des mondes crédibles, animés par leurs propres structures et des personnages aux ambitions égoïstes et légèrement cruelles.

Mais rapidement, Jupiter : Le Destin de L’Univers déroute. Si le message porté par le film est putôt évident (nos problèmes pèsent peu sur la balance universelle), la mise en œuvre déçoit par son traitement finalement attendu et parfois bancal, qui donne souvent lieu à des moments « WTF ». Au-delà d’une écriture des personnages un peu légère, Jupiter : Le Destin de L’Univers passe le temps en creusant dans la facilité qui tâche. Si l’héroïne tente de rivaliser avec Cosette au début du film (en jouant les femmes de ménage qui récure des toilettes déjà propres), l’alchimie entre les héros du film est si approximative que le lien entre eux ne fonctionne pas. Du coup, le parallèle sur leurs différences sociales passe à la trappe au fur et à mesure que leur bluette peine à frémir à l’écran. De plus, alors que le film dure moins de deux heures, le temps parait bien long car les frères Wachowski semblent ajouter des scènes pour étirer une trame qui aurait mérité d’être plus concise. En effet, Jupiter : Le Destin de L’Univers ne cesse de retarder l’affrontement ultime en plaçant des rebondissements téléphonés en cours de route, qui se succèdent comme des étapes à valider avant d’atteindre le Graal. Le manque d’attention sur ces rebondissements est palpables tant certains personnages sont rapidement délaissés (comme la sous-intrigue avec Kalique) ou manque simplement d’étoffe (l’autre frère, Titus). La liste des déceptions et des moments incongrus est longue (le trip sur les abeilles, les séquences légèrement œdipiennes…), sans parler du  la mise en scène qumanque de fluidité suri finit par tronquer certains passages de façon abrupte. Autant d’éléments qui distraient l’attention ou frisent souvent le ridicule, si bien que Jupiter : Le Destin de L’Univers ferait presque oublier le travail accompli sur son esthétique.
Visuellement, la photographie est superbe. Le travail impressionnant des frères Wachowski est visible à travers les scènes d’actions, car Jupiter : Le Destin de L’Univers défie les lois de la physique et s’applique dans les détails pour les plus attentifs (la représentation de Jupiter, les vaisseaux qui sont composées de parties indépendantes…). Tout cela aurait été vraiment renversant si la même application avait eu lieu sur les costumes et maquillage : extravagants, certes, mais relevant trop souvent du déguisement (sans parler de la garde-robe horrible de Mila Kunis…).

Effectivement, malgré tout ces efforts, la sauce ne prend pas. Jupiter : Le Destin de L’Univers crée un récit graphique, mais cela ne suffit pas à faire vivre le film qui propose une trame essoufflée et déjà vue, au profit d’une histoire aux ambitions moindres qui détonnent avec une bonne partie de la filmographie des réalisateurs. Si le message des réalisateurs est suffisamment transparent, il est amplement desservi par un casting principal visiblement paumé et par une multitude de scènes inutiles qui viennent polluer la narration.

Justement, au casting : Mila Kunis (Puzzle, Ted, Black Swan…) et Channing Tatum (22 Jump Street, Foxcatcher…) partagent l’affiche et une passivité lassante qui affadit leurs personnages. Tatum a l’air de s’ennuyer tout du long et, bien que je n’aime pas du tout cet acteur, il faut avouer qu’il a déjà fait mieux (à son niveau), tandis que Kunis ne dégage absolument rien. À leurs cotés, si actuellement les récompenses pleuvent pour son rôle dans Une Merveilleuse Histoire du temps (Golden Globes, Bafta…), Eddie Redmayne est particulièrement crispant, notamment parce qu’il s’exprime tantôt en balbutiant ou en hurlant (syndrome Général Zod dans Man Of Steel). Autour d’eux s’agitent une cohorte de personnages accessoires qui apparaissent et disparaissent en cours de route, en ayant à peine un impact sur le fil de l’histoire : Sean Bean (Game Of Thrones…), Douglas Booth (The Riot Club, Noé…), Tuppence Middleton (Trance, The Imitation Game…).

En conclusion, Jupiter : Le Destin De L’Univers est probablement une épopée visuelle, mais les frères Wachowski ont tellement capitalisé sur l’esthétique qu’ils ont fini par délivrer un film sans âme. Au lieu d’un chef d’oeuvre annoncé, il ne reste qu’un film de science-fiction bancal, légèrement surfait et à peine divertissant (que les inconditionnels des Wachowski défendront jusqu’au bout). À éviter, si vous n’aimez vraiment pas les space operas.

Queen Bee

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