[CRITIQUE] Frank, de Lenny Abraham

Frank_1

Expérimental, drôle et déprimant, Frank est une comédie peu ordinaire hanté par des passages tout aussi particuliers. Entre musique d’un autre genre et conversations lunaires, le film de Lenny Abraham suit un groupe de musiciens atypiques et marginaux, réunit par leurs différences. Sous l’œil d’un héros « normal », Frank dissèque la folie libre avec un humour décalé bien venu mais oublie trop souvent de rendre ses personnages appréciables. Dommage.

Le pitch : Jeune musicien rêvant d’être une rock star, Jon croise le chemin d’un groupe de pop avant-gardiste à la recherche d’un nouveau clavier. Il devient vite le protégé de Frank, leur leader, aussi fascinant que mystérieux : ce génie musical vit dissimulé en permanence sous une grande tête en papier mâché. Entre phases de doute et éclats de créativité, rapports fusionnels et crises de confiance, l’enregistrement du premier album du groupe et les concerts les conduiront dans une véritable aventure humaine de l’Irlande jusqu’au Texas !

Avoir un des acteurs les plus sexy de la planète du moment en tête d’affiche et lui cacher le visage pendant la majeure partie du film, c’est le parti pris de Lenny Abraham qui transforme Michael Fassbender en un artiste incompris et un peu timbré dans un film sens dessus-dessous. Un peu british mais surtout très perché, Frank s’articule autour d’un groupe de musiciens marginaux, dont les troubles psychologiques les poussent à s’isoler du monde extérieur, afin de laisser libre cours à leurs folies créatives. À travers l’œil souvent perplexe et fasciné du personnage principal qui représente la « normalité » au milieu de ce groupe de doux-dingues, le film de Lenny Abraham scrute ses personnages à l’état presque sauvage. Entre agressivité, asociabilité et folie douce, Frank explore des émotions extrêmes dans un mélange souvent déboussolant où il est difficile d’y trouver ses repères.

Hanté par un style musical avant-gardiste (hum, pourquoi pas…), découvrir Frank c’est s’adapter de minute en minute à un ensemble à première vue grotesque, mais qui, si on lui laisse une chance, peut se révéler brillant. Le hic, c’est que le film ne rend pas la chose facile : la trame met du temps à s’installer, en se réfugiant trop souvent dans le comique de situation avant d’entrer dans le vif du sujet, tandis que l’attention est beaucoup trop happée par le personnage emblématique du film qui rôde sur l’image, comme une tentation inaccessible et donc frustrante. En effet, le simple fait de savoir qui se cache sous le masque de Frank finit par nuire au film, car si son interprétation n’en est pas moins bonne, la renommée de l’acteur gâche quelque peut le mystère. De plus, si le film parvient à se moquer des travers de ses personnages, la plupart sont purement antipathiques (notamment celui de Maggie Gyllenhaal), du coup, non seulement le temps parait un peu long mais en plus le résultat est souvent agaçant.

Pourtant, Lenny Abraham fait une jolie tentative. À travers des personnalités à la sensibilité extrême et aux limites sociales inexistantes, Frank donne lieu à des échanges déroutants, où la franchise devient presque brutale et l’étrange trouve un sens dans le chaos. Et si finalement les « fous » avaient raison ? En observant les liens s’effilocher au fur et à mesure que le film avance, derrière tout cet ensemble souvent froid et horripilant, Frank se rattrape dans les dernières minutes avec une épiphanie touchante où la « normalité » et les moules dans lesquels l’être humain s’enferme deviennent finalement un frein à la compréhension. On ne choisit pas sa famille, mais libre à nous de s’en fabriquer une… même bancale.

Au casting, Domhnall Gleeson (Il était temps, Anna Karenina, Harry Potter et les Reliques de la Mort…) joue les observateurs et a tendance à disparaître face à des personnages plus imposants, entre l’aigreur du personnage incarné par Maggie Gyllenhaal (White House Down, The Dark Knight…) ou les interventions glacées de François Civil (Catacombes, La stratégie de la poussette…) et Carla Azar. Seul Michael Fassbender (X-Men: Days Of Future Past, Cartel, 12 Years A Slave…) s’en tire plutôt bien, d’une part car on sait que c’est lui qui se cache sous cette énorme tête, mais aussi parce que son personnage est plus ouvert, plus attachant mais aussi le plus irrémédiablement brisé de tous.
De plus, si l’acteur n’est pas vraiment un chanteur, il parvient à accompagner une bande-originale souvent loufoque mais traversée par de belles mélodies (« I love you all »).

En conclusion, complexe et déroutant, Frank n’est pas vraiment la comédie la plus accessible ni la plus enthousiasmante. S’il faut souvent s’accrocher, entre une narration encombrée et des personnages peu attachants, Michael Fassbender et Domhnall Gleeson parviennent à porter un film curieux à bout de bras, avec ses différences et ses rares moments lumineux. À tenter.

Pride

Pride

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s