[COUP DE CŒUR] Birdman, d’Alejandro González Iñárritu

Birdman

Plus qu’un coup de cœur, Birdman est une révélation fracassante, un de ces films qui décoche une énorme gifle (virtuelle), le genre de cinéma qui fait qu’on aime le cinéma. Ça fait beaucoup de compliments, je sais, et maintenant que Birdman a été sacré Meilleur Film aux Oscars, le dernier film d’Alejandro González Iñárritu, Meilleur Réalisateur aux Oscars, va devoir faire ses preuves auprès des sceptiques qui refusent d’être formatés par Hollywood. Etrangement et très justement, ce film est fait pour eux, pour vous et pour tous tant il offre une vision aboutie (Meilleur scénario original) de l’industrie du cinéma et de ses nombreux recoins. Réfléchi, envoutant, magistral… le réalisateur mexicain aurait-il réalisé sa pièce maîtresse ? Oh oui !

Le pitch : À l’époque où il incarnait un célèbre super-héros, Riggan Thomson était mondialement connu. Mais de cette célébrité il ne reste plus grand-chose, et il tente aujourd’hui de monter une pièce de théâtre à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire perdue. Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille et ses proches, son passé, ses rêves et son ego…
S’il s’en sort, le rideau a une chance de s’ouvrir…

Alejandro González Iñárritu est un réalisateur qui fait peu, mais qui fait bien. Depuis son premier long-métrage en 2000, Amours Chiennes, les bémols se font rares tandis que Babel (2006) reste à ce jour une de mes expériences cinématographiques favorites. L’art d’Alejandro González Iñárritu, c’est de prendre une thématique et de la disséquer jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien et que tout ait été dépiauté, observé, digéré et compris. Avec Birdman, le réalisateur observe le cinéma tantôt comme un objet, tantôt comme un être vivant, puis une émotion, à travers ses protagonistes variés. Des acteurs aux spectateurs, en passant par les critiques et les machines hollywoodiennes, Birdman est un ensemble multiple et complet qui se suffit à lui-même, grâce à un scénario excellent, dense et maîtrisé.
Le plus dur, finalement, c’est de parler de ce film si parfait sans abuser de termes dithyrambiques ni dévoiler quoi que ce soit. Birdman est en fait difficilement explicable, puisque décrypter le film, reviendrait à répéter le travail si impressionnant d’Alejandro González Iñárritu qui a déjà tout mis à plat avant de transcender sa vision dans une œuvre étourdissante.
Mais tentons donc…

À travers son dernier film, Alejandro González Iñárritu dénonce d’abord tout en vrac et fait semblant de s’adonner à la critique facile : la machine à memes hollywoodiens, ces acteurs d’avant à la ramasse aujourd’hui, l’art du cinéma qui s’étiole, la critique : ses favoris et ses têtes de turcs, le public, qui englobe tout le monde, qui se laisse gaver… Tout y passe et, en tant que fan de blockbuster, le risque de se mettre à dos une partie du public est présent. Mais une fois le constat établi, Birdman explique, justifie, glorifie et analyse le tout dans une vision pertinente de l’industrie enrouée du cinéma et du public que l’on gave de films prémâchés, tout en mettant en avant la souffrance et la mise à nu éprouvante que représente la réalisation d’une œuvre d’art (film, théâtre…), dans laquelle on se donne sachant qu’elle sera aussi décriée qu’appréciée. C’est une lettre d’amour hallucinante aux réalisateurs qui luttent pour mettre au monde (c’est une naissance symbolique finalement, car c’est le fruit de beaucoup d’amour, mais aussi de travail, de patience et de souffrance) un film ou une pièce originale sur le devant de la scène, ces pépites si rares qui luttent pour voir le jour et délivrer un message vrai et qui bousculent tout sur leurs passages.

Birdman est un coup de massue, une déferlante d’émotions qui laisse bouche bée, oscillant entre résignation et dernier espoir de survie. Avec une justesse affolante, Alejandro González Iñárritu vise juste, sans amertume mais avec beaucoup d’admiration et de reconnaissance pour une industrie qui se mord la queue tout en continuant de faire rêver, malgré ses injustices et ses défauts. Birdman est à la fois un hommage vibrant et une accusation sans détour, qui ne laissera personne indemne, que l’on soit amateur d’un cinéma contemporain, d’antan, indépendant ou marketing. En effet, Birdman fait partie de ces rares films dont la puissance, aussi bien au niveau esthétique que narratif, contribue à aiguiser et/ou redéfinir mes goûts en terme de cinéma. Alors que je fais partie de ceux qui craquent volontiers (et sans honte !) pour les films contemporains et les blockbusters, Birdman élève le tout à un niveau supérieur, grâce à une exigence et une précision indéniable et fabuleuse. Waouh ! J’en veux encore, j’en veux plus ! Je n’avais pas été aussi conquise depuis… Cloud Altas peut-être ?

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Au-delà de son message, Birdman est un tour de force remarquable. Alejandro González Iñárritu crée un film en un seul souffle, fonçant à travers un faux plan-séquence envoûtant et perturbant, qui parvient à figer le temps et à multiplier l’espace pour mieux se concentrer sur ses personnages, qui évoluent dans un labyrinthe émotionnel et intense. Et quels personnages ! C’est fou de voir à quel point le casting se donne en interprétant des personnages si proches de leurs propres histoires. En effet, de Birdman à Batman (version Tim Burton en 1989, puis 1992), il n’y a qu’un pas pour Michael Keaton, qui donne vie à un alter ego si familier à travers son passage à vide et un super héros qui lui colle à la peau, tandis qu’Edward Norton joue avec sa mauvaise réputation et que Naomi Watts jongle avec une quête de reconnaissance qu’elle ne connait que trop bien (une filmographie honorable et pas un seul Oscar, pire : le reste du casting est nommé, sauf elle…).
Birdman nous happe dans une fiction plus que réaliste, aux portes de la folie, animée par une mise en scène excellente où rien n’est laissé au hasard. Si la musique (une batterie entêtante) est parfois trop envahissante, Birdman se démarque avec un mixage sonore et une (Meilleure) photographie (aux Oscars) magnifiques, offrant des jeux de lumières et de son précis. Visuellement, Birdman est une aventure, Alejandro González Iñárritu crée son propre univers et nous enferme dans une sorte de huis-clos psychologique où la réalité se confond avec la raison vacillante de son personnage principal, renforcé par une voix off aux grondements caverneux qui ne cesse de semer le trouble. Birdman agit comme un choc, peut demander du temps avant d’être digéré sans forcément être apprécié au final, mais pour moi, le cinéma, LE VRAI, est ici.

Au casting, Alejandro González Iñárritu sait s’entourer : Michael Keaton (Need For Speed, RoboCop, La Voix Des Morts…) revient de loin et brille dans un rôle sur-mesure avec une authenticité superbe. À ses cotés, Edward Norton (The Grand Budapest Hotel, Moonrise Kingdom, L’Incroyable Hulk…) et Naomi Watts (Diana, Perfect Mothers, The Impossible…) ferment un trio de géants, chacun se donnant à l’extrême dans des rôles aussi personnels que, finalement, peu flatteurs. On y retrouve également Zach Galifianakis (Very Bad Trip 3, Date Limite…), sobre bien qu’un peu en retrait, Emma Stone (The Amazing Spider-Man 2, Les Croods, Gangster Squad…) est excellente en rebelle paumée et désabusée, tandis qu’Andrea Riseborough (Oblivion, Shadow Dancer…) est une jolie (re)découverte.

En conclusion, Birdman est grand, Birdman est magnifique, Birdman est brutal, choquant et émouvant ! Ne vous laissez pas duper par son ton faussement accusateur, car ce n’est vraiment pas le plus intéressant, ni le plus important. Entre un casting époustouflant et une mise en scène merveilleuse, Alejandro González Iñárritu taille un bijou précieux, entre prise de conscience et véritable déclaration d’amour au cinéma. À voir… ABSOLUMENT !

Astonishing

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