[CRITIQUE] Cinquante nuances de Grey, de Sam Taylor-Wood

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Découvrir un film comme Cinquante nuances de Grey, c’est une occasion peu réjouissante de découvrir à quel point le cinéma commercial accepte de tomber encore plus bas pour s’enrichir encore plus. Est-ce un film ou une farce ? Un cauchemar éveillé qui emprisonne le public dans un fantasme adolescent, à peine plus osé qu’un roman de la collection Harlequin ? Toujours est-il que le film de Sam Taylor-Wood, adapté d’une fan-fiction inspirée par l’insupportable saga Twilight (même pas un vrai livre à la base), réussit à rabaisser le niveau en livrant un objet fadasse, niais et inintéressant au possible. Vous l’avez compris : je ne vais pas être tendre.

Le pitch : L’histoire d’une romance passionnelle, et sexuelle, entre un jeune homme riche amateur de femmes, et une étudiante vierge de 22 ans.

Adapté d’une série de romans tirés d’une fan-fiction, elle-même inspirée par la saga la plus niaise qu’ait connu le cinéma, Cinquante nuances de Grey est une compilation navrante de clichés et les fantasmes naïfs et adolescents, mis bout-à-bout pour proposer une romance aussi fadasse que vide. De la rencontre improbable entre deux héros mal assortis à un érotisme éteint et surfait, le film de Sam Taylor-Wood n’essaie même pas de proposer une trame originale tant le succès du film est écrit à l’avance. A cause d’un manque de challenge évident, le film puise dans la facilité, reprenant des artifices ultra-basiques dans ses formes les plus simples, entre une héroïne complètement nunuche qui assouvira le fantasme de nombreuses (post-) adolescentes, à savoir : rencontrer un beau prince charmant ténébreux qui l’initiera à l’amour et au sexe dans sa grande bonté d’âme.
Seulement voilà, à coté de Cinquante nuances de Grey, les romans Harlequin passent pour de la pornographie hardcore, tant le film a bien du mal à faire vivre cette histoire d’amour cousue de fils blancs et entrecoupées par des scènes plus que tièdasses. La mise en scène complètement amateure du film termine de gâcher un ensemble flemmard, avec ses nombreuses incohérences et autres facilités bien commodes pour transformer cette histoire surréaliste en conte de fées du pauvres. Si le succès du film était déjà garantie d’avance grâce aux ventes incroyables des livres, Sam Taylor-Wood livre un film bâclé, agaçant et sans intérêt, sans chercher à mettre en valeur ses personnages ni à nous faire croire un seul instant à ce brouillon simpliste, si bien que même l’atout BDSM ne parvient même pas à réchauffer une atmosphère déjà bien morne.

C’est bien joli de vouloir profiter du succès discutable de Twilight, mais force est de constater que malgré l’emballage fleur bleue et mièvre de ces films de pseudo-vampires-qui-pétillent-au-soleil, il y avait (*sic*) une faible volonté de divertir malgré tout. Ici, Cinquante nuances de Grey est un objet purement commercial, façonné pour plaire à un public bien spécifique et surfant sur le mythe du prince charmant richissime mais un peu bad-boy qui fait rêver les gamines de 14 ans les plus jeunes depuis des générations. Sans ambition, ni réelle volonté de faire vivre une histoire crédible, le film de Sam Taylor-Wood se limite au service minimum et se contente de suivre une trame attendue et sans surprise, hanté par un duo au charisme concurrençant royalement celui d’un couple de bulots. Cependant, en y regardant de plus près, derrière l’enfilade de clichés tout sucrée et tout mignons perdus entre deux ou trois fessées, le constat est légèrement inquiétant lorsqu’on réalise que cette saga à succès (destinée à un public adolescent et féminin, rappelons-le) repose entièrement sur l’histoire d’une jeune fille virginale dont le seul but dans la vie est de se soumettre aux désirs d’un homme qui ne rêve que de la posséder et l’humilier sexuellement. Belle image pour les jeunes d’aujourd’hui, j’applaudis des deux mains.

Au casting, Jamie Dornan (Once Upon A Time, The Fall…) a beau dardé ses yeux bleus dans tous les sens avec un semblant d’intensité, il n’en reste qu’une performance mutique, mise à mal par un personnage écrit à la truelle ; tandis que la palme du pire revient surtout à Dakota Johnson (Cinq Ans de Réflexion, Need For Speed…) qui non seulement écope d’un rôle particulièrement agaçant, mais l’actrice ne fait absolument rien pour améliorer son cas en ne cessant de rouler des yeux de biche effarouchée, tout en se mordillant les lèvres à la moindre occasion. Le reste du casting, composé entre autres par Eloise Mumford, Luke Grimes et même la chanteuse Rita Ora, tente vainement d’exister dans un ensemble concentré autour des personnages principaux.

En conclusion, alors que je partais déjà avec un a-priori négatif (je l’admets), Cinquante nuances de Grey n’a fait que confirmer ce que j’en pensais. Le film de Sam Taylor-Wood n’est rien d’autres qu’une soupe niaise et marketée, destinée à plaire un public influencé par un succès pseudo-littéraire, surfant sur une trame vaguement sulfureuse aussi torride que les anciens films du dimanche soir sur M6, tandis qu’un scénario quasiment inexistant donne vie à des fantasmes éculés et véhiculés par une génération romantico-neuneu et déconnectée de la réalité. À éviter, si vous tenez à votre dignité.

Viens, on copie la scène du baiser de Drive, mais toi tu vas lever les bras pendant que je... mais elle est où ta bouche ?

Viens, on copie la scène du baiser de Drive, mais toi tu vas lever les bras pendant que je… mais elle est où ta bouche ?

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2 réflexions sur “[CRITIQUE] Cinquante nuances de Grey, de Sam Taylor-Wood

  1. Déjà que le « livre » est une véritable daube, son adaptation cinématographique (certes fidèle) est une catastrophe. Il n’y a aucune tension sexuelle, on se fait chier, les dialogues sont pourris, la BO insupportable (pauvre Danny Elfman noyé dans cette daubasse), les acteurs monoexpressifs, les personnages insupportables. Finalement à côté, Twilight c’était pas si mal, on apprend à relativiser !

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