[CRITIQUE] Inherent Vice, de Paul Thomas Anderson

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Compliqué, fade, laborieux… le dernier film de Paul Thomas Anderson réussit si bien à retranscrire la vision enfumées des années hippies qu’il n’en reste qu’un amas de dialogues insipides, à la frontière d’élucubrations incompréhensibles et d’inspirations psychédéliques. Coincés quelque part entre le trip planant et les essais un peu artyInherent Vice, c’est presque deux heures et demie perdues dans un océan de vide où des acteurs talentueux s’agitent sous la houlette d’un cinéaste d’ordinaire… extraordinaire mais qui, pour la première fois, se plante violemment.

Le pitch : L’ex-petite amie du détective privé Doc Sportello surgit un beau jour, en lui racontant qu’elle est tombée amoureuse d’un promoteur immobilier milliardaire : elle craint que l’épouse de ce dernier et son amant ne conspirent tous les deux pour faire interner le milliardaire… Mais ce n’est pas si simple… C’est la toute fin des psychédéliques années 60, et la paranoïa règne en maître. Doc sait bien que, tout comme « trip » ou « démentiel », « amour » est l’un de ces mots galvaudés à force d’être utilisés – sauf que celui-là n’attire que les ennuis.

Paul Thomas Anderson est à la tête d’une filmographie dont la perfection et la renommée n’est plus à prouver. Entre Boogie Nights, Magnolia, There will be blood et le tout récent The Master, et même en comptant Punch-Drunk Love, le réalisateur américain écume des sujets aussi anodins que forts, avec un style et un esthétisme remarquable. Même quand son perfectionnisme prend le dessus au point de saborder toute émotion, comme dans The Master, ses films possèdent des atouts et des propos dont la puissance ne laissent personne indifférent, que l’on ait aimé le résultat global ou non.
Ceci étant dit et malgré tout mon respect pour ce cinéaste accompli et habituellement remarquable, Inherent Vice est une torture auditive et visuelle qui dure bien trop longtemps. Si la première heure pique la curiosité grâce à ce labyrinthe à première vue attirant de personnages nébuleux, immergés dans la nonchalance des années 60 bousculées par ses propres oppositions (hippies vs « gens normaux »), et ravagés par l’abus de substances illicites. Alors que se dessine une intrigue tortueuse, entre corruption et complots en tout genre, Inherent Vice s’étire dans une ambiance délétère, qui ne fait que s’épaissir de minutes en minutes. Rapidement, le film Paul Thomas Anderson se révèle plus bavard qu’intéressant et, à force de brouiller les pistes, on en perd rapidement le fil sans savoir si ce qu’on nous montre est réel ou imaginé. Après une heure d’élucubrations et de rencontres décousues, force est de constater qu’Inherent Vice est un embrouillamini à tendance artistico-psychédélique maladroite, qui, malgré un casting impressionnant et une mise en scène inspirée, surfe royalement sur du vide et s’avère, comment dire, très chiant (excuse my french).

Hanté par une bande-originale envahissante, le film de Paul Thomas Anderson perd pied, se roulant dans la complaisance d’un cinéaste trop sur de lui et une trame trop mystérieuse et indigeste, l’ensemble finit par se noyer dans une ronde déstabilisante de personnages à mourir d’ennui. Le pire, c’est qu’à force de faire durer le mystère, Inherent Vice exclut totalement le spectateur de son délire, alors que tous les personnages semblent savoir de quoi ils parlent de l’autre coté de l’écran. Du coup, il est bien difficile de s’immerger dans cette histoire sans queue ni tête, entrecoupée par des échanges vides de sens et embués par un univers ampoulé par ses propres clichés. De plus, il est difficile de ne pas remarquer les similitudes entre Inherent Vice et le film The Big Lebowski des frères Coen, à travers la nonchalance un peu perchée du personnage de Joaquin Phoenix et son microcosme tripant composé de hippies marginaux.
Certes, Paul Thomas Anderson est habituellement brillant, oui, sa filmographie est remarquable, mais là… mon cher Paulo, c’est la cata. Sous couvert d’inspiration pop-art et acidulé des sixties, Inherent Vice est surtout un film interminable et lassant, où l’ennui apathique et contagieux d’un casting fleurant bon le dédain et la prétention suinte à travers l’écran. Les aventures enfumées d’un hippie bien ancré dans son époque n’ont rien d’original et le fait de tricoter une intrigue complexe autour de lui ne fait que compliquer un ensemble déjà repoussant aux faux airs de polars poisseux. Néanmoins, on ne peut pas nier le fait que Paul Thomas Anderson parvient, même dans ses pires moments, à créer des images fortes et millimétrées, notamment à recréant, en l’espace d’une seconde, la fameuse Cène, apparaissant comme une vision fugace et joliment inspirée. Malheureusement, cela ne suffit pas à sauver Inherent Vice...

Au casting justement, Joaquin Phoenix (The Master, The Immigrant, Her…) reprend du service en tant que muse de PTA (pour les intimes) et, oh lala oui, c’est un excellent acteur, mais cette fois, à le voir parler dans sa barbe et penser à voix haute, c’est bien difficile de retrouver celui qui habituellement se transcende dans chacun de ses rôles. À ses cotés, on y retrouve des visages familiers, entre un face-à-face à couteaux tirés avec un Josh Brolin (Sin City – J’ai tué pour elle, Last Days Of Summer…) bougon et autres bavardages avec Owen Wilson (Les Stagiaires, La Nuit au musée 3…), Benicio Del Toro (Paradise Lost, Les Gardiens de la Galaxie…), Jena Malone (Hunger Games : L’embrasement et La Révolte – Partie 1…) ou encore Reese Witherspoon (Wild, Mud…). Pourtant, malgré tous ces acteurs connus et reconnus, c’est surtout Katherine Waterston (Night Moves, The Disappearance of Eleanor Rigby…), en jolie baby-doll, qui laissera une empreinte indélébile pendant tout le film, aussi soporifique soit-il, tandis que Jillian Bell (The Master, 22 Jumpstreet…) assure une narration stone.

En conclusion, certains le trouveront brillants, d’autres se tritureront l’esprit à trouver des qualités au film parce qu’il s’agit quand même de Paul Thomas Anderson, personnellement, je pense qu’Inherent Vice sera un sombre point d’interrogation dans la filmographie du réalisateur. Beaucoup trop long, pénible et bien trop exclusif, Inherent Vice est une épreuve de patience, tant il a fallu que je me résonne pour aller jusqu’au bout du film et ne pas partir en courant de la salle. À éviter.

Pablo Escobar assure aussi le service après-vente

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