[COUP DE CŒUR] Dear White people, de Justin Simien

DearWhitePeople

Drôle, savoureux et piquant, Dear White People est un film éclairé et juste sur une crise identitaire jamais abordée au cinéma et pourtant bien réelle. « Être Noir dans un monde de Blancs » voilà un slogan direct derrière lequel Justin Simien dresse un portrait saisissant, sans parti pris mais avec beaucoup d’humour, d’une génération en quête de repères et d’acceptation de soi. Loin des drames larmoyants sur l’esclavage et autres périodes horribles de l’histoire afro-américaine, Dear White People souffle un vent de fraîcheur et pousse à la réflexion, que l’on soit Blanc ou Noir ou une autre couleur de l’arc-en-ciel. Bravo !

Le pitch : La vie de quatre étudiants noirs dans l‘une des plus prestigieuses facultés américaines, où une soirée à la fois populaire et scandaleuse organisée par des étudiants blancs va créer la polémique. Dear White People est une comédie satirique sur comment être noir dans un monde de blancs.

Attention, Dear White People n’est pas à un film convenu visant à valoriser les Noirs au détriment des Blancs stigmatisés en tant que persécuteurs racistes. Au contraire, le film de Justin Simien offre une vision éclairée et actuelle de la perte de repères des jeunes de couleur dans une société occidentale majoritairement représentée par des Blancs, dans un film certes américain mais qui réussit à porter un message plutôt international. Du coup, même si en France nous n’avons pas le même passif historique que les US (esclavage, Martin Luther King, Black Panthers, etc…), le regard posé sur les personnes de couleur et le regard que nous posons sur le monde, malgré nos différences, se ressemblent grandement. Justin Simien a réussi à saisir toute cette complexité et les contradictions inhérentes dans une comédie piquante qui égratine aussi bien les Noirs que que le public en général (peu importe sa couleur) car, avouons-le, nous avons tous un avis plus ou moins avouable sur le sujet.

A travers différents points de vue, Dear White People dissèquent ses personnages et des arguments authentiques sans jamais prendre parti, osant pointer du doigt les défauts gênants de chaque groupe : que ce soit les Noirs qui se définissent par leurs couleurs de peau et ceux qui refusent d’être catalogués, d’un coté, et, de l’autre, les autres sont partagés en deux camps tout aussi éloquents : ceux qui cultivent le racisme ordinaire (consciemment ou non) et ceux qui s’en fichent. Si ces catégories semblent réductrices, Dear White People ratisse pourtant large et parvient à explorer les différentes facettes de son sujet, si bien que l’on finit toujours par se retrouver au détour d’une phrase ou d’une attitude, quitte en prendre pour son grade. Entre le regard des autres et celui souvent trop sévère que l’on pose sur nous-même, les personnages de Dear White People attire l’attention, avec une accessibilité attachante, tandis que chacun finit par dévoiler des motivations bien plus personnelles.
Héroïne métisse, militants agressifs et conflit d’intérêts… Justin Simien balaye les stéréotypes et propose différentes pistes de réflexion intéressantes sur fond de crise identitaire (devons-nous être défini par notre couleur de peau ? peut-on réellement vivre en transparence ?), tout en osant aborder des sujets qui fâchent. En effet, malgré son titre et une apparence « pro-Black », Dear White People s’adresse à tous en osant énoncer à hautes voix des interrogations et/ou des réflexions que l’on garde généralement pour nous. Un tour de force brillant qui parvient à toucher sans accuser, dans un ensemble pétillant et réellement savoureux.

Dans la forme, Justin Simien mise à fond sur l’humour, entre ironie et -hum- humour noir (haha), en alternant les clichés auxquels les Noirs sont toujours confronté (les blagues sur le poulet, les cheveux crépus et les tissages…) avec beaucoup de légèreté, tout en abordant des travers moins reluisants, évoqués notamment par la catégorisation caricaturale des Noirs (Ooftas, 100% et Nez-refaits). Petit-à-petit, derrière toutes ces joutes verbales, Dear White People dessine, plus qu’une lutte de classes (ou de couleurs), un jeu de pouvoir percutant, laissant sous-entendre que l’important n’est finalement pas la couleur de peau mais le pouvoir que possède l’individu. Ce n’est pas pour rien que le film ait été surnommé « porte-parole de la génération Obama », dont finalement l’élection a soulevé plus de dissidence que créer un réel apaisement sur les conflits interraciaux. Le « problème », finalement, n’est d’être « Noir dans un monde Blanc », mais finalement d’évoluer dans un monde pétri d’une fausse transparence, laissant croire que le racisme n’existe plus (sous prétexte qu’un président est Noir), alors qu’il continue de perdurer et de muter sous nos yeux, créant des sous-castes élitistes qui ne font que cultiver le rejet de l’autre.

Dear White People, c’est surtout un casting rafraichissant : Tessa Thompson (Selma, Heroes…) est le véritable atout du film, entre charisme et personnalité attachante, tandis que Tyler James Williams (Tout le monde déteste Chris, The Walking Dead…) vient alléger la tension, avec un rôle opposé et authentique. Autour, Kyle Gallner (American Sniper…), Brendon P. Belle (Switched at Birth…) et Teyonah Parris (Comment Savoir…) écopent de rôles plus complexes et s’en sortent brillamment malgré les travers souvent détestables de leurs personnages respectifs.

En conclusion, Dear White People interpelle, peu importe où on se situe, amenant à réfléchir sur sa propre attitude et sur le regard que l’on pose sur soi-même ou autrui. Si Justin Simien retranscrit avec justesse une génération en pleine crise identitaire et perdue dans une société qui ne leur ressemble pas. C’est un premier film brillant, accessible et (im)pertinent directement inspirée par sa propre expérience, traversé par un humour irrésistible dont on ne lasse pas. Pour ma part, je ne regarderai plus jamais les Gremlins de la même façon. À voir !

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