[CRITIQUE] Cake, de Daniel Barnz

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Larmoyant et contemplatif, Cake s’étire un drame sobre autour d’une femme marquée par une histoire tragique. Si Jennifer Aniston livre une performance étonnante, quoiqu’un peu poussive, le film de Daniel Barnz reste sur la réserve et mise trop sur le potentiel émotionnel de son sujet pour attirer la sympathie du public. Du coup, les plus sensibles seront probablement touchés par cette mère-courage malgré son tempérament détestable, tandis que les autres (nous, les cœurs de pierre) attendront un peu plus de profondeur et de sincérité… en vain.

Le pitch : Claire Bennett va mal. Il n’y a qu’à voir ses cicatrices et ses grimaces de douleur dès qu’elle fait un geste pour comprendre qu’elle souffre physiquement. Elle ne parvient guère mieux à dissimuler son mal-être affectif. Cassante et parfois même insultante, Claire cède à l’agressivité et à la colère avec tous ceux qui l’approchent. Son mari et ses amis ont pris leurs distances avec elle, et même son groupe de soutien l’a rejetée. Profondément seule, Claire ne peut plus compter que sur la présence de sa femme de ménage Silvana, qui supporte difficilement de voir sa patronne accro à l’alcool et aux tranquillisants. Mais le suicide de Nina, qui faisait partie de son groupe de soutien, déclenche chez Claire une nouvelle fixation. Tout en s’intéressant à la disparition de cette femme qu’elle connaissait à peine, Claire en vient à s’interroger sur la frontière ténue entre vie et mort, abandon et souffrance, danger et salut. Tandis qu’elle se rapproche du mari de Nina et de leur fils, Claire trouvera peut-être un peu de réconfort…

Dans la série des actrices qui cherche le rôle de leur vie en acceptant un rôle dramatique, incluant une transformation physique qui les rendra moins jolies, je demande Jennifer Aniston. L’ex-fiancée de l’Amérique ne cesse de surprendre dans ses choix, après avoir jouée les nymphos dans les films Comment tuer son boss ?, les strip-teaseuses dans Les Miller – Une famille en herbe, l’actrice opte à nouveau pour un genre qu’elle côtoie rarement : le drame.
Dans Cake, elle incarne une femme blessée physiquement et moralement par les tragédies qu’elle a traversées et voit son courage sombrer au plus bas lorsqu’un membre de son groupe de soutien se suicide. À travers une tranche de vie qui va marquer son passage de l’ombre à la lumière, le film de Daniel Barnz propose une histoire intéressante sur le papier mais a beaucoup de mal à vivre à l’écran. En effet, si le scénario se dévoile en cours de route, révélant ses secrets douloureux au fur et à mesure que le film avance, Cake se contente de livrer ses informations telles quelles sans pour autant creuser l’émotion derrière ces événements lourds. Le réalisateur se contente d’observer des personnages qui s’évertuent à faire vivre une trame plate, alors qu’il n’y a pas vraiment grand chose à raconter, au lieu d’aller de l’avant. Cependant, à l’instar d’un film dramatique comme le récent Still Alice qui proposait également un personnage féminin soumis à de véritables épreuves, Cake repose bien trop sur les épaules de son héroïne en proposant une trame prévisible et un peu trop proprette. Du coup, le film passe à coté du message positif qu’il tente de distiller et s’attarde sur les malheurs de Jennifer Aniston et ses cinquante nuances de gémissements de douleurs.

Si on ne peut rester insensible à la tragédie qui bout en sous-sol, le film semble être anesthésié par un ton trop détaché, à cause d’un humour noir plus aigre que doux. Si le personnage principal détonne par son caractère antipathique, Cake joue à fond la carte du pathos en l’observant se raidir de douleur tout au long du film, plutôt que d’étoffer son propos en proposant de véritables émotions. Du coup, l’ensemble s’étire jusqu’à un final attendu, qui aurait probablement dû arriver plutôt afin de donner de l’énergie à un film trop souvent apathique. Malgré tout, Cake est un film intéressant, malgré son manque de rythme et une atmosphère souvent étouffante, grâce à des rares épisodes lumineux (une visite surprise qui vient tout gâcher, par exemple…) et à la relation amusante entre l’héroïne et sa femme de ménage.

Au casting, nous retrouvons donc une Jennifer Aniston couverte de cicatrices, grimaçante et plutôt antipathique malgré ses efforts. À ses cotés, Sam Worthington (Avatar, Sabotage…) et Adriana Barraza (Babel…) tentent d’animer un ensemble trop plat, tandis qu’Anna Kendrick (Into The Woods, The Voices…) joue les apparitions évanescentes. Plus en retrait, Felicity Huffman (Desperate Housewives, American Crime…), William H. Macy (Shameles, The Sessions…) et Chris Messina (Argo, Palo Alto, The Mindy Project…) sont également de la partie.

En conclusion, Daniel Barnz propose une histoire forte mais qui ne parvient pas réellement à vivre à l’écran. En misant trop souvent sur le pathos et des émotions fabriquées, Cake se révèle finalement très fade et manque cruellement de sincérité et de personnalité. Et oui, il ne suffit pas de partager une histoire douloureuse pour qu’elle fonctionne…

I won't be there for you...

I won’t be there for you…

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2 réflexions sur “[CRITIQUE] Cake, de Daniel Barnz

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