[CRITIQUE] Every Thing Will Be Fine, de Wim Wenders

everythingwillbefine

Fade et ennuyeux, le nouveau film de Win Wenders s’étire autour d’une tranche de vie interminable, teintée par un mélodrame apathique. Every Thing Will Be Fine est un exercice périlleux où le réalisateur tente de capter la dramaturgie d’un quotidien trop ordinaire et une vague corrélation sur la façon dont les actes commis par les personnages influent sur le cours de leur vie. Malheureusement, le film est ampoulé par une trame plutôt mince qui s’effiloche au fur et à mesure que le film cumule les bonds en avant, maltraitant son spectateur qui attend, en vain, le moment où Wim Wenders donnera enfin un sens à cet ensemble éteint.

Le pitch : Après une dispute avec sa compagne, Tomas, un jeune écrivain en mal d’inspiration, conduit sa voiture sans but sur une route enneigée. En raison de l’épaisse couche de neige et du manque de visibilité, Tomas percute mortellement un jeune garçon qui traversait la route. Après plusieurs années, et alors que ses relations volent en éclats et que tout semble perdu, Tomas trouve un chemin inattendu vers la rédemption : sa tragédie se transforme en succès littéraire. Mais au moment où il pensait avoir passé ce terrible événement, Tomas apprend à ses dépens que certaines personnes n’en ont pas finis avec lui…

Parmi les réalisateurs connus, de ce qu’on appelle le Nouveau Cinema Allemand, Wim Wenders est un pilier. Celui qui nous avait offert l’étonnant Don’t Come Knocking en 2005, revient avec un nouveau film assez prometteur sur le papier : Every Thing Will Be Fine. Si le réalisateur, présent lors de l’avant-première, incitait sur la séparation entre les mots « Every » et « Thing », c’est pour une bonne raison : tout ne va pas bien, même lorsque chaque « chose » est à sa place. En effet, le film démarre avec un drame terrible qui changera à jamais la vie de chaque personnage. À travers la mort accidentelle d’un enfant, Every Thing Will Be Fine s’interroge sur l’acceptation de la vie, telle qu’elle vient avec ses bonheurs et ses tragédies, tandis que Wim Wenders s’éloigne peu à peu du drame évident pour explorer la façon dont ses personnages évoluent de façon parallèle. Du chagrin pesant à la réussite inattendue, en passant par la perte et le sentiment insondable de vide, la caméra de Wim Wenders est un témoin silencieux, agissant comme un lien invisible entre ses vies croisées.

C’est malheureusement cette contemplation passive qui finit par rendre le sujet amorphe. Every Thing Will Be Fine ne cherche pas à prendre partie ni à théoriser sur la relativité, ni sur le deuil et la vie qui continue sans s’arrêter, et finalement ce manque d’intention devient désagréable. Malgré une histoire forte et un potentiel bien présent, le film se vide rapidement de sens en errant sans but réel autour de ses personnages engoncés dans un quotidien trop ordinaire pour être relevé. En choisissant de regarder vivre ses personnages, Wim Wenders oublie de les rendre vivant, du coup, on est happés par cette atmosphère pesante et déprimante qui flotte sur le film. Pour faire simple : on s’ennuie ferme.
Every Thing Will Be Fine s’enfonce dans une narration léthargique et observe ses personnages tournés en rond, ânonnant des dialogues bien pensants ou sans substance, sans jamais trouver de sens à tout cela. Alors que Wim Wenders tenait un sujet solide, certes déjà exploré dans d’autres films à la trame similaire, mais le scénario s’escrime à tuer dans l’œuf toute volonté de réveiller un chouilla cette histoire apathique, à travers l’abandon en cours de route de thématiques intéressantes, telle qu’une relation avortée, une tentative de réconfort dans la religion ou le choix de refouler un traumatisme pour avancer. Dommage car sans tout cela, Every Thing Will Be Fine reste froid et laisse un sentiment d’inertie irritant et incompréhensible.

Côté mise en scène, c’est un peu la débandade également et je doute que ce soit uniquement la faute de l’écran qui était mal réglé. Sachant que Wim Wenders est également photographie, j’ai été étonnée et extrêmement déçu par l’aspect visuel du film : les plans nocturnes sont beaucoup trop sombres, tandis que les plans diurnes laissent à désirer. La lumière n’est absolument pas maîtrisée, ce qui est très étrange, d’autant plus que le film sort en 3D ! Pourquoi avoir choisi de sortir le film en 3D ? Si la 3D est agaçante le plus souvent, elle reste intéressante lorsqu’il s’agit d’un film d’action ou de science-fiction. Ici, rien n’est avantagé par une 3D complètement inutile (ha si, il neige en 3D… youpi), de plus, ce système a tendance à assombrir l’image à cause de la teinte des verres. J’ai même pu regardé quelques scènes sans mes lunettes 3D, c’est dire à quel point elle ne sert à rien, ce qui a également confirmé mon avis concernant l’éclairage général et raté du film.

Au casting, James Franco (Puzzle, Palo Alto…) persiste à vouloir jouer les artistes maudits indépendants et si son jeu colle à l’austérité du film, son manque d’expression et d’émotion transpire néanmoins. À ses cotés, Charlotte Gainsbourg (Nymphomaniac, Samba…) a déjà proposé bien mieux, tandis que Marie-Josée Croze (Un Illustre Inconnu…) -toute heureuse soit-elle d’enfin tourner avec le réalisateur allemand- se retrouve avec un rôle peu significatif. Dans la catégorie des personnages qui auraient pu être mieux utilisés, Rachel McAdams (Passion, À La Merveille, Il Était Temps…) et le jeune Robert Naylor ont tout de même réussi à illuminer un ensemble tristounet.

En conclusion, à défaut de destins croisés et de métaphores inspirées sur la vie et son acceptation, Every Thing Will Be Fine est une drame pesant et ennuyeux dans lequel vivotent des personnages perdus dans une trame contemplative et bien trop vide, qu’il faut toutefois discerner derrière une 3D inutile et une lumière absente. On s’ennuie, on s’ennuie, mais quel ennui… À éviter.

It's a dog-eat-dog world...

It’s a dog-eat-dog world…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s