[CRITIQUE] Dark Places, de Gilles Paquet-Brenner

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Prévisible et peu accrocheur, Dark Places est un thriller très basique, tournant autour du meurtre mystérieux d’une famille et explorant les failles psychologiques de ses personnages. Surfant sur un thème plutôt daté, qui aurait pourtant fait fureur au début des années 2000, le film de Gilles Paquet-Brenner tente mollement de profiter du succès de Gone Girl pour perdurer, mais ne parvient pas à construire une trame aussi prenante. Seulement, avec une intrigue aussi simple à dépiauter et une héroïne plutôt mutique et peu accessible, Dark Places botte en touche et s’avère plutôt décevant.

Le pitch : 1985. Libby Day a huit ans lorsqu’elle assiste au meurtre de sa mère et de ses sœurs dans la ferme familiale. Son témoignage accablant désigne son frère Ben, alors âgé de seize ans, comme le meurtrier. 30 ans plus tard, un groupe d’enquêteurs amateurs appelé le Kill Club convainc Libby de se replonger dans le souvenir de cette nuit cauchemardesque. De nouvelles vérités vont émerger, remettant en cause son témoignage clé dans la condamnation de son frère.

Dès la sortie du livre, Les Apparences, le nom de Gillian Flynn était sur toutes les lèvres et il suffisait, par exemple, de prendre un TGV (soyons fous) pour voir des dizaines de gens lire le même livre. Après son adaptation au cinéma par David Fincher, Gone Girl est devenu un excellent thriller machiavélique et savoureux, offrant des twists jubilatoires qui ont bien marqué les esprits, offrant même une nomination au Oscar pour Rosamund Pike. Mais ça, c’était avant.

Aujourd’hui, dès qu’un succès inattendu voit le jour, les loups sont à l’affût des restes et ce n’est pas étonnant de voir un nouveau film adapté d’un autre livre de Gillian Flynn atterrir au cinéma. Bien que les films Gone Girl et Dark Places aient tous les deux été tournés en 2013, le second ne pourra pas échapper à la comparaison. En effet, Dark Places a beau proposer une histoire différente, c’est surtout le manque de suspense qui lui fait défaut. Alors que le film démarre avec un flashback presque angoissant qui donne une tonalité très sombre et alléchante au film, lorsque le scénario se décide à replonger dans les souvenirs de notre héroïne, une info primordiale est annoncée trop tôt et les esprits plus avertis comprendront bien trop vite l’issue du film.

Néanmoins, l’aventure proposée par Dark Places reste intéressante au niveau de la psychologie de ses personnages. Le film met en scène une jeune femme, rongée par le souvenir de sa famille assassinée brutalement lorsqu’elle était enfant et par le fait qu’elle ait contribué à l’arrestation de son frère. Gilles Paquet-Brenner (Les Jolies Choses, Gomez et Tavarès, Elle S’appelait Sarah…) saisit parfaitement les cicatrices encore à vif de son héroïne et transpose habilement son état mental fébrile à travers sa relation orageuse avec son frère. Au-delà des réponses, Libby est surtout en quête d’une paix intérieure qu’elle se refuse obstinément et sa rencontre avec un groupe d’enquêteurs amateurs va lui permettre d’affronter un passé étouffant et d’exorciser ses propres démons. Si l’écriture des personnage est habile et offre une réelle réflexion sur les blessures refoulées, coté thriller, Dark Places ne parvient pas à donner le change, d’autant plus qu’en dehors de la minceur du rebondissement final, le pitch général du film laisse peu de place au doute.

Après avoir divulgué un élément-clé dès les premières minutes, le film de Gilles Paquet-Brenner tente d’enfouir ses erreurs sous un tas de flashbacks encombrants, dont la plupart ne servent à rien et tente de nous appâter avec l’avènement des groupes de métal dans les années 80 et le penchant des jeunes pour le satanisme. Si cette approche s’inscrit parfaitement dans la narration du livre, sur grand écran, ces idées reçues s’affichent avec maladresse et semblent complètement obsolètes maintenant que Marylin Manson n’effraie plus personne et que le groupe Evanescence a disparu dans les abysses. Finalement, une tel sujet aurait pu rallier les foules dans les débuts des années 2000, voire il y en a encore quelques années avec la mode « émo » (goth soft), mais aujourd’hui tout cela semble un peu surfait et trop facile. Entre ses clichés maladroits et la réalité tangible d’un drame familial trop peu exploité, Dark Places se débat avec ses fils conducteurs avant de s’avouer vaincu et d’offrir un dénouement attendu puisque révélé au début du film.

Au casting, si Charlize Theron (Albert à l’Ouest, Prometheus, Blanche-Neige et le Chasseur…) est convaincante dans le rôle principal, son personnage offre toutefois trop peu de nuances, ce qui le rend toujours bougon et pas vraiment accessible. Après des rôles intéressants, Nicholas Hoult (X-Men : Days Of Future Past, Young Ones…) fait un petit retour en arrière avec un rôle secondaire et presque adolescent. Espérons que les deux acteurs s’en sortiront mieux dans le très attendu Mad Max : Fury Road en salles le mois prochain. À leurs cotés, Tye Sheridan (Mud, Joe, Last Days in Summer…) a bien grandi et vole quasiment la vedette à Charlize Theron tant il arrive sans effort à incarner un jeune ado un chouilla perturbé, face à une Chloë Grace Moretz (Equalizer, Si Je Reste, Sils Maria…) tout juste crédible en mauvaise fille, sans pour autant faire d’effort, tandis que Christina Hendricks (Lost River, Mad Men…) joue à nouveau les mères de famille éplorées.

En conclusion, Dark Places est une petite déception : d’un coté, l’écriture des personnages est intéressante et le film met brillamment en évidence les conflits intérieurs que vivent ses héros, mais de l’autre coté, la partie thriller du film est en berne car trop prévisible et attendue. Gilles Paquet-Brenner a perdu au tirage au sort et se retrouve avec un thriller moins bien abouti que Gone Girl, notamment à cause d’un scénario légèrement raté. Dommage.

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