[CRITIQUE] Pyramide, de Grégory Levasseur

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Alors qu’à première vue le film ne paie pas de mine, Pyramide parvient à étonner, voire même à coller les jetons. Ne vous laissez pas avoir par son apparence clichée, car à travers une intrigue simplette et des personnages attendus, le premier film de Grégory Levasseur est ambitieux et truffé de bonnes idées, alliant les phénomènes paranormaux à la tension nerveuse d’un huis-clos étouffant. Croisement improbable entre The Descent et La Momie, le protégé d’Alexandre Aja prouve qu’avec un peu d’imagination et d’application, il est possible de transformer un pitch usé en un film horrifique efficace aux allures de séries B assumées.

Le pitch : En Égypte, en plein désert, des archéologues découvrent une pyramide unique en son genre. En y pénétrant, ils vont affronter bien plus qu’une malédiction. Ils sont piégés au cœur d’un labyrinthe, et quelque chose les traque…

Producteur, scénariste, réalisateur de seconde équipe… le parcours de Grégory Levasseur est multiple et ce dernier doit certainement beaucoup à son ami d’enfance, Alexandre Aja. De Haute Tension (2003) à Maniac (2013), en passant par La Colline A Des Yeux, Mirrors et Piranha 3-D (mais pas Horns, tiens donc !), Grégory Levasseur a fait ses armes auprès d’un spécialiste du cinéma d’horreur brut, percutant et assumé quelque soit le sous-genre exploré (Piranha 3-D est quand même bien fun, bien qu’ultra potache) et il était temps pour lui de passer derrière la caméra pour de bon.

Au premier coup d’œil, Pyramide n’impressionne pas : une pyramide étrange à trois cotés, un groupe de curieux qui s’y aventure et c’est le drame. En principe, pas de quoi s’exciter. Et pourtant, on dirait bien que Grégory Levasseur avait prévu un public sceptique, tant la trame du film semble plutôt classique et calquée sur les codes du genre. Là où le film parvient à piquer notre curiosité, c’est en prenant tranquillement son temps pour mettre en place son histoire, du coup, le spectateur averti pense avoir décrypté le film en deux minutes, alors que Pyramide se révèle petit à petit plein de promesses. Dans une première partie bavarde, et finalement plutôt intéressante et presque éducative autour de l’archéologie et des rites de l’Egypte Ancienne, Pyramide parvient toutefois à créer une tension, d’abord légère car dû à l’envie impatiente de passer aux choses sérieuses, qui va rapidement s’épaissir au moment où le piège se referme, révélant un huis-clos étonnant.
Rappelant parfois The Descent de Neill Marshall, Pyramide combine une ambiance survival aux accents inquiétants animés par des jumpscares efficaces, tout en mélangeant plusieurs styles, aussi bien au niveau de la réalisation que du genre. En alternant les prises de vues traditionnelles et des séquences au style found-footage pour accentuer ses épisodes stressants, Pyramide brouille les repères et prend au dépourvu, enfermant son public au cœur d’une pyramide aux recoins effrayants où l’imprévu survient autant à cause d’événements paranormaux que des tentatives désespérés d’un groupe de survivants terrifiés. Sans prévenir, le film de Grégory Levasseur passe du navet attendu à la surprise haletante, notamment grâce à une maîtrise de ses effets et de ses personnages. En effet, Pyramide ne se précipite pas et fait monter la pression en jouant avec ses propres clichés, de l’héroïne trop naïve au duo journaliste ambitieuse / cameraman trouillard (quand [Rec] rencontre Scream…), avec une retenue agréable. À l’instar des récents Evil Dead ou La Cabane Dans Les Bois, Grégory Levasseur s’inspire d’une trame des plus classiques qu’il réinvente sans céder aux dernières modes, trouvant ainsi le juste milieu entre le film d’horreur m’as-tu-vu qui grille toutes ses cartes dès le premier quart d’heure avec des artifices usés et le film d’horreur endormi qui tricote une intrigue faiblarde avant de proposer un twist final qui boucle le film en dix minutes (hello Ouija). Pyramide est un peu un retour aux sources, à l’époque où les films d’épouvante misaient sur le suspens presque insupportable. Et ça marche, car plus que les réponses à nos questions, c’est l’attente qui aura raison de vos nerfs !

Finalement, c’est quitte ou double : soit on arrive à se laisser embarquer par Pyramide, soit le film reste de marbre à cause des ses défauts. Aussi bénéfique soit-elle, la première partie du film est peut-être un peu trop longue et ceux que l’archéologie assomment auront bien du mal à s’intéresser aux dialogues qui ont tendance à combler les creux. Cependant, le vrai bémol du film survient à la fin du film. En louchant de trop près vers une atmosphère de série B, les effets spéciaux peuvent parfois piquer les yeux et détonner d’un ensemble plutôt bien ficelé.

Au casting on retrouve un casting balbutiant servant d’accessoire à une pyramide imposante. En tête d’affiche, Denis O’Hare (Dallas Buyers Club, American Horror Story…) et Ashley Hinshaw (Chronicle, LOL USA…) entretiennent une atmosphère étouffante, tandis qu’Amir Kamyab (Argo…) et Christa Nicola s’en sortent pas mal.

En conclusion, Pyramide arrive là où on ne l’attendait pas. Grégory Levasseur parvient à s’éloigner de l’aura d’Alexandre Aja pour faire son propre cinéma, imparfait certes mais qui parvient à susciter pas mal de frissons grâce à un huis-clos étouffant et un équilibre habile entre l’hystérie et le paranormal. À voir.

Un kilomètre à pied, ça useuh, ça useuh...

Un kilomètre à pied, ça useuh, ça useuh…

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