[CRITIQUE] Girls only, de Lynn Shelton

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Sucré, girly mais pas aussi superficiel que ça en a l’air, le film de Lynn Shelton inscrit la crise de la trentaine dans une comédie romantique sympathique, alliant l’adolescence pétillante avec le passage compliqué et tardif à l’âge adulte. Girls Only est un film agréable, traversé par des personnages attachants et sans prise de tête qui parviennent à détourner l’attention, face à une trame ultra prévisible.

Le pitch : A l’aube de ses 30 ans, on ne peut pas dire que Megan soit fixée sur son avenir. Avec son groupe d’amies déjà bien installées dans la vie, le décalage se creuse de jour en jour. Et ce n’est pas le comportement des hommes qui va l’apaiser ! Au point qu’elle se réfugie chez Annika, une nouvelle amie… de 16 ans. Fuyant avec joie ses responsabilités, elle préfère partager le quotidien insouciant de l’adolescente et ses copines. Jusqu’à croiser le père d’Annika au petit-déjeuner…

Présenté au festival du film de Sundance l’année dernière, Girls Only est le quatrième long-métrage de Lynn Shelton. Habitué aux trames plutôt girly et après s’être fait la main sur plusieurs épisodes de la série New Girl, la réalisatrice (Ma Meilleure Amie, Sa Soeur et Moi…) tisse le portrait d’une jeune femme adulte qui a bien du mal à s’y lancer, justement, dans la vie adulte.
En couple depuis le lycée, sans véritable emploi ni motivation, Megan est en pleine crise identitaire, ne sachant se décider entre ce que les autres attendent d’elle et ce qu’elle a vraiment envie de faire. Surfant sur un de ces nouveaux « mal-être » du 21ème siècle, Girls Only s’adresse surtout à cette génération de femmes qui ont été conditionnées dès le plus jeune âge à se préparer une trentaine sage : maquée, emploi stable et avec au moins un projet d’enfant (si ce n’est pas déjà fait). Or, notre héroïne découvre que la réalité est bien plus compliquée et apprend au cours du film à se détacher des autres pour se découvrir elle-même. Une méthode pour y arriver : la régression.
Sa rencontre avec Annika se présente comme un exutoire inespéré qui va enfin lui permettre de souffler. Au cours d’une parenthèse pleine d’incertitude, Girls Only replonge dans l’adolescence et l’insouciance de l’âge où tout semble à la fois possible et insurmontable. Si Lynn Shelton livre une comédie romantique globalement banale, le choix de ses personnages, plus proches de la réalité et loin des fantasmes habituels (la femme super glamour qui rencontre le prince charmant), offre une crédibilité intéressante au film qui se démarque finalement par sa sincérité et parfois sa maladresse. Agréable et léger, Girls Only se déguste facilement et on se laisse porter par ce film de copines, même avec la simplicité de son histoire.

En effet, le film de Lynn Shelton, même s’il s’articule autour d’une trame singulière fleurant bon l’adulescence, ne laisse que très peu de place à l’imagination. Toute la partie régressive du film est blindée de tous les clichés possibles : le bal de fin d’année, le flirt interminable entre deux adolescents et la rencontre entre entre notre héroïne et le père (Sam Rockwell)… On échappe pas à une intrigue fantasmée où tout est très mignon et suffisamment rythmé pour ne pas ennuyer complètement. Heureusement, la partie prise de conscience vient apporter un peu plus de profondeur, alors que notre héroïne apprend enfin à couper le cordon et comprendre que dans la vie, l’égoïsme peut aussi être bénéfique.
Derrière la caméra, Lynn Shelton ne fait pas d’étincelle et mise sur un ton ensoleillé et féminin, dans un ensemble finalement très safe.

Au casting, Keira Knightley (New York Melody, Ryan Initiative, Anna Karenina…) abandonne son accent so british tout en gardant sa fraîcheur, même si elle a tendance à grimacer trop souvent. À ses cotés, Chloe Grace Moretz (Dark Places, Si Je Reste, Sils Maria…) interprète enfin en rôle d’adolescente lambda (chose que j’attendais depuis longtemps), ce qui la rend plus accessible, car moins dans la surenchère, tandis que Kaitlyn Dever (Men, Women & Children, States Of Grace…) a toujours autant de mal à se dérider. Coté adulte, on a d’yeux que pour le fabuleux Sam Rockwell (Sept Psychopathes, A Single Shot, Iron Man 2…) et son jeu bien à lui, tandis qu’Ellie Kemper (Sex Tape…), Mark Webber (13 Sins…) et Jeff Garlin (The Goldbergs…) ont tendance à agacer ou à faire de la figuration.

En conclusion, Girls Only est une comédie romantique légère et girly, mais aborde toutefois un problème générationnel bien réel qui vient étoffer une trame trop prévisible. Entre crise de la trentaine et quête identitaire, le film de Lynn Shelton donne envie de lâcher prise et le sourire. Un film idéal à voir… entre copines, évidemment.

So now I'm gonna poke your eye and then you're gonna be blind. Ok?

So now I’m gonna poke your eye and then you’re gonna be blind. Ok?

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