[CRITIQUE] Maggie, de Henry Hobson

maggie

Après avoir repris des rôles de gros bras et en attendant (ou pas) Terminator: Genisys, Arnold Schwarzenegger est de retour dans un de ses meilleurs personnages : celui du super papa. Dans un drame « zombiesque », un père tente de protéger sa fille infectée envers et contre tout. Annoncé comme un huis-clos émotionnel teinté de frissons, Maggie se révèle être un film peu assumé, manquant à la fois d’hémoglobine et d’intérêt, dévoilant alors un concept bien tenté mais relativement mou du genou et ennuyeux, tiraillée entre une ado geignarde et un Schwarzy qu’on a connu plus expressif (si, si). Dommage.

Le pitch : Alors qu’une terrible pandémie se propage à travers les États-Unis, le gouvernement impose de placer les malades infectés par le virus en quarantaine, où ils se transformeront en zombies, totalement retranchés du monde. Lorsque Maggie, 16 ans, apprend qu’elle a été contaminée, elle s’enfuit. Mais son père, Wade Vogel, est déterminé à la retrouver et à la protéger coûte que coûte, même s’il lui faut affronter les forces de police…

Décidément, après le mythe du vampire, c’est celui du zombie qui n’en finit plus d’être exploré au cinéma et à la télé. Effrayant dans 28 jours plus tard, hilarant dans Shaun of the Dead ou encore amoureux dans Warm Bodies, cette fois, le film de Henry Robson (Bad Teacher en 2011) tente d’explorer la fibre dramatique du zombie en explorant un aspect finalement peu vu à l’écran, celui du renoncement et du deuil, en étirant son film autour de la transformation d’une jeune fille infectée. L’idée en soi est intéressante, en effet le film débute dans un monde apocalyptique, comme il se doit, ravagé par un virus qui a transformé une partie de la population en zombie. La maladie est connue et même gérée, sauf pour les personnes infectées qui sont parquées « en quarantaine ». Jusque là, rien de nouveau, sauf nos personnages qui se retrouvent après l’infection de la jeune Maggie, pour qui il n’y a plus rien à faire. Alors que son père décide de la ramener à la maison afin de passer ses derniers instants en famille, le film observe la lente transformation de la jeune fille en monstre, sous les yeux de son père, désemparé et impuissant face à la disparition inéluctable de son enfant.

Si le fait d’avoir un zombie parmi les personnages principaux du film n’empêche pas d’ajouter un chouilla de peps à l’ensemble, Henry Hobson préfère s’attendrir sur cette relation père-fille qui tente de se ressouder tant bien que mal, en dépit de l’inévitable. Entre tristesse et deuil par anticipation, Maggie traîne une atmosphère très lourde et grisâtre, qui s’attarde bien trop souvent sur une héroïne qui ne cesse de chouiner tout du long (aïe mon doigt, ouh je suis triste, bouuh j’ai faim…). Le film mise sur l’empathie avec un thème poignant, celui de la perte d’un enfant, et use les codes réservés aux drames « normaux », sans réussir à les combiner avec le caractère fantastique de son personnage. En effet, si on enlève le fait que Maggie se transforme petit à petit en zombie (le coup du doigt, le maquillage, etc…), on pourrait croire qu’il s’agit d’un film banal sur une gamine entrain de mourir d’un cancer ou autre maladie du genre. Grâce à une idée pourtant originale, Henry Hobson avait à sa disposition des éléments horrifiques qui auraient pu rentre le film un tantinet plus intense (sans pour autant basculer dans l’horreur), mais le réalisateur se contente de poser sa caméra autour d’un papa perdu, lui-même entrain d’observer sa fille littéralement pourrir sur place. Résultat, Maggie est carrément amorphe (le film, comme l’actrice qui tient le rôle titre), surfant sur une tristesse trouble et monotone qui a fortement tendance à plomber un ensemble statique. Le film évoque à peine le danger que représente un zombie pour le reste du monde et ose la parenthèse pseudo-romantique qui n’a rien à faire avec la choucroute pour combler son manque d’ambition. En fait, je me demande bien si un spin-off (suite ou préquel, pourquoi pas) sur cette fameuse zone de « quarantaine » serait pas plus intéressante.
À l’image, ce n’est guère mieux : la photographie colle à la tonalité du film, c’est très sombre, parfois trop. Mais finalement, le plus gênant c’est surtout ce syndrome « World War Z » frustrant où les scènes potentiellement sanglantes sont édulcorées (filmées hors-champs ou coupées). OK, Henry Hobson n’avait pas pour ambition de faire un film d’épouvante, mais quitte à en faire des tonnes sur des blessures noirâtres au factice à peine voilé, quelques gouttes de sang pour piqûre de rappel (hého, l’héroïne se transforme en zombie, danger !) n’aurait pas fait de mal.

Au casting, Arnold Schwarzenegger (Expendables 3, Sabotage, Évasion…) tente de porter le film sur ses épaules, à défaut d’une réelle profondeur dans son jeu, il a plutôt tendance à rester inexpressif (les échanges monosyllabiques n’aident pas). Remplaçant Chloé Grace Moretz (son alter-ego successful) au pied levé, Abigail Breslin (Un été à Osage County, La Stratégie Ender…) botte carrément en touche : en VO elle conserve une façon de parler type ado californien, ce qui ne colle pas au reste du film, tandis que ses gémissements et autres pleurs ne font qu’agacer.

En conclusion, laissons les zombies être des zombies ! Henry Hobson propose un drame amorphe qui ne parvient pas à faire vivre une trame pourtant originale et prometteuse. Schwarzy se noie dans une atmosphère lourde et trop souvent larmoyante, qui se boucle par un final expéditif (et franchement naze), qui vient annuler tous les efforts mis en place pour animer l’intrigue. Zéro intérêt.

We were looking for The Walking Dead show... We got lost.

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