[CRITIQUE] Loin De La Foule Déchaînée, de Thomas Vinterberg

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Fragile et romanesque, Thomas Vinterberg livre un film délicat et poétique, dans lequel des destins se frôlent entre coups du sort et naïveté touchante. Loin De La Foule Déchaînée redonne vie aux drames shakespeariens, retrouvant un souffle d’antan et proposant des personnages tiraillés entre leurs sentiments et leurs rangs sociaux. Cependant, si on adore voir nos deux tourtereaux se tourner autour, le film de Thomas Vinterberg manque trop souvent d’intensité et le montage précipité du film aseptise une romance qui a du mal à exister.

Le pitch : Dans la campagne anglaise de l’époque victorienne, une jeune héritière, Bathsheba Everdeene doit diriger la ferme léguée par son oncle. Femme belle et libre, elle veut s’assumer seule et sans mari, ce qui n’est pas au goût de tous à commencer par ses ouvriers. Bathsheba ne se mariera qu’une fois amoureuse. Qu’à cela ne tienne, elle se fait courtiser par trois hommes, le berger Gabriel Oake, le riche voisin Mr Boldwood et le Sergent Troy.

Après un dernier film nerveux, La Chasse en 2012, Thomas Vinterberg change de registre en adaptant le roman de Thomas Hardy, Loin de la foule déchaînée, publié en 1874.
Les histoires d’amours impossibles ou tourmentées ont toujours été une mine d’or au cinéma. Si dans notre société moderne les obstacles à ces intrigues romanesques semblent bien trop grises, placez le tout dans une époque victorienne et vous aurez un drame passionnel, capable de réveiller le romantisme enfoui dans le cœur des plus sceptiques d’entre nous. Dans la lignée d’un Autant En Emporte Le Vent, mais beaucoup moins caricatural, Loin De La Foule Déchaînée dessine une histoire à la fois simple, mais séduisante, menée par deux personnages qui ne cessent de se croiser sans jamais réussir à s’atteindre. Si l’intrigue principale propose peu de surprise, c’est surtout le traitement des personnages qui intéresse. En effet, Loin De La Foule Déchaînée inverse les rôles tout en préservant les traits de caractères des genres. Ainsi, le film de Thomas Vinterberg s’articule autour des contradictions de ses héros, alors que l’indépendance intrépide de l’héroïne percute de plein fouet sa propre naïveté, elle devra cependant choisir entre trois figures masculines radicales : l’amoureux transi, le beau-parleur aux lourds secrets et celui qui la protège malgré tout. Au cours d’une adaptation dont on devine aisément l’origine à cause d’une trame trop linéaire, Loin De La Foule Déchaînée tisse une ronde appliquée à travers les sentiments qui bouillent en surface, s’égrainant entre la passion et la frustration.

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Si Thomas Vinterberg arrive à livrer avec un drame tendre et suranné, animé par un casting talentueux, Loin De La Foule Déchaînée faiblit pourtant à vue d’œil. Le romantisme naïf ne suffisant plus, à lui seul, à transporter les cœurs jusqu’au bout, les ficelles visibles et le manque d’intensité de cette fable d’une autre époque ont dû mal à captiver. Le film s’éternise et le montage hachuré à tendance à aseptiser une romance souvent trop discrète, qui a bien du mal à s’étoffer à cause d’un manque de connexion entre les personnages. Si le public, pas né de la dernière pluie, devine les intentions du film, Thomas Vinterberg ne parvient pourtant pas à traduire la frustration et les obstacles conséquents, pour l’époque, qui empêchent les deux héros de tomber dans les bras l’un de l’autre. Du coup, le film tourne en rond, parfois en boucle, s’autorisant des parenthèses qui durent trop longtemps, avant de se boucler avec un final un peu trop facile et expédié.
Globalement, Loin De La Foule Déchaînée se rattrape de justesse grâce à des détails accompagnant le film, du paysage sauvage qui colle si bien aux caractères indomptés des héros du film, aux costumes d’époques superbes, en passant par une photographie lumineuse qui invite au romantisme et à la poésie.

Au casting, Carey Mulligan (Inside Llewyn Davis, Shame, Drive…) incarne avec grâce ce petit bout de femme déterminée aux abords fragiles, face à Matthias Schoenaerts (Quand Vient La Nuit) qui persiste et signe dans les drames d’époques ou passéistes après Suite Française et Les Jardins Du Roi, toujours aussi brut qu’intense. Autour d’eux, Tom Sturridge (Sur La Route…) et Michael Sheen (Masters Of Sex, À La Merveille…) animent les intrigues et puisent trop souvent dans l’exagération, tandis que Juno Temple (Horns, Maléfique, Sin City : J’ai Tué Pour Elle…) est une nouvelle fois transparente.

En conclusion, Loin De La Foule Déchaînée a de nombreuses cordes à son arc : une romance triple, animée par une héroïne indépendante et touchante, ainsi qu’une époque régit par les nombreux diktats sociaux. Il ne manquait pas grand chose à Thomas Vinterberg pour réussir cet exercice, car tout y était… sauf la flamme, une passion palpable ou même une simple étincelle aurait pu permettre au film de dépasser le stade du film agréable, mais anecdotique. À tenter.

L'amour est dans le pré

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