[CRITIQUE] Jurassic World, de Colin Trevorrow

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Parmi les plus grosses attentes de 2015, le nouveau volet de la saga Jurassic Park arrive facilement en tête de liste. Aussi attendu que craint, Jurassic World était un pari risqué ayant la double tâche de plaire à toute une génération enthousiasmée par le film de Steven Spielberg, tout en proposant de la nouveauté pour ne pas tomber dans la redite. Pour ma part, Jurassic World parvient à réunir tous les ingrédients qui ont fait vivre cette saga culte : spectacle, action et frissons cohabitent dans un univers fantastique et presque familial. Plus de 20 ans après le premier Jurassic Park, les dinosaures reprennent du service dans une suite taille XXL, entre hommage et renouveau, et le résultat est géant !

Le pitch : L’Indominus Rex, un dinosaure génétiquement modifié, pure création de la scientifique Claire Dearing, sème la terreur dans le fameux parc d’attraction. Les espoirs de mettre fin à cette menace reptilienne se portent alors sur le dresseur de raptors Owen Grady et sa cool attitude.

Il fallait s’y attendre : alors qu’Hollywood fouille ses vieux pots pour redonner goût à ses meilleurs soupes, c’est au tour d’un autre film culte des années 90 à avoir une suite au cinéma 22 ans plus tard. Jurassic Park a marqué de nombreuses générations et, pour l’avoir revu au cinéma il y a deux ans, n’a toujours pas pris une ride malgré l’avancée ahurissante des effets spéciaux aujourd’hui. C’est donc un énorme défi auquel s’est attelé Colin Trevorrow, un réalisateur américain repéré au Festival de Sundance 2012 avec Safety Not Guaranteed.
Dès le départ et même avant la sortie du film, Jurassic World annonce la couleur en occultant les deux autres films de la saga (Le Monde Perdu et Jurassic Park 3) pour se situer vingt ans plus tard, alors que le parc est enfin ouvert. Autre postulat mis en place dès les premières minutes : le film de Colin Trevorrow est un hommage flagrant au film de Steven Spielberg, à travers une première partie pleine de clins d’œil à peine voilée, de l’éclosion d’un œuf de dino à un t-shirt collector, en passant par la présence furtive de M. ADN. Jurassic World vise le retour aux sources en explorant à nouveau les thématiques et les débats qui sont à l’origine de Jurassic Park, à savoir la place de l’homme qui persiste à faire joujou avec Dame Nature et cette même nature qui, quelques soient les avancées technologiques, restera toujours indomptable. Derrière le spectacle que sont ces films, de 1993 à aujourd’hui, la saga n’a jamais caché son ambition de dénoncer l’avidité et la soif de pouvoir des hommes et aujourd’hui, Colin Trevorrow ajoute à l’ensemble une critique pure et simple de notre société toujours en quête de plus de frissons, quelqu’en soit le prix (et les dégâts du passé).

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Pourtant, qui dit hommage ne veut pas forcément dire copie conforme. Certes Jurassic World laisse peu de mystère sur ses fils conducteurs et il n’y a pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour deviner que le dinosaure génétiquement modifié va bientôt être incontrôlable et terroriser le parc familial. Inutile également de chercher à deviner comment les personnages principaux vont évoluer… En effet Jurassic World mise sur une histoire simple et des personnages fédérateurs pour permettre au public d’entrer dans le bain, mais c’est bien évidemment dans le traitement de ses rebondissements que tout se joue. Si la première partie sert à mettre en place le film, Jurassic World oscille entre deux versions du parc : la partie public qui se démarque par une ambiance festive et colorée et la partie privée, déjà plus sombre et plus froide, dans laquelle le film distille rapidement une tension grandissante. Le film de Colin Trevorrow joue sur cette dualité, attisant les nerfs d’un public impatient, en se dévoilant petit à petit et à demi-mots.
Ayant découvert Jurassic Park assez tard, je me souviens avoir surtout été attirée par le coté spectaculaire du film et fascinée par ses quelques moments d’angoisse sans réellement avoir eu peur, peut-être parce que c’était la première fois que je voyais un dinosaure « vivant » et crédible. Avec Jurassic World, c’est différent. Si on sait à quoi ressemble la plupart des dinosaures (des films), que le Tyrannosaure ne nous voit pas si on reste immobile et que les Vélociraptors sont rapides et dangereux (il faut surtout se méfier de ceux qui sont sur les cotés), Jurassic World met en confiance en proposant des storylines convenues avant d’inverser la vapeur, parvenant ainsi à créer la surprise et de véritable moments de frissons grâce à une nouvelle bestiole, l’Indominus Rex. Grâce à un effet boule de neige jubilatoire, le film de Colin Trevorrow nous enferme dans une course contre la montre haletante aux enjeux multiples : sauver les visiteurs du parc, sauver les enfants star du film et surtout vaincre ce dangereux prédateurs tout en se méfiant des autres. Cela fait beaucoup et pourtant Jurassic World ne s’essoufle jamais. Le film explose le coté confortable (et rentable) de la saga en prenant ses spectateurs au dépourvu, si bien que, même en devinant les grandes lignes du film à l’avance, on ne peut s’empêcher de trembler pour ces deux gamins pris au piège ou pour le personnage de Chris Pratt face aux Vélociraptors. Jurassic World nous entraîne rapidement dans une spirale infernale où le parc à thèmes croule sous le chaos. L’action flirte avec des scènes chocs et mémorables, dans un ensemble souvent à couper le souffle grâce à ces créatures aussi gigantesques que féroces. Colin Trevorrow allie parfaitement science-fiction et divertissement pour notre plus grand plaisir (coupable) de voir les dinos se déchaîner une nouvelle fois sous nos yeux. Waouh !

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Relevant le défi haut-la-main, Colin Trevorrow livre un nouveau volet de la saga culte à la hauteur de mes attentes, parvenant à rester impressionnant et captivant à travers les nombreux rebondissements et un rythme enlevé. À mi-chemin entre le film d’aventures familial et le fantastique, Jurassic World donne le vertige et est bien plus qu’une simple suite servant à amasser des millions de dollars. Il y a une réelle volonté de divertir, mais aussi d’émerveiller face à ces créatures associées à la science-fiction (bien qu’elles aient réellement existé), tout en gardant un lien symbolique avec le premier Jurassic Park, notamment à travers un twist final révélateur. Si le film n’échappe pas à quelques défauts (des larmes inattendues, quelques faux-raccords, un final un poil too much…), Colin Trevorrow a bien saisi les codes de la saga en recréant des personnages finalement similaires à ceux filmés par Steven Spielberg, tout en s’amusant à inverser les caractères (le baroudeur rigide devient plus cool, tandis que l’héroïne est aussi stricte qu’immaculée). Si le film repose effectivement sur une franchise à succès, le résultat est finalement réjouissant et on ne voit absolument pas le temps passer.

Au casting, Chris Pratt (Les Gardiens de la Galaxie, La Grande Aventure Lego, Her…) a le vent en poupe et imprime sa personnalité débonnaire à son personnage, le rendant ainsi très attachant, tandis que la talentueuse et trop rare Bryce Dallas Howard (50/50, La Couleur des Sentiments…) dépouille habilement le sien au fur et à mesure du film, évitant ainsi de jouer la potiche de service. Autour d’eux gravitent Ty Simpkins (Insidious 1 et 2, Iron Man 3…) dont la bouille vogue de franchise en franchise sans effort, bien qu’il tire parfois un peu trop sur la corde, mais pas autant que Nick Robinson (The Kings Of Summer…) qui écope d’un rôle un peu tête-à-claques. À l’affiche également, B.D. Wong (Diversion…), Vincent D’Onofrio (Le Juge, la série Daredevil…), Lauren Lapkus et Jake Johnson (New Girl, Nos Pires Voisins…) se succèdent à l’écran. Omar Sy (Samba, X-Men Days Of Future Past…) apporte un peu de french touch avec un vrai (second) rôle et Irrfan Khan (L’Odyssée de Pi…) se spécialise dans les bêtes féroces.

En conclusion, mettez de coté vos a-prioris. Certes la saga est ressuscitée grâce à (à cause de) la voracité d’Hollywood et Jurassic Park restera son meilleur opus, mais avec Jurassic World, Colin Trevorrow parvient à redonner vie au film culte tout en y apportant un nouvel élan jubilatoire. La visite dans ce nouveau parc est une aventure spectaculaire et haletante, apportant une touche de frissons que, avouons-le respectueusement, le film de Steven Spielberg ne suscite plus depuis longtemps. Le parc est enfin ouvert, courrez-y !

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Here I staaaaaaaaaand in the light of daaaaaaaaaayyyyyyyyy…

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