[CRITIQUE] Un Peu, Beaucoup, Aveuglément, de Clovis Cornillac

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Laborieux, plus mignon que drôle, le premier film de Clovis Cornillac lui ressemble un peu : imparfait et mal dégrossi, mais doté d’un petit charme attachant. Un Peu, Beaucoup, Aveuglément est une comédie sucrée, qui balance ses meilleurs moments dès la première partie du film et souffre d’une seconde partie un peu trop mièvre, qui tiédit l’ambiance et rend l’ensemble à peine intéressant. Si Clovis Cornillac a la bonne idée d’étoffer ses personnages au-delà de la romance, il reste toutefois des zones d’ombres après le clap de fin et une impression désagréable que le film aurait pu être bien plus drôle si le réalisateur avait su prendre son temps.

Le pitch : Lui est inventeur de casse-têtes. Investi corps et âme dans son travail, il ne peut se concentrer que dans le silence. Elle est une pianiste accomplie et ne peut vivre sans musique. Elle doit préparer un concours qui pourrait changer sa vie. Ils vont devoir cohabiter sans se voir…

Clovis Cornillac, je l’ai découvert dans Brice de Nice en 2005, avec son personnage au gros orteil, alors qu’il avait déjà 20 ans de carrière derrière lui. Son apparence bourrue a souvent joué en sa faveur, que ce soit dans ses rôles comiques que dans d’autres plus sérieux. Faisant partie de ces acteurs dont la personnalité semble déborder dans chacun de ses personnages, ce n’est pas étonnant de retrouver cette part de lui dans son premier film.
Dès les premières minutes, Un Peu, Beaucoup, Aveuglément s’annonce comme une comédie pétillante, menée par deux personnages que tout oppose. Rien d’original à retrouver un personnage un peu coincé mais mignon comme tout attiré par un autre, du genre peu ours mal léché. Le scénario est sans surprise, mais cette guerre de voisins peut facilement distraire et faire écho à une réalité redoutée de tous : le voisin bruyant et sans gêne. Dès le début, Clovis Cornillac mise sur le clash entre Machin et Machine qui se livrent une guerre des nerfs pour venir à bout de l’autre. Cependant, Un Peu, Beaucoup, Aveuglément en fait trop et dévoile toutes ses cartouches d’un coup, avec un effet de scènes enchaînées qui survolent des affrontements qui auraient pu être jubilatoires si approfondis.
Tout d’un coup, tout le monde range les armes et s’apprivoise au détour d’une nuit. Trop pressé, le film de Clovis Cornillac se hâte pour aborder la partie romantique du film. Si cette relation étrange interpelle et peut séduire grâce à la gaucherie de ses personnages, Un Peu, Beaucoup, Aveuglément s’attarde maladroitement sur une relation sans surprise alors que le coté piquant de la première partie devient rapidement un lointain souvenir. À travers une série de gags illogiques (Machin lui dit qu’il ne met jamais le nez dehors, elle se met à traquer les types dans la rue…) et d’actes manqués qui servent surtout à combler une intrigue qui bat franchement de l’aile, le film tente vainement de multiplier ses ficelles mais ne parvient pas à se dégager de son excès de sucre, aux fioritures datées.

En effet, si l’idée de creuser un peu plus ses personnages, au lieu de n’en faire que des êtres énamourés, donne du relief, le film a tendance à s’éparpiller ne donnant que des bribes de réponses. Si bien qu’on ne sait pas vraiment, par exemple, si Machine a affaire à son père, son ex ou tout simplement son prof, ni ce qui est arrivé à Machin au-delà d’une tragédie dévoilée à demi-mots. Malheureusement, il faut faire un choix quand on manque, avec tout mon respect, d’expérience : soit on se focalise sur la comédie romantique et ses différents rebondissements pour amuser la galerie et attendrir les spectateurs ; soit on tente d’aller plus loin et il faut équilibrer son scénario pour que la boucle soit correctement bouclée à la fin. Là, Un Peu, Beaucoup, Aveuglément laisse beaucoup de zones d’ombres en ce qui concerne le passé de ses héros avant leurs rencontres et n’offre qu’une histoire mignonnette mais anecdotique et attendue. Malgré ses efforts, le film de Clovis Cornillac s’avère plutôt laborieux et pas facile à suivre, tant on espère un éclat de rire au détour de chaque scène. Le potentiel est là, mais l’étincelle ne prend pas.
Cependant, malgré les faiblesses de son scénario, Un Peu, Beaucoup, Aveuglément parvient toutefois à conserver une ambiance sympathique, grâce à la fraîcheur citadine de ses personnages et leur naïveté attachante. Clovis Cornillac propose un film dans l’air du temps qui souffle pourtant en sens contraire, à l’heure où les relations amoureuses sont souvent instantanées. Dans son film, le réalisateur fait durer ses premiers moments où on prend le temps de se découvrir, sans détour ni filtre, livrant des instants authentiques auxquels on adhère immédiatement. Résultat, Un Peu, Beaucoup, Aveuglément reste dans un entre-deux compliqué, en étant ni bon ni mauvais, tout juste amusant le temps de la séance.

Au casting, si Clovis Cornillac (Radiostars, Une Folle Envie, L’Amour C’est Mieux À Deux…) fait du Clovis Cornillac en incarnant un bonhomme aigri, presque drôle malgré lui et sa maladresse, Mélanie Bernier (Les Gamins, Populaire, La Délicatesse…) apporte beaucoup de fraîcheur et de malice, réussissant toutefois à m’avoir fait hurler de rire une fois avec son histoire de gaspacho assez… particulier. Autour d’eux, Lilou Fogli (Mes Amis, Mes Amours, Mes Emmerdes…), Philippe Duquesne (Situation Amoureuse : C’est Compliqué, Neuf Mois Ferme…) et Grégoire Oestermann (La Vie Domestique…) accompagnent ce duo avec le sourire, malgré leurs personnages un chouilla en jachère.

En conclusion, pour son premier film, Clovis Cornillac livre une comédie romantique attendue et pas géniale, rattrapé de justesse par le capital sympathie de son histoire et, surtout, de ses personnages. Trop pressé, Un Peu, Beaucoup, Aveuglément donne tout dans une première partie prometteuse dont l’intensité s’éteint de minute en minute pour laisser place à beaucoup de naïveté et de maladresses (feinte ou non). J’ai gardé le sourire devant ce film plutôt anecdotique, mais j’en attendais plus. À tenter… un dimanche soir, sur TF1, bien calé dans son canap’.

Parfois, j'ai l'impression de parler à un mur...

Parfois, j’ai l’impression de parler à un mur…

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