[CRITIQUE] A Love You, de Paul Lefèvre

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Dans un road trip ensoleillé fleurant bon les comédies françaises des années 70-80, Paul Lefèvre disserte sur l’amour et ses nombreuses perceptions actuelles à travers le périple de deux amis en vadrouille. Potache et éparpillé, A Love You est un premier film très bavard et malheureusement vide, à peine sauvé par le duo attachant que Paul Lefèvre forme avec Antoine Gouy.

Le pitch : Suite à une soirée trop arrosée et une nuit inoubliable avec une inconnue, Manu se réveille seul avec un message sur son bras lui donnant rendez-vous à Avignon. Persuadé qu’il s’agit de la femme de sa vie, il est prêt à tout pour la retrouver. Manu embarque, malgré lui, son pote Fred sur la route. Ce qui semblait être une simple virée entre amis va vite tourner à la catastrophe…

Paul Lefèvre est un chanceux. C’est grâce à son court-métrage de fin d’études qu’il a été sélectionné au Festival International Génération Court, avant d’être repéré par un collaborateur de Luc Besson. Le vent en poupe, le jeune réalisateur peut alors développer son idée originale de court-métrage en long-métrage, et c’est ainsi que l’histoire de deux amis qui partent retrouver une fille dans le sud atterrit sur nos écrans. Si la genèse du film est inspirante, le résultat l’est un peu moins. 
Alors que l’idée était probablement efficace en version courte, le challenge de l’adapter en film est de taille, surtout lorsqu’il s’agit d’une comédie. Ouvertement influencé par le cinéma de Francis Veber, à l’époque de La Chèvre et du duo Gérard Depardieu / Pierre Richard, Paul Lefèvre modernise le style tout en retrouvant les mêmes codes. Résultat, le parcours de ces deux potes sur la route sans voiture ni un rond en poche se transforme en un running gag géant où deux caractères opposés se confrontent comme s’ils se découvraient pour la première fois. En effet, A Love You se nourrit des différences entre ces deux amis : l’un est prêt à tout pour poursuivre un rêve (en l’occurrence, une femme), tandis que l’autre, plus sceptique, tente de le ramener sur terre. Le film de Paul Lefèvre est une sorte de porte-parole générationnel, constatant la façon dont les « jeunes » d’aujourd’hui définissent l’amour et le sexe, tout en composant avec des prétextes bricolés pour envoyer ces deux personnages à l’aventure. Malheureusement, A Love You fait rapidement le tour de ce duo de grands adolescents, dont la profondeur reste encore à prouver, tandis que leurs rencontres et leurs échanges enfoncent un clou déjà usé. Calqué sur les comédies adulescentes récentes, de Libre et Assoupi à Babysitting, en passant par des désastres comme Situation Amoureuse : C’est Compliqué (notons que tous ces films ont aussi été récompensés d’une façon ou d’une autre au Festival de l’Alpes D’Huez), A Love You se concentre sur la personnalité loufoque de chacun de ses protagonistes et l’accumulation de gags qui vient ponctuer une trame fragile.

Entre humour potache et gags pseudo-trashouilles, le film ressemble à un bazar bancal rafistolé de part en part, cherchant douloureusement à se rattraper avec des vannes souvent grasses et parfois simplement crétines, tout en écumant des clichés d’une facilité écœurante qui rend l’ensemble parfois lourd à digérer et qui ne semble pas avoir été réfléchi en amont. Adapter un court-métrage en format long est finalement un exercice bien plus compliqué qu’il n’y parait. Si le coté synthétique du court permet de simplifier le film en allant droit au but et en misant sur des gags percutants, A Love You semble avoir été étiré jusqu’à la corde et comblé par des dialogues creux et des blagues souvent inutiles et basses de plafond où les femmes n’ont pas vraiment une place de choix (la prostitué, les auto-stoppeuses…). Sans vouloir donner dans le féminisme de comptoir, pour un film qui parle d’amour avec un grand A pendant une heure et demie, c’est assez dérangeant de voir comment Paul Lefèvre traite les femmes de son film, c’est à dire, comme des objets (pour être polie).
Si la seule force du film réside dans la volonté visible de ces deux compagnons de bien faire, A Love You est surtout un film très bavard et paradoxalement vide, tant le discours éparpillé de Paul Lefèvre n’aboutit jamais, pour finalement tout envoyer paître à la fin. Trop souvent dans le surjeu et l’improvisation maladroite, le film est malheureusement desservi par ses influences trop évidentes (n’est pas Pierre Richard qui veut) et par un manque de maturité générale, aussi bien au niveau du scénario que de la réalisation très scolaire.
Si l’humour est plutôt collégien, je pense qu’il sera toutefois apprécié par un public plus jeune et adepte de comédies ultra-légères et superficielles.

Au casting, Paul Lefèvre et Antoine Gouy (La Crème de la Crème, Hero Corp…) fonctionnent bien ensemble, l’un peut-être plus en retrait à cause de sa double-casquette d’acteur-réalisateur et dans le surjeu, tandis que l’autre ressemble à un Charlie Day français en moins bruyant. Fanny Valette (La Traversée…) les rejoint en cours de route, se faisant uniquement remarquer parce qu’elle est le seul personnage féminin qui est à peu près considéré comme un être humain, tandis que Vincent Leyris fâche et que Dominique Pinon (souvent chez Jean-Pierre Jeunet de Alien 4 (sic) à L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T. S. Spivet…) s’offre une apparition à peine réussie.

En conclusion, A Love You est plein de bonne volonté et d’une énergie débordante, mais Paul Lefèvre a du mal à canaliser le tout pour en faire une comédie efficace. Bavard et adolescent, le film surfe sur du vide et des influences honorables, dont il n’arrive pas à la hauteur, tout en frôlant la lourdeur parfois insupportable. À éviter.

Adam et Yves

Adam et Yves

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