[CRITIQUE] Poltergeist, de Gil Kenan

poltergeist

Dans la série « faisons du neuf avec du vieux », j’appelle le remake de Poltergeist. 33 ans après l’original, Gil Kenan propose une nouvelle version de la maison hantée qui, malheureusement, pique un peu les yeux. Entre un manque gênant de tension et une intrigue cousue de fil blanc, Poltergeist n’a de positif qu’un casting attachant qui se démène vaillamment dans une maison hantée par des subterfuges bien trop numériques et de bonnes idées tuées dans l’œuf. Si le cinéma d’horreur bat de l’aile ses dernières années, le film de Gil Kenan fait l’effet d’une douche de plomb qui contribue à rabaisser un niveau déjà bien bas. Dommage.

Le pitch : Lorsque les Bowen emménagent dans leur nouvelle maison, ils sont rapidement confrontés à des phénomènes étranges. Une présence hante les lieux. Une nuit, leur plus jeune fille, Maddie, disparaît. Pour avoir une chance de la revoir, tous vont devoir mener un combat acharné contre un terrifiant poltergeist…

Il y a 33 ans, Tobe Hooper et Steven Spielberg complotent ensemble pour rendre nos nuits un peu plus cauchemardesques. Ainsi est né Poltergeist, un film à mi-chemin entre le fantastique et l’horreur, qui au-delà du mythe de la maison hantée, va compiler les codes horrifiques pour terroriser plusieurs générations. En effet, la force de Poltergeist premier du nom était de parler à toutes les peurs, quelque soit le spectateur : peur du noir, des fantômes, des morts-vivants… Le film donnait vie aux terreurs nocturnes et est petit à petit devenu l’un des films les plus flippants de ces dernières années.

Après Evil Dead en 2013, les producteurs de Ghost House Pictures (aka Sam Raimi) décident de remettre Poltergeist au goût du jour. Si le film de Fede Alvarez était un remake satisfaisant, on ne peut malheureusement pas en dire autant du film de Gil Kenan qui n’a de positif qu’un casting bien trop bon pour un résultat aussi décevant. Ce Poltergeist « 2.0 » n’est finalement qu’un remake sans âme du premier, reprenant l’intrigue et les scènes-clé du film original sans véritablement proposer quoique ce soit. Refaire un vieux film sous prétexte de vouloir le rendre accessible est une chose, mais le problème c’est qu’à force de pomper le travail de Tobe Hooper, le film est dénué d’imagination et d’ambition.

Comme il est difficile d’admettre, encore une fois, qu’au moins les pires productions BlumHouse font l’effort de proposer une réelle ambiance, qu’elle soit efficace ou non. Ici, Gil Kenan n’arrive tout simplement pas à créer une quelconque tension, si bien que tous ses effets tombent à plat. Du mystérieux placard au téléviseur autonome, Poltergeist enchaîne les pistes paranormales avec l’intérêt d’un documentaire animalier : on découvre, on constate les phénomènes mais sans plus. Coté frousse, c’est le calme plat tant il ne se passe absolument rien de significatif. C’est à se demander ce qui a bien pu rater à ce point pour que ce film devienne aussi pénible ! Est-ce parce que les acteurs principaux sont trop attachants ou est-ce que la petite fille est bien trop mimi ? L’intrigue est tellement prise à la légère qu’elle ne devient jamais dramatique, même quand les choses se corsent. Si on prend un léger plaisir à voir cette famille s’enfoncer dans un piège inévitable, la tonalité trop familiale casse les tentatives d’angoisse, tandis que les créatures qui hantent les placards et autres dimensions infernales ne sont que l’ombre d’eux mêmes.
Petit à petit, Poltergeist se transforme en caricature de film d’horreur, tant les événements se succèdent sans parvenir à égayer une trame morne desservie par des effets spéciaux amateurs et trop visibles. L’absence d’une musique adéquate pose également problème : à cause d’une bande-originale souvent inadaptée, les effets de style qui sont sensés accompagner rebondissements et jumpscares tombent à plat.

Manque d’originalité, manque d’ambition et films destinés aux esprits hyper impressionnables, qu’est-il devenu aux films d’horreur qui étaient de véritables générateurs de cauchemars ? Certes, les films de James Wan ont un peu relevé le niveau, supplantant la vague de films gore qu’avait suscité le film Saw, tandis que le récent It Follows a été la bonne surprise de l’année (jusqu’ici), prouvant que des cinéastes indépendants en avaient encore dans le ventre. Pourtant, le tout-public s’évertue a proposer des films faisant un service si minimum qu’il en devienne des memes, lucratifs oui mais ultra décevant pour les amateurs du genre et un public en quête de sensations fortes, et non de sursauts. Vivement la sortie prochaine de Crimson Peak de Guillermo Del Toro !

Au casting : Sam Rockwell (Girls Only, Sept Psychopathes…) et Rosemarie DeWitt (Men, Women & Children, Promised Land…) prouvent qu’un bon acteur peu tout de même briller malgré la qualité discutable d’un film, Kennedi Clements et Kyle Catlett (L’Extravagant Voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet…) sont si choux qu’on a du mal à leur en vouloir, tandis que Saxon Sharbino (I Spit On Your Grave…) en fait un poil trop. Dès leurs apparitions, Jared Harris (Pompéi…), Jane Adams (Restless…) et Nicholas Braun (Le Monde de Charlie…) saccagent joyeusement le semblant de crédibilité du film.

En conclusion, depuis 1982, Poltergeist figurait parmi les films d’horreur qu’on évitait de regarder seul ou la nuit, car ses pièges multiples parvenaient à faire flipper un public vaste. En 2015, Poltergeist est devenu un objet marketing si plat qu’il mérite à peine le titre de film « fantastique » (le genre, pas l’adjectif). À éviter.

Hands. They will grab you.

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