[CRITIQUE] Tale of Tales, de Matteo Garrone

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Étrange et déroutant, Tale of Tales est un mélange de contes noirs et envoûtants, faisant basculer d’une émotion à une autre. Du dégoût à la fascination, de la beauté à la franche laideur, le film de Matteo Garrone sonde l’âme humaine à travers un univers théâtral, excentrique et ouvertement étrange. Les décors sont somptueux, les acteurs excellent et Tale Of Tales ne laisse pas indifférents, avec cet ensemble faussement fouilli ayant pour seule règle : l’équilibre.

Le pitch : Il était une fois trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal, une reine obsédée par son désir d’enfant… Sorciers et fées, monstres redoutables, ogre et vieilles lavandières, saltimbanques et courtisans sont les héros de cette libre interprétation des célèbres contes de Giambattista Basile.

Tale of Tales, ou plutôt Il Racconto Dei Racconti, est l’adaptation d’un recueil de contes signés par Giambattista Basile et qui aura servi de base pour les contes populaires écrits par Charles Perrault et les Frères Grimm.
Bizarre est probablement une des premières impressions que laisse Tale of Tales, et pourtant, malgré cette expérience étrange, Matteo Garrone (Gomorra…) réalise un film captivant, parfois choquant ou dégoûtant, mais qui propose un univers original et mystérieux, créant un intérêt presque immédiat : l’envie d’en voir plus. À travers trois histoires principales, Tale of Tales part à la rencontre d’hommes et de femmes dévorés par leurs vices et leurs désirs, qui vont tout faire pour obtenir ce qu’ils souhaitent, quitte à perdre une partie d’eux même. Matteo Garrone livre un ensemble à la fois romanesque et fantastique qui ressemble à un véritable défi, tant les émotions se bousculent. Il faut surtout se laisser porter par ce cinéma peu ordinaire où se croisent une reine désespérée d’avoir un fils, un roi qui adopte un animal étrange au point de délaisser sa fille et un autre qui se vautre dans la luxure. Cette première trame devient rapidement tentaculaire, dévoilant d’autres sous-intrigues étonnantes, oscillant sans effort entre des images parfois insoutenables et des moments de joie presque attendrissants.
Pourtant, si à première vue le film de Matteo Garrone semble être sans queue ni tête, il y a pourtant un thème intéressant qui se tisse à travers ces différentes histoires : l’équilibre. Que ce soit entre le bien et le mal, l’amour et la haine ou encore la passion et le dégoût, Tale of Tales est un véritable cocktail émotionnel qui, malgré un ensemble étrange, se découvre comme un parallèle troublant sur l’âme humaine, transformant l’ensemble en une expérience aussi visuelle qu’hollistique.

Déroutant, Tale of Tales propose surtout des histoires nichées dans des décors atypiques, rappelant le coté baroque à l’italienne, et des costumes d’époques superbes. Un aspect visuel recherché qui détonne avec les actes de ses personnages. En effet, le film de Matteo Garrone explore l’humanité de ses personnages, ces êtres souvent égoïstes et pourtant capable du pire comme du meilleur. Tout est une question d’équilibre, comme ne cesse de le souligner ce film délirant qui vogue d’un extrême à l’autre sans effort. Illustrant tantôt le don puis l’abandon de soi, Tale Of Tales est un miroir réaliste et grossissant, prouvant que si les sociétés changent, les Hommes, eux, restent identiques (à quelques détails près).

Comme tous les contes réussis, Matteo Garrone parvient à nous transporter dans son univers et la fascination l’emporte souvent sur la compréhension : même si chaque histoire est complètement surréaliste, on ne peut s’empêcher de frissonner et de s’attacher aux personnages, aussi énigmatiques et bourrés de défauts soient-ils.

Au casting, je retiens surtout la superbe Salma Hayek (Muppets Most Wanted, Savages…), trop rare au cinéma – probablement parce que trop belle, Shirley Henderson (Bridget Jones, Wild Child…) et Hayley Carmichael en duo de soeurs aussi répugnantes qu’attachantes, ainsi que les jumeaux Christian et Jonah Lees (Borgia…) au look ethéré. Autour, Vincent Cassel (La Belle et la Bête, Trance…), Toby Jones (Captain America – Le Soldat de l’Hiver…) et John C. Reilly (Les Gardiens de la Galaxie…) animent chacun une trame singulière avec brio.

En conclusion, si Tale of Tales est aussi bizarre qu’original, le film de Matteo Garrone est si extrême qu’il en devient fascinant. À travers une palette émotionnelle variée, Tale of Tales étonne, déroute mais ne laisse certainement pas indifférent. À voir, ne serait-ce que pour changer de vos habitudes !

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