[CRITIQUE] Mustang, de Deniz Gamze Ergüven

mustang

Éprouvant, sensible et d’une beauté douloureuse, Mustang est un drame solaire, nécessaire et superbe à la fois. Ce « Virgin Suicides Turc » n’a presque rien à envier au film de Sofia Coppola puisqu’il remplace la tension palpable du premier film par le poids de traditions révoltantes et une soif de liberté plus lourde de sens. Deniz Gamze Ergüven ne propose peut- être pas un sujet neuf, mais la forme est extraordinaire, aussi bien dans l’interprétation que dans les émotions qui traversent le film du début à la fin.

Le pitch : C’est le début de l’été. Dans un village reculé de Turquie, Lale et ses quatre sœurs rentrent de l’école en jouant avec des garçons et déclenchent un scandale aux conséquences inattendues. La maison familiale se transforme progressivement en prison, les cours de pratiques ménagères remplacent l’école et les mariages commencent à s’arranger. Les cinq sœurs, animées par un même désir de liberté, détournent les limites qui leur sont imposées.

Difficile de ne pas penser au film de Sofia Coppola, Virgin Suicides, en découvrant l’histoire de ces 5 sœurs, toutes plus belles les unes que les autres, forcées à vivre recluses chez elles afin de ne pas attirer les garçons et de soigner une réputation mise à mal par des ragots. Dans cette version turque, Deniz Gamze Ergüven adapte l’éducation stricte et religieuse, dans un pays aux facettes multiples où son pendant traditionnel est l’un des plus sévères. Le sujet fâche et émeut, révélant une Turquie connue pour sa versatilité où la tradition archaïque et la légèreté occidentale s’entrechoquent au fur et à mesure que la liberté des cinq adolescentes se réduit.

Entre renoncement et heureux hasard, Deniz Gamze Ergüven propose plusieurs réponses face à ces modes de vie hyper strictes, tantôt chérissant des traditions familiales qui peuvent parfois apporter du positif, tantôt pointant du doigt les répercussions horribles et imposées à ces adolescentes. Mustang porte bien son nom, ce drame refuse d’être dompté ou rangé dans une case, tant le film mêle des moments de joie et de rire à des événements aux répercussions bien plus sombres. Si Deniz Gamze Ergüven tente d’éviter la caricature facile, Mustang détonne surtout par sa tonalité enragée, avec ses héroïnes qui refusent de se soumettre, tandis que la réalisatrice est bien décidée à dénoncer la place dangereuse des femmes dans son pays et ces hommes qui abusent de leurs pouvoirs avec une hypocrisie révoltante.

Émouvant, lumineux et brutal, Mustang bouscule, peut choquer mais rappelle surtout une réalité glaçante sur la condition des femmes dans certains pays. Grâce à un regard sensible et un casting superbe, le premier film de Deniz Gamze Ergüven est une remarquable bouffée d’air frais, malgré un sujet anxiogène et révoltant. À voir.

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