[CRITIQUE] Terminator: Genisys, d’Alan Taylor

terminatorgenisys

La saga Terminator ne cesse de se rallonger, mais ce n’est pas vraiment pour le plaisir de tous. Si ce cinquième volet, Terminator: Genisys, propose de bonnes idées, le résultat est un savant mélange entre un manque de crédibilité, d’ambition et de rythme. Alan Taylor voyage entre plusieurs timelines sans réussir à ressusciter la saga dont les effets spéciaux numériques n’ont rien à envier aux premiers films de James Cameron.

Le pitch : Le leader de la résistance John Connor envoie le sergent Kyle Reese dans le passé pour protéger sa mère, Sarah Connor et préserver l’avenir de l’humanité. Des événements inattendus provoquent une fracture temporelle et Sarah et Kyle se retrouvent dans une nouvelle version du passé. Ils y découvrent un allié inattendu : le Guardian. Ensemble, ils doivent faire face à un nouvel ennemi. La menace a changé de visage.

Généralement, quand on parle de films qui n’auraient jamais dû avoir de suites tant le premier était génial, Terminator 2 fait souvent office d’exemple qui fait exception à la règle. En effet, si le premier Terminator de James Cameron (1984) est rapidement devenu culte, Terminator 2 : Le Jugement Dernier (1991) a réussi l’exploit d’être meilleur que le premier, grâce à l’évolution de ses personnages, le ton à la fois brut et badass du film, et, évidemment, grâce à ses effets spéciaux peut-être pas très bluffants, mais incroyablement bien imaginés (avec les moyens de l’époque). Bref, ces deux films, signés James Cameron, font partie de mes films préférés de tous les temps et j’avoue que chaque nouveau volet me défrise toujours un peu plus.

La bonne nouvelle, c’est que le pire des cinq films, restera Terminator 3 : Le Soulèvement des Machines de Jonathan Mostow (2003). La mauvaise nouvelle, c’est que Terminator: Genisys est une déception effarante alors que, promis, je lui avais laissé le bénéfice du doute. J’espérais vraiment qu’avec Alan Taylor (Thor – Le Monde des Ténèbres, Game Of Thrones…) à la direction, le résultat serait, au moins, divertissant et fun.
Pourtant l’idée de départ était pas mal : en démarrant directement dans le futur, Terminator: Genisys proposait un retour en arrière du point de vue de Kyle Reese alors que ce dernier est renvoyé en 1984 pour sauver Sarah Connor. Sauf qu’évidemment, rien ne se déroule comme prévu et les événements du passé sont altérés, déroulant une nouvelle timeline qui change la donne (et annule de ce fait, Terminator 2, ce qui, entre nous, est légèrement irritant, mais bon…). Si les premières minutes dans le futur sont attrayantes, les choses se corsent dès le moment où le film retourne en 1984. Oui, revoir les scènes des films de James Cameron à l’identique, avant de les détourner, fait plaisir, de l’arrivée de Terminator jusqu’au shopping improvisé de Kyle Reese, mais Terminator: Genisys perd rapidement de son attrait dès qu’arrive le moment des explications. D’où vient le « vieux » Terminator au juste ? Pourquoi y a-t-il une version de T1000 en 1984… ? Au lieu de profiter de la saveur old school des années 80, le film tente trop souvent de noyer le poisson à travers des explications bancales et de nombreuses, très (trop) nombreuses références aux deux premiers films ajoutées par ci, par là, sans vraiment se soucier de leurs impacts (dans les films d’origines). Ainsi, « Viens avec moi si tu veux vivre », « je reviendrai » et le sourire crispé du Terminator cohabitent, faisant office de redites plates au lieu de punchlines ou moment d’anthologie.

Pendant que le film suit avec peine les aventures de poupée Connor, d’un Kyle Reese dépassé et d’un Terminator diminué (et étrangement plus robotique que dans les premiers films…), une nouvelle timeline se révèle, avec un nouvel ennemi trop prévisible dont le potentiel machiavélique est mis à mal par une mauvaise exploitation de l’idée. Encore une fois, Terminator: Genisys partait de bonnes intentions. D’ailleurs, si X-Men: Days Of Future Past n’avait pas déjà proposé un concept identique l’année dernière (revenir en arrière et changer le futur), le film d’Alan Taylor aurait pu créer la surprise. En réécrivant le futur, c’était l’occasion de déplacer la menace de nos jours (ou presque) afin d’intégrer ce que James Cameron avait vu venir il y a 30 ans, à savoir des humains devenus dépendants d’une technologie hyper avancée et envahissante. Si à l’époque Cyberdyne et Skynet relevaient du fantasme, Terminator: Genisys surfe sur notre quotidien très connecté pour y inscrire sa trame. Et puis après, l’ensemble part en vrille, d’une part à cause de ce nouveau méchant [SPOILER : John Connor, hin, pour ceux qui sont largués 😀] dont les motivations dont ne seront jamais clarifiées jusqu’à la fin (manipulation ou sincérité ?) et d’autre part, parce que visuellement, Terminator: Genisys se réfugie derrière le numérique sans soucier de l’esthétique.
Si aujourd’hui les films de James Cameron ont pris quelques rides (la fausse tête de Schwarzy dans le 1 quand il s’arrache l’œil et les soucoupes en aluminium sur T1000 dans le 2 ne bluffent plus personne), l’imagination du réalisateur et des équipes qui ont travaillé sur ces films supplante le coté factice et laissent admiratif, même trente ans plus tard. Aujourd’hui, le numérique est une réponse évidente et souvent justifiée, mais dans certains cas, en l’occurrence dans le cas Terminator: Genisys, la beauté et la lisibilité de l’image sont mises de coté, ce qui sape finalement le potentiel du film. Alors que la trame ne suffit pas à distraire, visuellement Terminator: Genisys ne parvient pas à nous emporter dans son univers à peine futuriste tant il cherche à combler ses creux scénaristiques avec des affrontements éteints.
Pour faire simple, on est loin, très loin, du caractère badass et sensationnel des films de James Cameron, malgré ses nombreux appels du pied à la finesse d’un tank.

Pourtant, au-delà de tout ça, le plus dur est de constater à quel point les personnages du film ont nettement perdu de leurs charisme. En effet, le casting du film n’aide pas vraiment à relever le niveau : Arnold Schwarzenegger (Maggie, Expendables, Le Dernier Rempart…) incarne un Terminator qui n’en a plus que le nom (et un problème de diction, non ?), Emilia Clarke (Game Of Thrones, Dom Hemingway…) n’arrive pas à la cheville de Linda Hamilton tant elle est peu crédible, tandis que Jai Courtney (Divergente, Divergente 2, La Promesse d’une vie…) et Jason Clarke (La Planète des Singes : L’Affrontement…) sont respectivement transparent et étrangement creepy. Même J. K. Simmons (Men, Woman and Children, Whiplash…) en perd son tempo et seul Matt Smith (Doctor Who, Lost River…) parvient à tirer son épingle du jeu… et on le voit à peine.

En conclusion, jamais deux sans trois : Terminator: Genisys est la troisième tentative du vingt-et-unième siècle de profiter de la saga culte. Alan Taylor signe un film bancal, overdosé de références à peine salutaire et mené par un casting visiblement dépassé par l’ampleur de la tâche. Si le divertissement pointe un peu le bout de son nez, pour moi, c’est la bonne grosse déception. À voir, pour se faire son avis.

Nope.

Nope.

J’en veux un peu à James Cameron quand même, il nous a bien eu avec son « Vous allez adorer ce film » étalé sur l’affiche !

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