[CRITIQUE] Gallows, de Travis Cluff et Chris Lofing

gallows

Inutile de tourner autour du pot, Gallows est très mauvais. Pâle excuse pour film d’épouvante, le film de Travis Cluff et Chris Lofing compile tous les défauts des soi-disants films d’horreur de ces dernières années pour nous les jeter à la tronche avec une désinvolture irritante, à travers un found-footage flemmard. Si vous aimez sursauter, Gallows vend du jumpscare au rabais, accompagné par un mixage sonore des plus hasardeux, au lieu d’essayer d’installer un soupçon d’intrigue. Pour couronner le tout et festoyer allègrement dans la médiocrité, il faut aussi supporter des gamins à claquer qui bavassent non stop et une caméra visiblement tenue par un amateur. Et dire qu’ils s’y sont mis à deux pour réaliser un truc pareil…

Le pitch : Dans une petite ville, un accident se produit pendant le spectacle de fin d’année du lycée et fait plusieurs morts. Vingt ans plus tard, des lycéens du même établissement remontent la pièce pour rendre hommage aux victimes de la tragédie, mais découvrent qu’il vaut mieux parfois ne pas ressusciter les fantômes…

Sorti en catimini en plein mois de juillet, Gallows fait profil bas. Rien que le fait d’avoir un fantôme qui s’appelle Charlie et d’avoir des gamins qui s’écrient « Charlie est mort » toutes les cinq minutes suffit à expliquer le fait que ce film a mal choisi son année. Mais si seulement il n’y avait que ça… Travis Cluff et Chris Lofing se mettent à deux pour fignoler un found-footage à la truelle, vaguement produit par les productions Blumhouse (encore et toujours, à croire que tous les films du genre doivent passer par Jason Blum qui continue de s’en mettre plein les poches en distribuant 80% de navets…), ce qui annonce plus ou moins la couleur.

Armés d’une caméra ou d’un téléphone portable, les protagonistes du film affrontent un esprit mal léché qui hante leur lycée pour une raison obscure, alors qu’ils s’y rendaient pour saccager les décors d’une pièce de théâtre (bravo, belle mentalité). Rares sont les films qui réussissent à pondre quelque chose d’acceptable à travers un found-footage (Rec 1, Chronicle…), mais je pense ne pas me tromper en disant que la règle numéro 1 pour qu’un found-footage fonctionne c’est que celui qui filme doit impérativement être muet comme une carpe (ou très secondaire) !!! En effet, dès le début il faut supporter le bavardage incessant du gamin qui filme et qui raconte tout ce qui lui passe par la tête, ce qui est relativement agaçant, d’une part parce que je n’ai plus 15 ans et d’autre part, parce que le film plante le décor avec des adolescents superficiels et creux, ce qui ne les rend pas vraiment attachants (donc on a rapidement envie qu’ils meurent. Tous. Douloureusement.).
L’autre règle fondamentale : comprendre que réaliser un film en found-footage a bien plus de contrainte que d’avantage. Si ce genre permet de minimiser les coûts (direction artistique, photographie, mise en scène un minimum correcte…, bref, tout ce qui fait un film potable), il minimise également les effets voulus. Dans un film comme Rec ou Cloverfield on pourrait reprocher à la personne qui tient la caméra de continuer à filmer au lieu de courir pour sauver sa peau, mais malgré cette absence d’instinct de survie récurrente, ces films tiennent leurs promesses en gardant un œil sur la menace, alimentant ainsi la tension angoissante de l’intrigue. Mais de l’autre coté, se trouvent les films flemmards comme Gallows, où les réalisateurs pensent que faire gigoter la caméra dans tous les sens et ne capter que les hurlements hystériques suffisent à susciter de l’angoisse. Or, la plupart des amateurs de frissons sont de grands voyeurs et filmer le sol ou des pieds en train de courir est nettement plus frustrants que des effets spéciaux moyens (comme le final de Pyramide : un peu cheap, mais efficace).
Enfin, pour qu’un film du genre horrifique fonctionne, il faut également des personnages (au moins un) attachants, que l’on ait envie de voir survivre jusqu’au bout (qu’il y parvienne ou pas). Et là, encore une fois Gallows suit à la lettre tout ce qu’il ne faut pas faire et nous colle des lycéens au charisme approchant celui d’un bulot et aux motivations inintéressantes. (Conseil bonus : évitons aussi les gros plans dégueulasses sur les acteurs en train de chouiner la morve au nez, si l’idée est directement pompée de Blair Witch, la comédie parodique Scary Movie a parfaitement démontré le potentiel ridicule de ce genre d’effet.)

Si vous en doutiez, Gallows est bien la mascarade annoncée. De la réalisation au jeu des acteurs, le film de Travis Cluff et Chris Lofing ne peut même pas se vautrer tant il rampe déjà dans la médiocrité et la facilité, avec une surdose de jumpscares qui font sursauter sous le coup de la surprise et non de l’angoisse. Seul espoir pour frissonner : avoir maladivement peur du noir et/ou être cardiaque.

Au casting, je me demande qui est le plus navrant mais il faut admettre, à la décharge de ces jeunes acteurs, qu’ils n’ont pas été aidés par l’écriture désastreuse des personnages (pour renforcer le coté « true story », les personnages ont les même prénoms que les acteurs ! ouh ouh quelle imagination !). Ryan Shoos et Reese Mishler rivalisent pour le prix de l’adolescent le plus agaçant de la planète, tandis que Cassidy Gifford (mystérieusement mise en avant sur l’affiche, hum…) joue les blondes de service et Pfeifer Brown récolte le rôle de la prude du village.

En conclusion, si ce film joyeusement intitulé Potence en québécois vous inspire, sachez que vous allez volontairement perdre 81 minutes de votre vie. Vous êtes prévenus.

l'art de se faire mettre la corde au cou...

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