[CRITIQUE] Les 4 Fantastiques, de Josh Trank

4F_poster1

Après Spiderman, c’est au tour des 4 Fantastiques d’être rebooté prématurément. Si Josh Trank avait réalisé un premier film prometteur, l’aventure a été chaotique, du choix décrié des acteurs au tournage compliqué. À l’arrivée, Les 4 Fantastiques ressemble plus à un film de science-fiction et l’aspect super-héroïque a été laissé au placard, livrant un film trop dramatique et bien trop sombre. Entre le manque de divertissement et d’action, Josh Trank livre un film sans ambition, avec des héros perdus et un visuel décevant. Finalement, les deux films de Tim Story n’étaient pas si mal…

Le pitch : Adaptation moderne et résolument nouvelle de la plus ancienne équipe de super-héros Marvel, le film se concentre sur quatre jeunes génies qui se retrouvent projetés dans un univers alternatif et dangereux, qui modifie leurs formes physiques mais aussi leurs vies de façon radicale. Ils devront apprendre à maîtriser leurs nouvelles capacités et à travailler ensemble pour sauver la Terre d’un ancien allié devenu leur ennemi.

En 2012, le réalisateur Josh Trank se fait remarqué grâce au film Chronicle, un found-footage réussi à cheval entre la science-fiction et les super-héros, où des adolescents se découvraient des pouvoirs. Brillant et abouti, Chronicle abordait des sujets douloureux à travers un personnage principal torturé (incarné par Dane Dehaan), tout en proposant un spectacle novateur et accessible. Rapidement le nom de Josh Trank a été sur toutes les lèvres, tandis que nous attendions de voir ce que donnerait son prochain film. Même Disney avait son viseur posé sur lui pour réaliser un des prochains Star Wars.
Et puis le reboot des 4 Fantastiques a été annoncé, créant la controverse alors que les premiers films n’avaient même pas dix ans. Réalisés par Tim Story, à l’aube de l’ère super-héroïque (à l’époque où les X-Men régnaient en maître grâce à Bryan Singer), les deux films Les 4 Fantastiques n’ont certes pas reçu l’approbation générale, notamment le second avec le Surfer d’Argent, mais avaient tout de même quelques qualités : un casting attachant (Ioan Gruffudd faisait un Mr Fantastic crédible, Jessica Alba d’un coté, Chris Evans de l’autre…), de l’humour, de l’action et du spectacle… À savoir les ingrédients souvent efficaces pour réaliser un film de super-héros. Malheureusement, l’ambition des studios, à l’époque, n’étaient pas de satisfaire les fans mais de rentabiliser un effet de mode normalement éphémère. Du coup, les films s’éloignaient des comics, tombaient dans des clichés faciles et vulgarisaient des personnages phare des comics (le Surfer d’Argent, Galactus et Fatalis…).
À première vue, faire un reboot des 4 Fantastiques auraient pu fonctionné. Mais dès l’annonce du casting, le film de Josh Trank a connu des complications. Choisir un acteur Black pour incarner Johnny Storm était audacieux, et pourquoi pas d’ailleurs : les comics ont été créés à une époque où les Noirs n’étaient pas ou peu présents dans les médias, en 2015 je trouve cela normal de vouloir ré-imaginer les choses et, étrangement, le cast de Jessica Alba en Sue Storm, à l’époque, n’avait dérangé personne. Pourtant, cela a été le premier tollé du film qui, par la suite, a fait profil bas. Peut-être un peu trop, d’ailleurs, alors que les rumeurs gonflaient autour d’un tournage compliqué.
Malgré tout, étant très bon public et largement tolérante quand il s’agit de films de super-héros (cela me perdra un jour), j’ai préféré ne pas me fier aux différentes rumeurs et d’attendre de voir le résultat. Peut-être allais-je être surprise ?

4fantastiques1

La vérité, c’est que même lorsqu’on n’espère pas grand chose d’un film, il y a toujours la possibilité d’être déçue. Non, Les 4 Fantastiques n’est pas mauvais, on est loin de la catastrophe annoncée et Green Lantern détient toujours le titre du pire film de super-héros de tous les temps. Cependant, le film de Josh Trank n’est pas bon non plus, d’un part parce qu’il s’agit surtout d’un film de science-fiction. Le ton est très dramatique, très sombre et trop sérieux, ce qui certes détonne avec la jeunesse du casting, les code du genre et les premiers films de Tim Story. Mais, surtout, cette atmosphère lourde rend l’ensemble peu enthousiaste, voire un chouilla déprimant. Alors que la première partie du film est proche des comics (version Ultimate, parait-il), Josh Trank cherche à tout prix à s’éloigner des ficelles prévisibles des origin story classique. Seulement pour cela, il aurait probablement fallu choisir une intrigue nouvelle, inédite au cinéma, et non réitérer la naissances des 4 Fantastiques et l’avènement de Fatalis. Alors pour donner le change, Josh Trank mise sur l’aspect science-fiction, à travers la découverte de la Zone Négative, oups, la Planète Zéro, vers lequel nos héros font des allers-retours insouciants comme s’ils allaient au parc d’attraction du coin, après une longue journée de travail (et puis comme ça, Marvel Studios ne pourront pas récupérer cette dimension dans Civil War…). Car oui, Les 4 Fantastiques sont surtout composés de petits génies, et cela, Josh Trank n’oublie jamais de nous le rappeler car la majeure partie du film consiste à les observer travailler, comme pour les justifier, avant de tout foutre en l’air dès qu’ils ont acquis leurs nouveaux pouvoirs.
Le film est court, mais le temps se fait long, car il y a un gros manque d’action et de rebondissements, tandis que les personnages cohabitent à l’écran sans pour autant exister ensemble. Si on retrouve la scission émotionnelle qui régie Les 4 Fantastiques (les uns voulant retrouver leur vie d’avant, les autres composant avec leurs nouveaux pouvoirs), les personnages sont relativement tristes et froids (probablement parce qu’ils ne changent jamais de vêtements, aussi) et traités avec incohérence (où est passé Victor ? Tout le monde s’en fiche…). D’ailleurs, le film se prive également d’une partie généralement fédératrice (aussi bien pour les personnages que pour le public), à savoir le moment où les héros découvrent et apprennent à découvrir leurs pouvoirs, ce qui donne des passages à vides étranges. Les 4 Fantastiques oublie le coté super-héroïque de l’histoire, l’effet waouh et spectaculaire qui doit en mettre plein la vue et divertir (les super héros sont sensés inspirer et donner envie d’avoir des pouvoirs surnaturels), ce qui est sûrement dû à l’intrigue qui traîne la patte et ne laisse que trop peu de place au climax final, qui se retrouve trop rapidement expédié. Josh Trank fait les mêmes erreurs que Marc Webb (pour le premier The Amazing Spider-Man, j’entends, le second était juste mauvais) en voulant changer de tonalité, en chipant ça et là des influences pas toujours adapter, révélant un film à la réalisation moyenne, entre défaut de rythme et de panache (oui, monsieur).

Visuellement, là aussi il y a plusieurs bémols. La photographie désaturée et trop sombre ternit le film (Zack Snyder, sors de ce corps !), faisant peser une atmosphère trop lourde sur les épaules de nos jeunes héros paumés, à travers des scènes visiblement recoupées et reshootées (à l’arrache). Les décors manquent d’originalité (et de diversité !) mais pas de Kryptonite (haha), tandis que les effets spéciaux laissent à désirer. La Chose est peut-être mieux réussie (quoique, personnellement, celle de Tim Story ne me dérangeait pas), mais on ne peut pas en dire autant des effets sur Mr Fantastic, tandis que le look de Fatalis… Et bien, j’ai beaucoup désapprouvé le choix, le jeu et le look de Julian MacMahon dans les films de Tim Story, aujourd’hui, j’ai envie d’être plus indulgente.

Au casting justement, alors que j’ai mis du temps à apprécier Miles Teller (Divergente 2, Whiplash…), le revoilà à nouveau amorphe alors qu’il est sensé être le leader de l’équipe. À ses cotés, Kate Mara (Transcendance, House of Cards…) tire la tronche non-stop (probablement à cause de sa perruque, allez savoir…), Jamie Bell (Nymphomaniac volume 1 et 2, Snowpiercer, le Transperceneige…) disparaît en cours de route, ce qui n’est pas plus mal et Michael B. Jordan (That Awkward Moment, Fruitval Station…) s’en sort finalement pas mal, sans pour autant arriver à retrouver l’esprit farouche de son personnage. Autour d’eux, Toby Kebbell (La Planète des Singes : L’Affrontement, Cartel…) voit le potentiel de son personnage mis à mal par son costume, Reg E. Cathey (Banshee…) a une voix impressionnante et Tim Blake Nelson était dans l’Incroyable Hulk.
Malheureusement pour eux, le cast des premiers films était plutôt efficace (sauf pour Julian MacMahon), du coup, la comparaison est non seulement inévitable, mais surtout rude.

En conclusion, je n’ai pas aimé cette nouvelle version des 4 Fantastiques. Les films de Tim Story ont des défauts et n’étaient peut-être pas assez fidèles aux comics, mais ils restent des films de super-héros finalement plaisants à regarder. La version de Josh Trank choisit la carte de la science-fiction, sans pour autant s’attarder sur la crédibilité de sa trame. Si Les 4 Fantastiques sont connus pour leurs réactions mitigées au sujet de leurs pouvoirs, l’atmosphère dramatique et sombre pèse sur un film qui manque d’enthousiasme et d’énergie. Pour un blockbuster estival (un an après Les Gardiens de la Galaxie, un an avant Suicide Squad), et surtout un reboot, j’en attendais finalement beaucoup plus. Il paraîtrait que Bryan Singer a été évoqué pour diriger la suite, ce qui ne me rassure pas non plus.

Sorry guys, not hiring right now.

Sorry guys, not hiring right now.

Ah, et puis il n’y a pas de scène post générique. Donc n’attendez pas jusqu’au bout du générique, il n’y a rien. Rien du du tout. Que tchi. Nada. Wallou.
D’ailleurs il n’y aura pas d’article spécial spoiler pour ce film non plus. C’est la crise, les amis, c’est la crise !

>>> Découvrir la lettre ouverte de Josh Trank sur le film

Publicités

2 réflexions sur “[CRITIQUE] Les 4 Fantastiques, de Josh Trank

  1. 1h30 c’est très court quand on veut montrer les origines de certains des persos (bâclé en plus…), déjà là on a 30min facile, puis bond dans le temps de 7ans et on a des ados qui jouent aux astronautes. à partir de leur départ ça bouge un peu plus mais Fatalis inexistant, La Torche n’est qu’un VIN DIESEL, la Femme Invisible est kosovarde (et c’est tout ce qu’on sait), seule la Chose relève un peu le niveau (du moins Jamie Bell son interprète, toujours aussi convaincant – un grand acteur ce garçon).
    honnêtement j’aimais mieux la version des années 2000, il y avait un réel enjeu à l’époque ! la fin est expédiée !! je me suis ennuyé pratiquement tout le long, je suis vraiment déçu (le pire Marvel pour moi)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s