[CRITIQUE] La Rage Au Ventre, d’Antoine Fuqua

southpaw

Très attendu, le dernier film d’Antoine Fuqua ne déçoit pas. Tendu et émouvant, La Rage Au Ventre porte pour une fois bien son nom français, mettant en scène un personnage enragé, habité par une volonté proche de la folie, tandis que le film équilibre habilement une trame trop prévisible et un univers violent. Si on est finalement bien en dessous de la puissance d’un Fighter (David O. Russell, 2010) et autre Warrior (Gavin O’Connor, 2011), La Rage Au Ventre prend aux tripes dès qu’on accroche à la performance remarquable d’un Jake Gyllenhaal transformé et impressionnant.

Le pitch : Champion du monde de boxe, Billy Hope mène une existence fastueuse avec sa superbe femme et sa fille qu’il aime plus que tout. Lorsque sa femme est tuée, son monde s’écroule, jusqu’à perdre sa maison et sa fortune. Pire, la garde de sa fille lui est retirée, la justice estimant son comportement incompatible avec son rôle de père. Au plus bas, il trouve une aide précieuse en la personne de Tick Willis, un ancien boxeur avec lequel il reprend l’entrainement. Billy va devoir se battre pour trouver la voie de la rédemption et regagner ainsi la garde de sa fille.

Le problème des films de boxe, c’est que l’on pense bien trop souvent à Rocky ou Raging Bull et à ces histoires d’ex-champions qui tentent de revenir sur le devant de la scène après un gros passage à vide. Or ces dernières années, parmi les films notables sur un sujet similaire, en dehors de Match Retour, le film de boxe s’est mêlé au genre dramatique, permettant de donner de la profondeur à des personnages trop souvent perçus comme des cogneurs. Million Dollar Baby, de Clint Eastwood, Fighter de David O. Russell ou encore Warrior de Gavin O’Connor ont participé à la réhabilitation d’un genre sous-estimé qui aujourd’hui s’avère être une mine à Oscar, pourvu que les acteurs y mettent du leur.

La Rage Au Ventre d’Antoine Fuqua (Training Day, Shooter, Equalizer…) renoue avec la trame classique de l’ex-champion en quête de rédemption, misant sur la charge émotionnelle du film et surtout sur un personnage principal torturé. Si on peut grimacer devant la simplicité de l’histoire, le réalisateur l’applique de façon convaincante en suivant la descente aux Enfers de ce personnage en pleine gloire dont la vie bascule du jour au lendemain. Dès la première partie du film, La Rage Au Ventre met la lumière sur ce boxeur à la vie de rêve et qui pourtant vient de loin, grâce à une atmosphère péchue gonflée à la testostérone et à l’adrénaline. Pendant quelques minutes, on retrouve même des vieux airs de Training Day dans ces attraits un peu bling-bling et des clichés semblant sortir tout droit de clips de rap US, créant une légèreté entrainante… jusqu’au twist brutal et soudain.
Ce qui permet au film de ne pas sombrer dans la caricature de l’ex-boxeur qui se retrouve à bosser dans un club où il nettoie des toilettes, c’est qu’il ne s’agit pas seulement de redevenir une star de la boxe avec des ambitions stériles, mais de retrouver une stabilité physique et mentale pour récupérer la garde de sa fille. Là encore, Antoine Fuqua a creusé la psychologie de son personnage pour sortir des sentiers battus, en lui créant un passif douloureux et solitaire, rendant ainsi plus compliqué son rétablissement. En effet, le personnage de Billy n’a pas seulement perdu sa femme, il perd surtout son ancre qui le maintenait stablement depuis toujours. C’est là que La Rage Au Ventre devient extraordinaire : grâce à cette lutte acharnée et, oui, enragée qui vrille tout au long du film pour se terminer en apothéose. Une trame simple, peut-être, mais tout de même efficace, qui se suit sans effort entre des matchs de boxe hyper réalistes et un acteur habité qui se donne à fond.

Pour ma part, je préfère cela à l’idée de départ du réalisateur, à savoir une suite non-officielle d’8 Miles, avec Eminem dans le rôle-titre (je n’ai rien contre Eminem ni 8 Miles, mais je voyais mal l’intérêt).

Au casting justement, Jake Gyllenhaal (Nightcall, Enemy, Prisoners…) est transformé physiquement et livre une performance incroyable tant il est habité par son personnage, lui apportant sa fougue irrésistible. À ses cotés, Forest Whitaker (Taken 3, Zulu…) est impeccable dans le rôle du vieux grigou de la boxe, la jeune Oona Laurence réussit à composer avec un rôle peu évident. À l’affiche également, Curtis « 50 Cent » Jackson (Spy, Évasion…) fait peu d’effort, Rachel McAdams (Every Thing Will Be Fine, Passion…) est sublime mais vite oubliée et Naomie Harris (Mandela, Skyfall…) passe quasiment inaperçue.

En conclusion, La Rage Au Ventre a beau ressembler à un énième film de boxe, Antoine Fuqua étoffe son personnage principal, dont il expose les souffrances physiques et morales, faisant de lui la vraie force du film. L’ensemble est brut, enlevé et conquérant, grâce à un Jake Gyllenhaal absolument génial. À voir !

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