[CRITIQUE] Agents très spéciaux : Code UNCLE, de Guy Ritchie

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Léger, fun et coloré, Guy Ritchie troque l’univers sombre et mystérieux de Sherlock Holmes pour un film d’espionnage, entre comédie et action. Agents très spéciaux : Code UNCLE offre un trio glamour et chic à la sauce sixties qui permet de passer un bon moment, grâce à une intrigue extra light et un ensemble très visuel. Cependant, le réalisateur d’Arnaques, Crimes et Botanique et de Snatch se serait-il assagi ? Si le résulat est plaisant, le nouveau film de Guy Ritchie s’avère très (trop) sage.

Le pitch : Au début des années 60, en pleine guerre froide, Agents très spéciaux – Code U.N.C.L.E. retrace l’histoire de l’agent de la CIA Solo et de l’agent du KGB Kuryakin. Contraints de laisser de côté leur antagonisme ancestral, les deux hommes s’engagent dans une mission conjointe : mettre hors d’état de nuire une organisation criminelle internationale déterminée à ébranler le fragile équilibre mondial, en favorisant la prolifération des armes et de la technologie nucléaires. Pour l’heure, Solo et Kuryakin n’ont qu’une piste : le contact de la fille d’un scientifique allemand porté disparu, le seul à même d’infiltrer l’organisation criminelle. Ils se lancent dans une course contre la montre pour retrouver sa trace et empêcher un cataclysme planétaire.

Si les spécialistes s’accordent à dire que les jeunes réalisateurs aujourd’hui manquent de personnalité à Hollywood, il en est un qui a toujours réussi à conserver son style dans ses films. Tête d’affiche du cinéma populaire britannique et valeur sûre, Guy Ritchie (Arnaque, Crimes et Botanique, Snatch, RocknRolla…) a toujours su allier l’humour et l’action en présentant des personnages décalés et pas toujours recommandables, même lorsqu’il s’agissait de s’intéresser au très sérieux Sherlock Holmes (avec Robert Downey Jr pour détendre l’atmosphère).
4 ans après son dernier film, Guy Ritchie revient avec Agents très spéciaux : Code UNCLE, l’adaptation ciné de la série Des Agents Très Spéciaux (1964 à 1968) et propose une nouvelle facette de son univers. Au revoir les bas-fonds anglais composés de personnages à la mine patibulaire et peu fréquentables, cette fois le réalisateur se positionne de l’autre coté de la barrière en proposant une histoire d’agents secrets que tout oppose, l’un américain et l’autre russe, obligés de travailler ensemble (pour sauver le monde ?). Sur le papier, il n’y a rien d’exceptionnel. La Guerre Froide entre les États-Unis et la Russie a déjà bien alimenté le cinéma d’hier et d’aujourd’hui, alors voir ces deux personnages cohabiter n’a pas grand chose de neuf (contrairement à ce que proposait la série télévisée à l’époque). Heureusement, la patte de Guy Ritchie propose des personnages intéressants et attachants, d’une part parce que son casting est judicieux, mais d’autre part parce que les traits de caractères sont agréablement forcés, parfois piquants, sans être trop caricaturaux. La nonchalance et l’arrogance américaine se retrouve face à la rigidité brute de la Russie, ce qui va évidemment donner lieu à des échanges sympathiques, de la vanne basique à une discussion impromptue autour de la mode. Le duo (trio) de charme prend rapidement le pas sur le reste de l’histoire, qui devient finalement un peu secondaire.
En effet, nos héros doivent protéger une jeune femme à fuir l’Allemagne de l’Est, avant de l’aider à retrouver son père soupçonné de participer à une organisation criminelle. L’intrigue est peu mise en valeur, que ce soit par le danger latent ou l’absence de tension qui règne dans tout le film, tant il est dominé par ses nombreux personnages haut en couleur, entre les deux agents et une méchante à la froideur charismatique. Du coup, si on se laisse agréablement emporter dans cette bulle glamour et colorée, Agents très spéciaux : Code UNCLE ne va pas plus loin : une fois la bulle éclatée, il n’en reste pas grand chose.

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Guy Ritchie nous a habitué à des films plus punchys, où ses personnages étaient à la hauteur d’une intrigue tout aussi captivante, probablement à cause de ses thèmes subversifs souvent composés d’hors-la-loi, de trafiquants ou de gens un peu louches. Cette fois, Agents très spéciaux : Code UNCLE offre des personnages peut-être trop glamour et trop parfaits (même du coté des méchants), mis en avant grâce aux facilités du scénario afin de rendre ses espions un minimum crédibles.
Visuellement, Guy Ritchie reste créatif et s’inspire joyeusement des années 60 en recréant un univers pop et attractif. Agents très spéciaux : Code UNCLE étoffe le rendu à travers ses décors et des costumes superbes qui donnent beaucoup de peps à l’ensemble. Mais dans l’ensemble, malgré une tonalité décalée, j’ai du mal à y retrouver Guy Ritchie dans tout cela, à savoir le réalisateur qui a toujours su étirer ses scènes jusqu’à les rendre totalement absurdes et marquantes (la course-poursuite interminable sur les rails dans RockNRolla, le flingue factice ou les gitans incompréhensibles dans Snatch…). Agents très spéciaux : Code UNCLE est trop sur la réserve et se réfugie derrière des acteurs au charme fou et l’aspect glamour de son film. Pendant le film et quelques minutes après, cela marche et Guy Ritchie semble avoir réussi, mais au final, l’ensemble reste anecdotique et s’oublie rapidement.

Au casting, on se régale : Henry Cavill (Man Of Steel, Les immortels, Whatever Works…) raccroche un instant ses collants pour enfiler un costume tout aussi seyant et classe pour interprêter un agent américain trop sûr de lui, volant ainsi la vedette à Armie Hammer (Lone Ranger, J. Edgar, The Social Network…), qui en fait un peu trop pour donner du corps à un personnage rigide, malgré un accent peu naturel (je n’ose pas imaginer ce que ça va donner en VF). Autour d’eux, Hugh Grant (Cloud Atlas…) représente le coté british du film, tandis que Sylvester Groth (Sense 8…), Luca Calvani (To Rome With Love…) et Jared Harris (Poltergeist…) se succèdent à l’écran. Coté femmes, il y a celle que l’on voit partout en ce moment : Alicia Vikander (Ex Machina et bientôt dans Mémoires de Jeunesse, À Vif et The Danish Girl…) est un peu perdue à coté de ses deux grands partenaires à l’écran et dommage que le film ne profite pas d’un des twists pour étoffer son personnage, car Elizabeth Debicki (Gatsby Le Magnifique et prochainement dans Macbeth et Everest…) se révèle bien plus fascinante, fatale et charismatique.
Oh ! Et un certain footballeur anglais se cache également dans le film.

En conclusion, bien qu’il y ait de l’action, Guy Ritchie traite son film comme une pure comédie, allant même jusqu’à passer des scènes potentiellement intéressantes au second plan pour s’attarder sur ses effets comiques (un pic-nic improvisé en pleine course-poursuite). Si l’intention est là, le réel amusement se faire rare et les fameux agents secrets frôlent la mascarade à force de bavarder. En restant trop contemplatif et sur la réserve, Agents très spéciaux : Code UNCLE pèche aussi bien au niveau humour que coté action. Rattrapé de justesse grâce à un casting trois étoiles, le film de Guy Ritchie évite le calme plat et livre un divertissement agréable. À tenter.

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