[COUP DE CŒUR] NWA : Straight Outta Compton, de F. Gary Gray

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Violent (très violent), tendu, intéressant… NWA – Straight Outta Compton est une très bonne surprise qui m’a collé des frissons du début à la fin. Je n’ai pas vu les 2h30 du film passer, même si certains aspects ne sont pas assez explorés à mon goût (notamment la vie à Compton et la rivalité entre gangs). Mais le film de F. Gary Gray prend aux tripes et décrypte la naissance du phénomène gangsta-rap, entre ghetto, rivalités et lyrics bien senties, sur fond de bande-originale survitaminée et affolante de coolitude. À ne pas manquer pour les amateurs de rap US et les curieux à l’esprit ouvert !

Le pitch : En 1987, cinq jeunes hommes exprimaient leur frustration et leur colère pour dénoncer les conditions de vie de l’endroit le plus dangereux de l’Amérique avec l’arme la plus puissante qu’ils possédaient : leur musique. Voici la véritable histoire de ces rebelles, armés uniquement de leur parole, de leur démarche assurée et de leur talent brut, qui ont résisté aux autorités qui les opprimaient. Ils ont ainsi formé le groupe de rappeur des N.W.A. en dénonçant la réalité de leur quartier. Leur voix a alors déclenché une révolution sociale qui résonne encore aujourd’hui.

Le rap US n’a jamais eu bonne presse et ce, dès ses débuts. Mais que reste-t-il aujourd’hui des messages virulents portés par ce gangsta rap aujourd’hui mystifié et dénaturé par des ambitions commerciales d’une part et du racolage médiatique de l’autre ?
« Ah, encore un film de rappeurs, comme les sympathiques 8 Miles ou autre Réussir ou Mourir, qui va servir de mélodrames rythmés pour raconter une histoire tragique entre drogues, sexe et violence ! » pourrait-on penser. Et bien pas tout à fait, en fait. Straight Outta Compton est l’uppercut inattendu, dirigé par F. Gary Gray (Friday, Braquage à l’Italienne, Un Homme À Part…) et produit par Dr Dre et Ice Cube (avec qui il a déjà travaillé sur des clips vidéos ou des films…). Si le pendant ultra violent du film est inévitable, Straight Outta Compton met cependant les pendules à l’heure en replaçant ses protagonistes dans un contexte brutal et vrillé par les préjugés. Fin des années 80, Compton, quartier ghetto et explosif de Los Angeles, est le théâtre de descentes de polices journalières et de guerres de gangs sans merci. Dès le début, Straight Outta Compton dresse un tableau viscéral à couper le souffle, avec un sens du rythme et du sensationnel prometteur pour la suite. Pourtant, après avoir introduit un (futur) Easy-E dealer, le film change de ton et découvre un (futur) Dr Dre passionné de musique et un (futur) Ice Cube griffonnant ses lyrics entre deux trajets de bus scolaires et altercations musclées. On est bien loin du cliché de gangsta-rappeurs qui grandissent la rue et dealent pour survivre, puisqu’au contraire, le film est nourri par un sentiment d’injustice latent et une lucidité révoltée qu’il expose avec brio, entre des affaires médiatisées (Rodney King) et des échanges inutilement musclées avec les forces de l’ordre. Aussi bien victimes de leurs succès que des préjugés, les personnages de Straight Outta Compton se débattent pour être entendus et compris avec les outils dont ils disposent, aussi violents soient-ils.

Autant j’ai grandi en étant fan du trio Dr Dre, Tupac et Snoop Dogg (avec What’s My Name et California Looooove !), autant je ne me suis jamais penchée sur leur histoire en détails. Le hic avec le rap US, c’est que même en étant à l’aise en anglais, on ne comprends pas toujours l’intégralité de leurs lyrics (et puis j’étais trop jeune à l’époque, voilà tout). Heureusement, leurs refrains hauts et forts, ainsi que leurs dérapages diabolisés par la presse ont réussi à faire enfler la rumeur autour d’eux, les présentant comme des bad boys qui vantaient la vie bling-bling de gangsters. À l’arrivée, devant Straight Outta Compton, c’est une vérité, certes parfois romancée, qui éclate et percute les idées convenues. F. Gary Gray s’attache à donner un visage humains à ces stars du rap, retraçant un parcours cabossé vers un succès surprenant. Véritable porte-parole d’une génération réellement opprimée, Straight Outta Compton illustre un quotidien que beaucoup de pseudo-rappeurs aujourd’hui fantasment, dénonçant des préjugés à travers une musique aux paroles crues et dérangeantes.
Mais en plus de cette épopée musicale, ce sont aussi des personnalités qui se forgent. Des rivalités et autres luttes de pouvoirs éclatent au sein du groupe, créant des scissions et des affrontements affolants tant le film est rythmé par une brutalité presque étouffante. F. Gary Gray parvient à retracer tout cela sans jamais tenter de tirer sur une quelconque corde sensible, pourtant sa mise en scène effrénée rend l’ensemble palpitant et débordant d’émotions. Les caractères extrêmes et dénonciateurs flanchent devant des dilemmes terre-à-terre, le film se détache de la pression qui étouffe le film pour présenter des personnages attachants et plein de défauts. Parfois lâches, souvent jaloux ou manipulateur, ces « Niggas Wit Attitude » de Straight Outta Compton allègent l’ambiance avec des éclats d’humour et un final à l’émotion juste, agissant comme des appels d’air salutaires dans cet exercice costaud et réaliste.

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F. Gary Gray n’y va pas de main morte, notamment lorsqu’il filme la montée en puissance du groupe et ses excès. Le sexe et la drogue sont bien présents, on retrouve cette opulence vrillée, signe extérieure de richesse pour ces personnages façonnés par le ghetto, fidèles à ces clips de rap US où des nanas se trimbalent à poil comme dans une version bling-bling du délirant Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese. Toujours cru, aussi brutal dans ses chansons et ses dialogues que dans ses images, Straight Outta Compton n’édulcore rien ou presque, évoquant une façade du miroir qui fait trembler, entre les coups de sang de Suge Knight (d’ailleurs le vrai est actuellement en prison après avoir rendu une visite meurtrière sur le tournage du film), les clashs entre rappeur interposés et les menaces qui planent sur un manager trouble (la petite visite nocturne d’un colosse devant sa maison… brrr !). Dans cet univers débordant de testostérone, F. Gary Gray impose un rythme millimétré, chapitré par des sessions musicales enthousiastes et l’évolution de ses personnages impressionnants, martelant un tempo efficace transpercé par des apparitions réjouissantes et des mélodies qui piquent au vif. De ces 2h30 du film, il ne reste qu’un bon moment qui passe extrêmement vite avec une fin qui donne sacrément envie d’avoir une suite ! Waouh !

Néanmoins, seule ombre au tableau : j’aurais aimé que le film passe plus de temps à Compton au début. Décor rapide pour introduire les personnages, le film s’en éloigne trop rapidement, survolant ainsi la notion de gang qui hante pourtant le film. Du coup, les « non-initiés » passeront à coté de nombreux symboles pendant le film, notamment le fait que les rappeurs NWA soient tous en noir ou encore l’image puissante des bandanas bleus et rouges liés ensembles à un moment clé du film (grosso modo, ce sont les couleurs des deux plus gros gangs ennemis et le noir est le signe de non-appartenance à un gang…).

Au casting, je retiens surtout le trio de tête : Jason Mitchell, Corey Hawkins et O’Shea Jackson (et sa ressemblance frappante avec Ice Cube) sont impeccables et naturels, parvenant à s’approprier l’attitude et le langage des rappeurs sans sombrer dans la caricature, tandis que Paul Giamatti (The Amazing Spider-Man 2, Dans L’Ombre de Mary…) les accompagne, remarquable, dans un rôle ingrat et complexe. R. Marcus Taylor, qui incarne Suge Knight, illustre le coté sombre d’un genre vicié à la source, avec une force tranquille aussi massive qu’inquiétante.

En conclusion, NWA – Straight Outta Compton est la claque que je n’attendais pas. Alors que j’espérais à peine une bande-son acceptable, F. Gary Gray livre un film puissant et abouti, juste équilibre entre la sauce hip-hop gonflée à bloc et des personnages humains loin des clichés usuels. Rythmé, éprouvant et brutal, Straight Outta Compton lève le voile sur un phénomène trop souvent dénaturé et qui a pourtant des résonances toujours actuelles. Que reste-t-il de l’âge d’or du hip-hop US au cinéma ? Au moins un film de grande envergure, qui trouvera aisément sa place à coté d’autres œuvres coups de poing comme l’excellent Boyz N The Hood de John Singleton. À voir !

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