[CRITIQUE] Much Loved, de Nabil Ayouch

muchloved

Insolent et percutant, Much Loved est de ces films trop rares sur grands écrans qui osent jouer la carte de la franchise, avec un sujet aussi dérangeant que fascinant. Nabil Ayouch dresse le portrait de quatre femmes enragées, tranchées, sensibles, réalistes, belles… et prostituées dans un pays religieux. Much Loved a fait couler beaucoup d’encre et est interdit dans son pays d’origine, mais choisit d’illustrer un sujet tabou, avec une brutalité fracassante. Dommage qu’à travers cette rencontre surprenante, Nabil Ayouch n’emmène pas ses personnages plus loin, du coup, même si j’applaudis l’audace de ce film, il faut avouer qu’on s’ennuie un peu.

Le pitch : À l’époque actuelle, Noha, Randa, Soukaina et Hlima vivent d’amours tarifés à Marrakech. Objets de désirs inavoués dans la société marocaine, elles décrivent à l’aide des mots du langage de la prostitution leur vie de tous les jours, tantôt joyeuses et complices mais aussi tristes et rejetées par une société qui les utilise et les avilit.

Les Femmes du Bus 679, Timbuktu, Mustang… De temps à autres, certains films attirent mon attention et viennent éclater ma petite bulle citadine et occidentale à différents niveaux. Dès les premières minutes, le ton direct de Much Loved scotche sur place, entraînant le spectateur dans une soirée sans limite, où les prostitués, organisées, animent une fête VIP. Nabil Ayouch placarde un tableau sans détour de trois femmes prostituées et assumées, avec un naturel étourdissant. Ici, pas de sensiblerie ni de tire-larmes inutiles, Nabil Ayouch n’essaie pas de justifier ses personnages ni de retracer un quelconque parcours larmoyant pour expliquer leurs trains de vie. En visant l’humain derrière les artifices et son apparente débauche, Much Loved se révèle être un cocktail émotionnel surprenant, traquant ces personnalités affirmées qui passent des éclats de rire aux éclats de voix avec une rapidité déconcertantes.
Dans une première partie dense, le réalisateur ne cesse de mettre en parallèle les dualités de son film, le jour et la nuit ne font que s’opposer entre un Maroc nocturne festif et désinhibé tandis que le Maroc diurne est muet d’indignation et de discrétion. Nabil Ayouch ne lâche rien et ne s’éloigne jamais de ses héroïnes qu’il dissèque avec justesse, passant de la lucidité émouvante au fatalisme profond. On a envie d’aimer ses femmes malgré tout, malgré leur train de vie controversé, car Much Loved ressemble à une lutte de chaque instant et une véritable leçon de survie impressionnante.

En pointant du doigt une société marocaine pleine de secrets et de non-dits, Nabil Ayouch livre un film risqué mais ambitieux. Ses héroïnes sont décomplexées et tranchent dans le vif, taillant un chemin à l’acide dans un climat houleux et incertain, n’hésitant pas à dénoncer ses hautes sphères qui profitent de leurs existences et les forces de police qui en abusent. Pourtant, après une première partie qui résume plutôt bien les intentions du réalisateur, le film commence petit à petit à trainer la patte et l’arrivée d’une quatrième femme plombe étrangement l’atmosphère. Nabil Ayouch dénonce, certes, mais ensuite ? Si Much Loved a des faux-airs de documentaire grâce à son exactitude acérée et son déballage structuré, il y manque toutefois un traitement narratif abouti. Du coup, la seconde partie du film s’enlise dans des arcs attendus qui, dans toute cette dramaturgie et après un début aussi irrévérencieux, sonnent un peu creux. Où va-t-on ? Que souhaite réellement partager Nabil Ayouch sur ces femmes peu ordinaires, une fois le constat établi que la prostitution existe aussi au Maroc ? Dire que ce film lève le voile sur le vrai Maroc serait peut-être donner trop d’importance à un ensemble malheureusement un peu bancal. Concrètement, Much Loved en met plein la vue au début, déballant les dessous des soirées arabes (marocaines ou saoudiennes, peu importe…) entre débauches et mises en scènes outrancières, mais une fois l’argument choc étalé, le film de Nabil Ayouch subit une perte de vitesse flagrante qui finit par lasser.

Au casting, le réalisateur a fait appel à des femmes ayant connu le monde de la prostitution d’une façon ou d’une autre. C’est évidemment Loubna Abidar qui capte toute l’attention, à travers un personnage farouche et pourtant extrêmement fragile. Ses partenaires à l’écran, Asmaa Lazrak et Halima Karaouane, tempèrent l’ensemble mais sont trop en retrait.

En conclusion, Much Loved est osé, cash et déboule avec une franchise enragée et prête à marquer au fer rouge… au moins pendant la première moitié du film. Malgré un potentiel attachant et parfois impressionnant, Much Loved tourne rapidement à vide, étirant son histoire jusqu’à un final interminable et ennuyeux qui ne répond pas forcément à toutes les questions soulevées dans le film. Dommage.

muchloved_2

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s