[CRITIQUE] Green Inferno, d’Eli Roth

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Tourné depuis 2013, Green Inferno aura mis du temps à arriver en salles… pour finalement être disponible en e-cinéma (depuis le 16 octobre). Officiellement, Eli Roth propose un hommage au film culte Cannibal Holocaust (1980) de Ruggero Deodato, mais en réalité, le réalisateur balance un film pâlement gore, gratuit et grossier. Si Green Inferno pointe du doigt les vocations humanistes éphémères d’une génération boulottée par l’information instantanée, plus bruyante qu’efficace, le réalisateur se fourvoie dans une débauche absurde et grotesque d’hémoglobine peu ragoûtante, d’absurdités et de bidoches en plastique. Grosse plantade.

Le pitch : Un groupe d’activistes new-yorkais se rend en Amazonie et tombe entre les mains d’une tribu particulièrement hostile.

Alors qu’Eli Roth s’est, à mon avis, bien rattrapé avec le récent Knock Knock, son avant-dernier film fait peine à voir et arrive avec des années de retard alors que la période Saw est loin derrière nous. Dès l’annonce du synopsis de Green Inferno, la ressemblance avec Cannibal Holocaust (si vous ne l’avez pas vu, je vous le conseille fortement) était si frappante qu’Eli Roth l’a rapidement assumé en jouant la carte de l’hommage au film culte. Cependant, le film de Ruggero Deodato a une approche différente et quelque part plus « humaine » au-delà de l’horreur exposée dans Cannibal Holocaust. En effet, Cannibal Holocaust  (interdit aux moins de 18 ans à sa sortie) ne sert pas que de l’horreur gratuite mais propose un vrai parti pris caricaturant l’Occidental qui débarque en terrain conquis, avant d’être pris en chasse par une tribu cannibale, certes aux rites plutôt barbares, qui se venge des actes (horribles) qu’ils ont pu commettre. Le film est violent, parfois insoutenable, et c’est probablement un des films gore les plus réussis grâce à un mélange entre d’horreur très visuelle, une dose de survival et même un soupçon de suspens objectivement voyeur qui captive autant qu’il dégoûte.

Alors autant vous dire qu’à coté de ça, Green Inferno fait l’effet d’une douche froide. Même en pardonnant les écarts typiquement « Roth-iens », c’est une véritable déception. Alors oui, Eli Roth fait du gore un peu sale, il y a du sang, des personnes qui meurent dans des circonstances atroces et des clins d’œils agaçants, car mal utilisés, à Cannibal Holocaust… Mais tout cela est gâché par une approche absurde et un scénario qui frôle parfois le ridicule, si bien qu’il est difficile d’y percevoir un éventuel second degré. Bâti sans âme et existant uniquement pour amuser la galerie, Green Inferno tente la surenchère à tous les niveaux et l’ensemble a dû mal à fonctionner. En effet, au début, la naïveté de ses personnages, inconscients pour la plupart prête à sourire, mais plus le film avance et plus le sourire se crispe. Est-ce un trait d’humour ou un personnage vient-il littéralement d’avoir une diarrhée ? Eli Roth donne-t-il à présent dans la farce pour ados en saccageant joyeusement les chevilles d’un film culte ? Vraisemblablement, oui puisque l’étape fécale n’est que le début d’un festival de sous-gags aux ras des pâquerettes.
Au final, le supposé message d’Eli Roth sur cette jeunesse actuelle qui s’engage trop vite dès le moindre fait divers passe à la trappe, car ses personnages traités à la truelle deviennent surtout des accessoires dans un film qui a pour seul et unique but de faire du gore facile pour les plus impressionnables. C’est dommage car si Ruggero Deodato avait réussi à prendre parti pour la tribu cannibale, Eli Roth se rate en représentant l’autre facette qu’il décrédibilise à l’extrême, retirant ainsi toute empathie possible pour ces pseudo-activistes pris au piège.
Globalement, Green Inferno est une expérience plutôt pénible. J’étais prête à passer outre ces personnages inintéressants au possible si coté horreur le film était un tantinet à la hauteur. Malheureusement, après un début encourageant, la partie de chasse tourne court et il n’y a plus qu’à attendre l’heure du repas pour espérer un chouilla d’hémoglobine entre deux pincées de sel, tandis que les dialogues rivalisent de stupidité et d’idées fumeuses (huhu) pour faire passer le temps. Après Cabin Fever ou encore Hostel, Green Inferno semble raté, manquant à la fois de crédibilité et d’ambition, autre que pécuniaire.

Au casting, nous retrouvons Lorenza Izzo (Knock Knock) en tête d’affiche, dont les yeux en permanence écarquillés ne parviennent pas vraiment à convaincre. À ses cotés, chacun essaie de s’en sortir avec un personnage écrit avec des moufles, participant à un déballage de stéréotypes agaçant, du vrai-faux activiste au fumeur de « ouinj » dans la jungle, en passant par le couple de lesbiennes canons.

En conclusion, si certains trouveront leurs comptes dans la mascarade affligeante qu’est Green Inferno en percevant le second degré potentiellement divertissant, ceux qui ont vu et aimé Cannibal Holocaust – le film original – risque d’y voir une insulte au travail de Ruggero Deodato, tant ce pseudo-hommage est aussi ridicule que triste. Heureusement qu’il y a eu Knock Knock entre-temps, le seule film d’Eli Roth à voir cette année. À éviter.

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