[CRITIQUE] Seul Sur Mars, de Ridley Scott

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Après deux films discutables, Ridley Scott semble avoir retrouvé le droit chemin… celui qui mène dans l’espace. Grâce à un scénario lumineux et ambitieux, Seul Sur Mars parvient à renforcer une histoire a-priori prévisible en construisant un survival inattendu, étonnamment drôle et divertissant. À l’instar d’un Interstellar trop complexe, Ridley Scott prouve que la science-fiction peut-être aussi impressionnante qu’accessible, quitte à vulgariser le blabla scientifique pour ne pas perdre le spectateur en cours de route. Résultat, Seul Sur Mars crée la surprise et on passe un excellent moment aux cotés d’un Matt Damon réjouissant !

Le pitch : Lors d’une expédition sur Mars, l’astronaute Mark Watney (Matt Damon) est laissé pour mort par ses coéquipiers, une tempête les ayant obligés à décoller en urgence. Mais Mark a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre. A 225 millions de kilomètres, la NASA et des scientifiques du monde entier travaillent sans relâche pour le sauver, pendant que ses coéquipiers tentent d’organiser une mission pour le récupérer au péril de leurs vies.

Depuis quelques temps, l’espace semble être la destination favorite du cinéma de science-fiction à sensations fortes et messages implicites sur l’humanité. Après un Gravity immense en 2013 et un Interstellar complexe en 2014, c’est au tour de Ridley Scott de proposer son aventure spatiale, ou plus exactement martienne. Pas de petits hommes verts au programme mais un pitch attendu sur une expédition qui tourne mal, laissant un membre de l’équipage seul dans une planète hostile.
Ridley Scott revient de loin, à mes yeux. Cartel était une déception sans fond, Exodus était divertissant mais discutable, et la perspective de voir une suite à Prometheus (aka Alien: Paradise Lost) est loin de m’enchanter. Et pourtant, avec Seul Sur Mars, le réalisateur de mon film favori de tous les temps (Alien, évidemment), renoue avec le film de science-fiction simple et intelligent, adapté du roman d’Andy Weir. En effet, si le film propose une histoire à la fois attractive et prévisible, la véritable question est de savoir comment Ridley Scott va-t-il réussir à mener sa barque jusqu’au bout, sans ennuyer le spectateur en proposant un personne solitaire au premier plan. La réponse tient principalement en un seul mot : l’humour.
Décontracté et accessible, Seul Sur Mars entre rapidement dans le vif du sujet en démarrant au moment où l’expédition sur Mars tourne à la catastrophe. Malgré des enjeux solides et le danger qui plane autour de l’astronaute abandonné, le film conserve une approche très humaine grâce à un personnage attachant et optimiste malgré l’adversité. En ne se prenant pas trop au sérieux, Seul Sur Mars prend alors un chemin inattendu, délaissant une potentielle aventure épique qui lui tendait les bras, pour un tête-à-tête accrocheur avec un personnage qui déborde de génie sans aucune complaisance. Impressionnant et parfois curieux, Seul Sur Mars mise sur une ambiance légère, osant des traits d’humour surprenant et des références à la pop culture qui viennent égayer une trame pourtant sérieuse. Le réalisateur ne cherche pas à justifier son film par une mise en abîme trop terre à terre, ni à philosopher sur la petitesse de l’humain face à l’immensité de l’espace, au contraire, Seul sur Mars est très concret : un homme a été abandonné sur Mars, il faut à tout pris le ramener (mort ou vif). Résultat, la survie du héros devient intéressante et, surtout, compréhensible sans forcément avoir besoin de se triturer le cerveau, laissant le soin à Mars de faire son petit effet.

seulsurmars_2En effet, Ridley Scott n’oublie jamais l’élément central de son film. Alors que Seul Sur Mars arrive parfois à nous faire oublier que le héros se trouve dans un milieu hyper hostile, chaque piqûre de rappel rehausse la tension du film, créant ainsi un mélange satisfaisant entre le divertissement et le frisson. Au final, on finit même par se demander si Seul Sur Mars est aussi prévisible que cela tant le film parvient à semer le doute sur son issue. Et oui, car en parallèle, Seul Sur Mars offre également une découverte réaliste des hautes sphères de la NASA, soulevant des question supplémentaires quant à la survie de l’astronaute perdu. Du coup, les rôles s’inversent : là où le héros risque la mort à tout instant, c’est plutôt les vacances (on aurait presque envie d’y passer du temps avec Matt Damon et ses patates), alors que le combat le plus prenant se déroule sur Terre, dans les locaux de la NASA, où les cerveaux les plus brillants sont chargés de trouvé une solution. Ridley Scott multiplie les enjeux et les storylines, parvenant à susciter la tension nécessaire au film pour maintenir en haleine jusqu’au bout.

Et pourtant, les pièges étaient nombreux. Au-delà des comparaisons inévitables avec Gravity et Interstellar, proposer un film mettant en scène un personnage isolé dans un décor proposant peu de facettes peut sembler casse-gueule. Derrière la caméra, Ridley Scott est créatif. Si le désert jordanien était un excellent terrain de jeu pour représenter la planète Mars, le réalisateur multiplie également les prises de vues pour rester au plus près de son héros, postant le spectateur en témoin privilégié de son aventure. De plus, le film est galvanisé par une bande-originale entraînante (dont la musique d’ouverture offre un micro rappel à Alien !). Dans l’ensemble, Ridley Scott maîtrise les deux tableaux de son film : d’un coté, la survie de son héros, entre leçon de courage et humour, tandis que de l’autre, la tension est maintenue à travers les différentes problématiques soulevées une éventuelle mission de secours. Seul Sur Mars réussit à paraître très simple, alors qu’un travail de recherche et d’adaptation évident permet au film d’être aussi crédible et réaliste. Peut-être trop simple ? Si le danger est proche, il est rarement imagé, et entre cela et les F-words masqués, Seul Sur Mars conserve un format tout public, divertissant mais un tout petit poil trop propre.
Pourtant, le seul point faible dans tout cela, c’est que Seul Sur Mars a tendance à délaisser les autres astronautes, absents pendant une bonne partie du film. Dommage avec un casting aussi attrayant, mais à cause de cela, Jessica Chastain (Crimson Peak, A Most Violent Year…) passe au second plan, tout comme ses acolytes de l’espace : Sebastian Stan (Captain America – Le soldat de l’hiver…), Kate Mara (Les 4 Fantastiques…) et Michael Peña (Ant-Man…), tandis que Chiwetel Ejiofor (12 Years A Slave…), Jeff Daniels (Looper…) et Sean Bean (Pixels…) prennent agréablement plus de place. Parmi les bonnes surprises, Kristen Wiig (Légendes Vivantes…) brille dans un rôle loin de la comédie pure et Donald Glover (Lazarus Effect…) se fait une belle place dans cette petite communauté. La star du film reste évidemment Matt Damon (Interstellar, Elysium…), excellent dans un premier rôle complexe et exigeant qu’il interprète avec brio.

En conclusion, Seul Sur Mars est loin d’être le film sans surprise que je craignais. Ridley Scott nage à contre-courant en proposant un film étonnamment drôle et accessible, entre aventure humaine et survival tendu. Le réalisateur d’Alien trouve un équilibre parfait entre le divertissement accrocheur et l’intrigue captivante. Prévisible ? En fait, pas tant que ça ! À voir absolument.

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