[COUP DE CŒUR] Mon Roi, de Maïwenn

MonRoi

Bien qu’elle ait une filmographie relativement jeune, Maïwenn fait toujours mouche à chaque nouveau film. Sa particularité : la réalité flirte constamment avec la fiction, avec une simplicité saisissante. Dans son nouveau film, la réalisatrice livre une histoire brute et éprouvante, narrant les amours passionnelles et destructrices d’une femme aux abois entre les mains d’un homme manipulateur. Bouleversant, Mon Roi est brillant, profond et touche en plein cœur. Impossible d’en ressortir indemne face à cette représentation de l’amour dans une forme si douloureusement accessible. Bravo.

Le pitch : Tony est admise dans un centre de rééducation après une grave chute de ski. Dépendante du personnel médical et des antidouleurs, elle prend le temps de se remémorer l’histoire tumultueuse qu’elle a vécue avec Georgio. Pourquoi se sont-ils aimés ? Qui est réellement l’homme qu’elle a adoré? Comment a-t-elle pu se soumettre à cette passion étouffante et destructrice ? Pour Tony c’est une difficile reconstruction qui commence désormais, un travail corporel qui lui permettra peut-être de définitivement se libérer…

Si la personnalité de Maïwenn divise, ses films mettent souvent tout le monde d’accord. En 2009, Le Bal des Actrices caricaturaient les dames du 7ème art, sans vraiment choisir entre la moquerie et le constat, proposant des portraits incisifs d’actrices françaises face à leurs carrières dans une sorte de docu-film controversé. Deux ans plus tard, Maïwenn s’impose à Cannes avec Polisse, un film étouffant sur un sujet dévastateur, la pédophilie, en mettant en scène des policiers de la brigade de la protection des mineurs, déchirés entre leur vie personnelle et la réalité monstrueuse de leur quotidien.

Avec Mon Roi, Maïwenn se recentre de explore un sujet plus intimiste, celle d’un amour comme on en voit peu au cinéma : celui qui piège, qui obsède et détruit tout sur son passage. Le type d’amour qui fait tout l’inverse de ce qu’il est sensé représenter. Et puisque les rencontres amoureuses sont souvent accidentelles, Mon Roi débute ainsi, avec un accident, et c’est au cours d’une longue reconstruction physique que Maïwen dévoile une histoire, à travers des flashbacks, aussi poignante que brutale.
Difficile de parler du film, au final, car l’intrigue se devine et ce n’est pas le plus important. Tony, femme de tête, finit par la perdre (sa tête) face au fougueux Georgio, aussi séducteur que solaire. Inutile également de blablater sur ce poison qui s’infiltre dans leur relation, ni d’énumérer les nombreux coups bas que subit Tony, qui s’accroche si désespérément à cette relation. Mon Roi doit surtout son réalisme à l’écriture affûtée de son scénario qui nous enferme dans un piège que l’on voit à peine venir. Le fameux Georgio ne charme pas uniquement l’héroïne du film, il charme aussi le public, si bien que les nombreuses sonnettes d’alarmes qui retentissent au début du film passe à la trappe… Le film crée une empathie incroyable car il est difficile de ne pas se projeter, pour comprendre Tony et ses faiblesses face à cet homme tentaculaire. Mon Roi donne presque envie d’y croire, à cette romance qui débute si parfaitement, aussi passionnelle et lumineuse que quasi instantanée. L’amour devient une dépendance, l’autre est une dose nécessaire et Maïwenn décrit parfaitement cette relation instable qui s’étire comme un élastique sans jamais parvenir au point de rupture.
D’un scénario brillant découlent des personnages réussis : Maïwenn étoffe la psychologie de ses personnages à vif qu’elle expose sans retenu, jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un face-à-face constamment à couteaux tirés, un jeu du chat et de la souris pervers et manipulateur, rappelant le stade où le chat a ferré sa proie et joue avec avant de lui asséner le coup de grâce.

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Basé ou non sur une histoire vécue par la réalisatrice, Mon Roi a cet aspect sincère et intime qui touche en plein cœur. Le film happe son spectateur dans cette bulle instable, partageant des moments de joie lumineux et des scènes d’une dureté parfois choquante. Et c’est là le plus difficile : traduire des actes d’une violence inouïe alors que c’est le mental qui essuie les plâtres et que physiquement, il n’y a aucune trace, à part un personnage en pointillés. Maïwenn partage ses émotions avec générosité dans un film incroyable et vrai, disséquant la mécanique vicieuse d’un couple qui se déchire sans pour autant réussir à se séparer, entre reconstructions et fêlures. Pire, Mon Roi respire l’amour pour ses personnages et surtout ce Georgio que la caméra ne quitte jamais.
Bref, je disserte et je m’emballe… La vérité c’est que j’ai adoré Mon Roi, pour son authenticité et sa beauté, malgré tout. Maïwenn parvient toujours à trouver ces instants lumineux qui embellissent ses personnages, sans jamais les enfermer dans la caricature (peut-être un savoir-faire qui lui manquait dans Le Bal Des Actrices), tout en narrant une histoire foutue. Si l’émotion est toujours présente, Mon Roi conserve une légèreté presque choquante mais qui aide à ne pas sombrer dans la mélancolie et pendant que l’héroïne se reconstruit en tentant de guérir de cet amour qui l’a emprisonnée, Maïwenn conclut sur une note juste, mais amère.
Ceci étant dit, après toutes ses éloges, il faut reconnaître que les travers de Maïwenn ne sont jamais très loin. Avant de se plonger entièrement dans ce véritable duel, il faut composer avec les maladresses de sa réalisatrice qui n’assume jamais le statut social de ses personnages. S’il est entendu que le fait d’avoir des personnages issus de milieu aisé est plus un choix stratégique que narratif (grands apparts = grands espace pour tourner), Maïwenn ne peut s’empêcher d’y ajouter une touche un peu prolo comme pour rappeler d’où elle vient, entre un faux-rebelle des hauts quartiers et une robe de mariée peu conventionnelle.

Au final, Mon Roi n’est pas un film qui se raconte mais qui se voit absolument, car au-delà de son scénario efficace, c’est surtout la performance des acteurs qui insuffle au film une charge émotionnelle incroyable. Vincent Cassel (Tale of Tales, Un Moment d’Égarement…) est grandiose, charismatique et, comme toujours, habité par son personnage qu’on aime autant que l’on déteste, face à une Emmanuelle Bercot (La Tête Haute, Elle S’En Va, Polisse…) d’une justesse incroyable, qui lui a d’ailleurs valu le Prix d’Interprétation Féminine lors du dernier Festival de Cannes. À leurs cotés, si Isild Le Besco (Une Nouvelle Amie…) est en retrait, Louis Garrel (Saint Laurent…) joue les baromètres émotionnels agréables une fois qu’il arrête de jouer les wesh-wesh du 16ème.

En conclusion, Mon Roi est une belle réussite à la fois poignante et brillante qui retrace avec simplicité un amour marqué par la manipulation et des émotions fortes. À voir absolument !

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