[CRITIQUE] Sicario, de Denis Villeneuve

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Oppressant, noir et poisseux, le nouveau film de Denis Villeneuve prend à la gorge dès les premières minutes et ne relâche jamais la pression. Sicario, thriller viscéral maîtrisé et glaçant, dépeint une guerre des nerfs et de pouvoir où la limite entre le bien et le mal est mise de coté. Denis Villeneuve pointe du doigt un système pervers qui profite de ses failles, avec une intensité éprouvante et une dureté parfois insoutenable. Violent.

Le pitch : La zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique est devenue un territoire de non-droit. Kate, une jeune recrue idéaliste du FBI, y est enrôlée pour aider un groupe d’intervention d’élite dirigé par un agent du gouvernement dans la lutte contre le trafic de drogues. Menée par un consultant énigmatique, l’équipe se lance dans un périple clandestin, obligeant Kate à remettre en question ses convictions pour pouvoir survivre.

De film en film, Denis Villeneuve s’impose comme une réalisateur prometteur avec ses thrillers torturés et sombres qui ne laissent jamais indemnes. Après un Prisoners déroutant et un Enemy mystérieux et psychotique, Sicario semble a priori proposer une histoire moins compliquée. Pourtant, si l’intrigue est simple, la férocité avec laquelle Denis Villeneuve nous piège dans un univers violent et sans limite capte l’attention dès le début.
En effet, préparez-vous pour une introduction brutale dans un univers policier de haute volée en découvrant l’héroïne du film, jeune recrue du FBI spécialisée dans la traque et le kidnapping. Sicario annonce la couleur en dévoilant une entrée en matière brute de décoffrage et nous entraine dans une spirale infernale aux cotés d’un personnage en quête de réponses. Denis Villeneuve maîtrise les codes du thriller, qu’il applique dans une trame nerveuse et haletante, transformée en un jeu de dupes malsain. Entre les méthodes musclées du gouvernement et l’absence d’humanité des trafiquants de drogue, Sicario tranche net et dénonce des agissements hors du commun et horrible d’une part et d’autre de la frontière américaine, où des scènes anodines virent à la folie meurtrière et semant le trouble entre le bien et le mal. Denis Villeneuve transpose son héroïne, pourtant habituée à des tableaux macabres, à un univers dont elle ne maîtrise rien, la transformant en repère pour le spectateur. Alors qu’on pourrait facilement penser que son personnage n’est qu’un pantin ballotté entre les mensonges et les secrets des autres, Denis Villeneuve y personnifie l’Amérique et sa facette puritaine et naïve, celle qui reste persuadée qu’il y a une justice et des règles qui s’appliquent équitablement pour tous, l’Amérique qui découvre tous les quatre matins que l’horreur est à sa porte, alors qu’elle patauge joyeusement dans un nid de vipères sans le voir. Le résultat résonne comme une énorme claque, voire une prise de conscience, alors que Denis Villeneuve dévoile l’envers du décor en cristallisant une réalité taboue, à savoir le jeu du gouvernement dans cette lutte inégale contre la drogue. Ce qui devait être une traque basique pour démanteler un cartel de drogue mue de minutes en minutes dans des quêtes multiples, entre soif de contrôle et de revanche.

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Film coup de poing, Sicario nous happe dans une intrigue toujours plus trouble et brouille les repères pour faire de chaque personnage une menace potentielle. Denis Villeneuve intensifie cet aspect et découpe une ambiance oppressante en jouant avec la pénombre dans ses scènes nocturnes pour dérouter aussi bien son personnage principal que le spectateur, à la merci de ce qu’il veut bien nous montrer, entre ses plans serrés et ses échanges toujours teintés de menaces. Viscéral et tendu, Sicario captive de bout en bout, j’en suis ressortie secouée, presque sous le choc de ses deux heures palpitantes et d’une intensité rare.

Au casting, dans ce casting très masculin, Emily Blunt (Into The Woods, Edge Of Tomorrow…) est en retrait, non pas à cause d’un quelconque traitement misogyne mais surtout qu’elle a un rôle complexe, entre l’observation et l’intervention, qu’elle tient brillamment en conservant une image forte, féminine malgré tout et sûre de ses convictions. Face à elle, un tandem de choc : Benicio Del Toro (Paradise Lost, Les Gardiens de la Galaxie…) est impeccable dans un personnage qui lui sied comme un gant, tandis que Josh Brolin (Everest, Inherent Vice…) endosse un rôle difficile, dont l’impassibilité détonne avec la tonalité sanguine du film.

En conclusion, Denis Villeneuve s’éloigne un instant de son exploration des travers et des vices intimes pour dénoncer un sujet de grande échelle. Sicario est un grand thriller, captivant, oppressant et brutal, qui explore un système sans âme dans une représentation certes extrême mais réaliste. Tout l’art de peindre de nombreuses nuances de gris entre le bien et le mal, en fait. À voir.

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