[CRITIQUE] Lolo, de Julie Delpy

lolo

Sympathique et très piquant, Lolo est peut-être moins affûté que les films précédents de la curieuse Julie Delpy, mais reste une comédie agréable où la légèreté apparente dévoile un sujet plus profond que la réalisatrice explore avec humour. À travers un film coloré qui égratigne mine de rien un Paris bobo cristallisé dans un univers arty et arrogant, Julie Delpy illustre une relation mère-fils œdipienne avec une perspicacité vive et jubilatoire qui empêche Lolo de sombrer dans la morale accusatrice qui irait pourtant bien avec son sujet. Résultat, Lolo est un régal à la fois drôle et vache…ment cash !

Le pitch : En thalasso à Biarritz avec sa meilleure amie, Violette, quadra parisienne travaillant dans la mode, rencontre Jean-René, un modeste informaticien fraîchement divorcé. Après des années de solitude, elle se laisse séduire. Il la rejoint à Paris, tentant de s’adapter au microcosme parisien dans lequel elle évolue. Mais c’est sans compter sur la présence de Lolo, le fils chéri de Violette, prêt à tout pour détruire le couple naissant et conserver sa place de favori.

Julie Delpy se fait rarement de cadeau dans ses films et se donne toujours des rôles (de composition ?) criblés de travers agaçants, mais à la sincérité à fleur de peau et touchante. Ainsi, la réalisatrice se glisse dans des personnages parfois excentriques, souvent trop sensibles mais jamais vains. Après le diptyque Two Days In Paris et Two Days In New York, Julie Delpy retrouve la capitale et enrobe le cœur de son film dans un bonbon acidulé et agréable, débutant par une rencontre sous forme de choc des cultures : la parisienne vs le provincial, histoire d’aiguiser ses armes. En effet, Lolo ne s’attarde pas vraiment sur ces différences et préfère mettre en avant un fils manipulateur qui ne voit pas cette nouvelle relation d’un très bon œil. Julie Delpy multiplie les terrains de jeu en voguant dans des univers aisément critiquables : la mode, l’art, grimés en milieux prétentieux et superficiel, le tout opposé à la grisaille méthodique de l’informatique, permettant ainsi d’éclabousser un petit monde régi par des apparences pas toujours positives. Du coup, tous les coups sont permis et chacun en prend pour son grade, tandis que Lolo observe les pièges savoureux dans lesquels tombent ses personnages, animés comme des pantins par les mouvements d’humeur d’un gamin calculateur et double face.
Pourtant, dans cet ensemble plein de bonne humeur au franc-parlé détonnant, Julie Delpy illustre un malaise peu anodin d’une manière simple et accessible. Si l’œdipe fait plus souvent penser à des tragédies grecques ou à des thrillers psychologiques parfois trop complexes (Only God Forgives, de Nicolas Winding Refn), Lolo prend par surprise en tissant une relation mère-fils devenue dépendante et inextricable. Au-delà de la comédie, on découvre finalement des personnages vampirisés par leurs émotions et qui n’ont pas su tenir leurs rôles fondamentaux. Julie Delpy pointe du doigt un mal finalement très répandu, sans pour autant juger les parents (célibataires) mais plutôt en relevant les dérives des relations permissives et parfois irresponsables. Pour faire passer la pilule, Lolo s’adonne à la satyre réjouissante en repoussant les limites de la caricature, s’extirpant finalement de la comédie populaire et passe-partout pour en devenir un film suffisamment incisif pour déranger et faire réfléchir. Pas mal !

Au casting, évidemment Julie Delpy (La Comtesse, Before Midnight, Skylab…) passe devant la caméra et assume un ensemble piquant qu’elle allège avec son petit grain de folie. Dany Boon (Supercondriaque, Un Plan Parfait…) fait office de faire-valoir humoristique pour, à mon avis, minimiser certaines scènes un peu trop brutes de décoffrage, face à un Vincent Lacoste (Hippocrate, Jacky Au Royaume des Filles…) très bon en gamin tête-à-claques, hautain mais tout de même déboussolé par cette mère qui lui échappe (comme si le fameux JC de JC comme Jésus Christ avait enfin trouvé sa place). Autour, on y retrouve également une Karin Viard (La Famille Bélier, On A Failli Etre Amies…) superbe et il ne faut pas rater Albert Delpy qui se balade dans une des scènes du film.

En conclusion, Lolo est si enrobé de sucre qu’on pourrait presque croire que Julie Delpy s’est assagie. Si son dernier film rentre moins dans le lard que les précédents, Lolo vise juste et parvient à trouver un équilibre salvateur entre l’humour très présent et l’écriture acérée de Julie Delpy qui donne lieu à des échanges et des scènes plutôt vaches, mais toujours jubilatoire. À voir !

lolo2

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s