[CRITIQUE] Régression, d’Alejandro Amenábar

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14 ans après le film Les Autres, Alejandro Amenábar est de retour avec un nouveau thriller psychologique flirtant avec le cinéma d’épouvante. Forcément, après avoir réalisé un des meilleurs films d’épouvante de ces dernières années – sans mentionner un twist final génial -, le réalisateur espagnol est attendu au tournant avec Régression, un film délicieusement sombre et sournois… mais finalement très faible.

Le pitch : Minnesota, 1990. L’inspecteur Bruce Kenner enquête sur un crime révoltant dont la jeune Angela accuse son père, John Gray. Lorsque John avoue sa culpabilité de façon tout à fait inattendue et sans garder le moindre souvenir des faits, le docteur Raines, un célèbre psychologue, est appelé à la rescousse. Il va devoir aider John à retrouver la mémoire, mais ce qu’ils vont découvrir cache un terrifiant mystère qui concerne le pays tout entier…

Dans un film étrangement daté, Alejandro Amenábar explore une Amérique provinciale secouée par des vagues de cultes pseudo-sataniques qui émergent un peu partout. Régression surfe sur cette tendance en creusant une enquête poisseuse qui débute avec une histoire trouble d’inceste avant de de s’étoffer entre croyances occultes et séances d’hypnoses perturbantes. Le film étire une trame réaliste jusqu’aux portes d’un cauchemar éveillé et entretient un climat suspicieux qui rend l’ensemble plutôt captivant, tant on a hâte d’avoir le fin mot de l’histoire. Et oui, après Ouvre Les yeux (1997) et Les Autres (2001), on s’attend forcément à une révélation incroyable, du coup le spectateur aguerri est à l’affût du moindre indice, voire prêt à se laisser duper.
Malheureusement, il ne faudra pas chercher très loin avant de comprendre la majeure partie de l’intrigue. Pire, la réponse est si simple que je refusais d’y croire, espérant un dénouement plus complexe, mais finalement la simplicité de la trame est incroyablement décevante. En effet, le mystère de Régression tombe trop vite à l’eau, mais ce qui n’arrange pas les choses c’est que le film survole des sujets qui auraient pu rendre l’ensemble nettement plus vivant, voire carrément flippant. D’un coté, le satanisme est abordé de manière simplette à travers des extraits sordides mais pas trop (ouhh les sacrifices de bébé, le sexe à plusieurs, bouh c’est mal), dignes de reconstitutions pour documentaires télévisés à sensations (style Crimes sur NRJ12, n’est-ce pas). De l’autre, Régression aurait pu sortir de cette espèces d’atmosphère monotone et sans surprise grâce à l’hypnose, un sujet trop rarement exploré au cinéma et qui pourtant permet de développer des intrigues intéressantes et tortueuses (comme le film Hypnose de David Koepp ou le plus récent Trance de Danny Boyle). Mais ici, encore une fois, Alejandro Amenábar survole le sujet, explique relativement le principe de suggestion qui fonctionne plutôt bien dans le film, mais une fois l’explication donnée, tout tombe finalement à plat puisque cela devient la justification entière du film. En fait, une fois que le film atteint sa conclusion, tous les efforts d’Amenábar retombent comme un soufflé, car chaque personnage revient sur chaque micro-intrigue avec insistance, faisant l’effet d’un tour de magie dont on expliquera l’astuce.
Concrètement, on est très loin des films d’ambiance qu’avaient su réaliser Alejandro Amenábar, que ce soit des thrillers déroutants ou des drames émouvants. Malgré une ambiance sombre entretenue et un tantinet glauque, Régression est encombré par des personnages attendus et manque de relief. En fait, pendant tout le film, j’espérai plus, mais réellement Régression fait un service minimum navrant et même l’opposition entre la foi de ses personnages et la réalité scientifique fleure le déjà-vu (L’Exorcisme d’Emily Rose de Scott Derrickson).

Au casting, c’est un peu tristounet également. Je sais que des hordes de fans d’Harry Potter risquent me tomber dessus, mais il serait temps qu’Emma Watson (Le Monde de Charlie, The Bling Ring, Noé…) cesse de se reposer sur sa notoriété et insuffle un peu de personnalité à ces rôles. Mimiques et grimaces peinées, l’actrice passe tout le film à avoir l’air constipé (cf. l’affiche du film) et malheureusement pour elle, le seul moment où elle aurait pu se lâcher n’est pas vraiment exploité par le film… À ses cotés, Ethan Hawke (Sinister, American Nightmare, Boyhood…) s’abonne à un genre qui lui tend les bras, sans vraiment convaincre, tandis que David Thewlis (Une Merveilleuse Histoire Du Temps, Queen And Country…) écope d’un rôle accessoire et délaissé en cours de route.

En conclusion, le grand retour d’Alejandro Amenábar fait l’effet d’une douche froide. Alors que j’attendais un film à la hauteur de son succès Les Autres, je me suis retrouvée face à un thriller fade et téléphoné, dans la lignée des films pseudo-horrifiques sans ambition qui fleurissent chaque année. Au-delà d’une ambiance soignée, Régression se résume à un film superficiel et prévisible, misant sur le caractère sulfureux du satanisme pour faire frissonner dans les chaumières. Malheureusement, le traitement est bien trop générique et Régression ne parvient pas à donner le change très longtemps, tant le film tourne à vide au bout d’une trentaine de minutes. Dommage.

Et tes PMS durent depuis combien de temps, exactement ?

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2 réflexions sur “[CRITIQUE] Régression, d’Alejandro Amenábar

  1. J’en garde un bon souvenir, dans l’ensemble. Pas transcendant, pas génial et clairement pas surprenant mais pas mal, quand même (j’aime bien Ethan Hawke cela dit, ça peut jouer).
    L’ambiance est lourde et poisseuse, dommage que le tandem flic-psy ne soit pas vraiment plus exploité que cela (on effleure à peine le phénomène qui donne pourtant son titre au film).
    Ca se termine rapidement et clairement en eau-de-boudin (tout ça pour ça ?) et puis, c’est sûr que les clichés sur le satanisme, ça prête à sourire… Mais ça se laisse regarder, un samedi soir pluvieux.
    Et, à titre personnel, ce n’est toujours pas ce long-métrage qui me convaincra du talent d’Emma Watson… Je ne comprends pas ce qu’on lui trouve 🙂

    • Entièrement d’accord pour Emma Watson. Elle surfe encore sur la hype Harry Potter, mais il va bientôt falloir qu’elle nous prouve qu’elle sait vraiment jouer sans froncer les sourcils et faire une moue triste comme quand elle était petite. Je suis pas sûre que l’adaptation live de La Belle et la Bête soit le bon film pour ça U_U

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