[CRITIQUE] Macbeth, de Justin Kurzel

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Alors qu’on l’attendait à peine ou plus (depuis le Festival de Cannes), au milieu des gros blockbusters de cette fin d’année, Justin Kurzel débarque avec son adaptation de Macbeth, spectaculaire, puissante et viscérale. De la performance magistrale des acteurs à la photographie et mise en scène sublimes du film, Macbeth est une petite claque ciné qui prend aux tripes et captive de bout en bout. Seul bémol dans tout ça : les dialogues en vieil anglais, repris de la pièce originale et compliqués à suivre en VO ou en VF, en déconcerteront plus d’un et pourtant, le film de Justin Kurzel mérite le détour. Époustouflant.

Le pitch : 11ème siècle : Ecosse. Macbeth, chef des armées, sort victorieux de la guerre qui fait rage dans tout le pays. Sur son chemin, trois sorcières lui prédisent qu’il deviendra roi. Comme envoûtés par la prophétie, Macbeth et son épouse montent alors un plan machiavélique pour régner sur le trône, jusqu’à en perdre la raison.

Publié une première fois en 1623, Macbeth est probablement l’histoire la plus sombre et la plus torturée écrite par William Shakespeare, qui, malgré son contexte, ne prend pourtant pas une ride. Cette tragédie a déjà été adaptée plusieurs fois au cinéma et au théâtre, dans des interprétations linéaires ou carrément décalées (la guerre des chefs cuisiniers dans le volet Macbeth de la mini-série ShakespeaRe-Told en 2015) et cette année, c’est un jeune réalisateur qui a décidé de faire ses armes dessus, avant son prochain film, très attendu, Assassin’s Creed en 2017. Pourtant, si Macbeth avait reçu un accueil critique mitigé lors de sa présentation au dernier Festival de Cannes, le film est pourtant phénoménal et bouillant d’une puissance visuelle et scénique qui transporte le spectateur dans son univers avant de le relâcher, hébété, à la fin du spectacle. C’est en tout cas ce que j’ai ressenti, alors que – je l’avoue – je n’avais jamais lu Macbeth et j’ai découvert un drame noir brillamment exécuté et finalement accessible (malgré les dialogues), qui semble traverser les âges avec une facilité surprenante. La réussite du film est dûe notamment grâce à ses personnages déchirés par l’ambition et le remord, ce que Justin Kurzel (Les Crimes de Snowtown) a très bien compris.
En effet, pour se démarquer sans jamais s’éloigner du texte original, le réalisateur soigne l’ensemble et propose un film aux allures de toiles de maîtres, comme si chaque scène était en réalité issue d’une oeuvre d’art qu’il a animé par la suite. Macbeth est incroyablement beau, j’en ai pris plein les yeux : la photographie est brute, sombre et métallique, traversée par des éclats de rouges qui prennent de plus en plus de place au fur et à mesure que l’histoire sombre dans l’angoisse, jusqu’à une scène finale saisissante, peinte à l’écarlate. Kurzel parvient à donner du rythme à alternant des tableaux percutants puis contemplatifs, où la beauté des décors et costumes éclabousse des moments de violence maîtrisée, qu’elle soit contenue dans des ralentis spectaculaires ou librement explorée à travers les actes commis par Macbeth. Le résultat est à la fois saisissant et réussi : le film de Justin Kurzel conserve l’aspect intemporel de cette soif de pouvoir qui l’anime. Alors que le réalisateur choisit de rester dans le verbe de Shakespeare, il mise sur une mise en scène théâtrale, à la fois visuelle et moderne, mettant en avant aussi bien ses personnages principaux qu’une atmosphère orageuse. En effet, derrière le couple royale, Macbeth n’oublie pas de représenter un peuple dépassé et aux abois, jusqu’à une conclusion superbe et lourde de sens.

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Macbeth… Un homme rongé par ses choix, brillamment interprété par un Michael Fassbender habité, qui évolue sous nos yeux, passant de la lumière à la noirceur sans fond. Justin Kurzel retrace brillamment un parcours marqué par une ambition dévorante qui va empoisonner le futur roi et sa femme, avant de suivre leur lente descente aux Enfers. Macbeth image parfaitement la sombre folie qui va les séparer, poussant l’un à perdre la raison et l’autre au désespoir. Entre des monologues poignants et des face-à-faces nerveux, Macbeth est d’une intensité palpable qui coupe parfois le souffle, tant certaines scènes sont parfois denses et chargées en émotions.
Pour ces rôles d’envergure, Justin Kurzel s’entoure de son duo phare (qu’il retrouvera en 2016 pour son adaptation du jeu vidéo Assassin’s Creed). Si la perfection du jeu de Michael Fassbender (X-Men Days Of Future Past, Frank, Twelve Years A Slave…) n’est plus à prouver, il montre une fois de plus qu’il est autant à l’aise dans un blockbuster que dans un film indépendant, tant il incarne un Macbeth poignant, visiblement en train de sombrer. À ses cotés, Marion Cotillard (Deux Jours, Une Nuit, The Immigrant…) accède à un rôle très convoité, celui de l’implacable Lady Macbeth, qu’elle interprété avec beaucoup de classe et de conviction, loin de cette aura guindée et rigide que lui donne ses rôles Hollywoodiens. Parmi les rôles secondaires, Paddy Considine (Pride…), Sean Harris (Mission Impossible : Rogue Nation…) et David Thewlis (Regression…) restent en mémoire, ainsi que Jack Reynor (Transformers : l’Âge de l’Extinction…) dans le dernier acte et Elizabeth Debicki (Agents Très Spéciaux : Code UNCLE…) dans un des moments-clés du film.

En conclusion : à la fois beau et fort, Macbeth est une nouvelle adaptation renversante et fascinante, même si on n’a jamais lu ou vu la pièce auparavant. Justin Kurzel livre un film époustouflant, imprimé par des tableaux d’une beauté brute et sombre et interprété par un Michael Fassbender brillant et une Marion Cotillard remarquable. Seule ombre au tableau, Justin Kurzel soigne ses scènes au millimètre près et finit par faire du démonstratif. Du coup, malgré son intérêt, Macbeth s’avère parfois lent et, coup dur, les dialogues conservent le texte original, ce qui rend les tournures de phrases assez difficiles à suivre. J’avoue que se concentrer sur le texte permet au temps de passer plus vite 😀 Cependant, devant un tel spectacle et une si belle performance des acteurs, Macbeth s’inscrit comme un petit chef d’œuvre à ne pas manquer.

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