[CRITIQUE] James Bond : Spectre, de Sam Mendes

spectre1Long, très long, et ramolli par une intrigue inutilement alambiquée, Spectre est une petite déception. Sam Mendes a su prendre des risques en proposant une histoire neuve sans se reposer sur son succès précédent : Spectre est ambitieux et la mise en scène est maîtrisées et inventive. Malheureusement, l’intrigue à rallonge et les personnages secondaires transparents desservent un ensemble certes dans la lignée des James Bond mais globalement pauvre.

Le pitch : Un message cryptique surgi du passé entraîne James Bond dans une mission très personnelle à Mexico puis à Rome, où il rencontre Lucia Sciarra, la très belle veuve d’un célèbre criminel. Bond réussit à infiltrer une réunion secrète révélant une redoutable organisation baptisée Spectre. Pendant ce temps, à Londres, Max Denbigh, le nouveau directeur du Centre pour la Sécurité Nationale, remet en cause les actions de Bond et l’existence même du MI6, dirigé par M. Bond persuade Moneypenny et Q de l’aider secrètement à localiser Madeleine Swann, la fille de son vieil ennemi, Mr White, qui pourrait détenir le moyen de détruire Spectre. Fille de tueur, Madeleine comprend Bond mieux que personne… En s’approchant du cœur de Spectre, Bond va découvrir qu’il existe peut-être un terrible lien entre lui et le mystérieux ennemi qu’il traque…

Après le succès de Skyfall en 2012, Sam Mendes avait la lourde de tâche de mettre en scène un quatrième (et dernier ?) volet de James Bond, circa Daniel Craig. Une aventure en dents de scie qui a démarré en force et tout en controverse avec le fabuleux Casino Royale de Martin Campbell, avant la débandade devant Quantum Of Solace de Marc Forster. L’objectif était donc de finir en beauté, en restant au même niveau que Skyfall, si ce n’est mieux. Pour cela, il n’y a pas 36 solutions : soit la frilosité était de mise et le nouveau James Bond aurait été une redite de Skyfall, soit il faut prendre des risques et innover. Heureusement, Sam Mendes a opté pour la seconde option. Malheureusement pour lui, qui dit prendre des risques, sous-entend prendre le risque de se vautrer. Autant vous le dire, Spectre est décevant.
Personnellement, la douche froide a débuté quelques mois auparavant à l’annonce du casting, notamment avec la découverte des deux actrices choisies pour incarner les James Bond Girls. Mais le problème n’est pas entièrement là. Pourtant, les premières minutes de Spectre sont géniales : l’introduction met, comme souvent, en scène une course poursuite, et Sam Mendes accentue le style classe et british du célèbre espion tout en élaborant de l’action toujours plus explosive et surprenante. Spectre nous conquiert d’emblée avec ces quelques minutes d’anthologie qui compile exactement ce que l’on attend d’un James Bond, avant d’offrir l’inévitable générique avec la chanson The Writting On The Wall de Sam Smith qui – comme Skyfall en 2012 – annonce une intrigue sombre et intimiste.
Et après ça, tout s’effondre. De façon général, l’histoire de Spectre est on ne peut plus classique, alors que Bond tente de démêler les tentacules d’une organisation mondiale qui a pour but de manipuler les gens pour régner. Sam Mendes pousse la conclusion jusqu’à relier son film aux précédents, faisant de James Bond un pion central et une cible personnelle, ce qui rend l’ensemble finalement peu crédible et un peu trop facile. Mais si on adhère tout de même à cette idée, le point faible de Spectre réside dans ses disgressions bavardes, appuyées par de trop nombreux déplacements pour masquer un dénouement qui tarde beaucoup (trop) à venir. Sam Mendes donne volontairement le tournis pour combler une histoire qu’il étire inutilement, à tel point que les nombreuses scènes n’action ne parviennent plus à sauver les apparences : oui, Spectre tourne en rond.

spectre2Pourtant, il y a de bonnes intentions dans tout cela. Si Skyfall résonnait déjà comme un hommage à la saga, Spectre va un peu plus loin. Alors que les fans ont souvent reproché aux films avec Daniel Craig de flirter vers la tendance action hero type Jason Bourne, Sam Mendes met tous le monde d’accord distillant quelques références aux films old school : plus qu’une magnifique Aston Martin, on retrouve dans Spectre les fameux gadgets de Q, des clins d’oeil sympathiques aux anciens films (le méchant à chat, le nom du méchant…), sans pour autant se départir de son ambition première. En effet, si le film est plutôt soporifique (n’ayons pas peur des mots), Spectre alimente un fil rouge souvent tendu grâce au personnage tenu par le colosse Dave Bautista qui devient finalement la seule vraie menace du film.
Malgré tout, on s’ennuie beaucoup dans ce très long Spectre (2h30). Au-delà d’une intrigue qui se joue plus dans les dialogues que dans l’action, le film de Sam Mendes repose sur des personnages faiblards. Le héros semble avoir atteint ses limites et cette dernière version a du mal à osciller entre le gentleman lover et l’agent secret, surtout à cause d’une écriture pas terrible qui rend les personnages secondaires inutiles ou agaçants. Comme souvent la première James Bond Girl (Monica Bellucci) ne fait que passer et sert de faire-valoir sexy, tandis que la seconde est sensée étoffer l’intrigue. Si les précédentes Vesper Lynd (Eva Green, meilleure James Bond Girl à ce jour) et autre Camille (Olga Kurylenko) avaient réussi à dépasser le stade de potiches, celle interprétée par Lea Seydoux est transparente et fait penser à une Vesper Lynd du pauvre. En dehors du casting féminin, les autres personnages sont aussi moyens : le méchant a des ambitions bien petites comparées à l’Organisation entière, tandis que la participation honorable de M, Q et Moneypenny rappellent parfois l’esprit d’équipe à la Mission Impossible.
En bref, en voulant satisfaire tout le monde, Sam Mendes livre un opus bancal qui donne plus envie de savoir qui sera le prochain James Bond que d’avoir le fin mot de l’histoire. Heureusement, Sam Mendes reste un très bon réalisateur. En effet, si ces effets de style m’ont laissée de marbre (les silences évocateurs, les courses poursuites sur fond de musique classique), Spectre est visuellement attrayant, fluide et facile à suivre. Le film conserve un cachet très glamour renouant avec le coté classique et intemporel des anciens James Bond, que ce soit dans la photographie, les décors et même le choix des tenues des acteurs. Certaines scènes sont particulièrement léchées, notamment celle du train, le face-à-face avec Dave Bautista (malheureusement gâché par la dernière réplique) ou encore la solennelité ressentie sur toute la fin.

Au casting, Daniel Craig est pour moi toujours à la hauteur, même si son coté tueur insensible m’a manqué dans cet opus. À ses cotés, nous retrouvons un Christoph Waltz (Comment Tuer Son Boss 2, Big Eyes…) qui, même s’il joue bien, a dû mal à sortir de son registre et c’est – surprise ! – Dave Bautista (Les Gardiens de la Galaxie, Riddick…) qui lui vole la vedette en incarnant un homme de main peu bavard mais sacrément flippant. Coté James Bond Girls, Monica Belluci tombe la robe plus vite que son ombre (faudra m’expliquer le dos nu, puis la combinaison body/porte-jaretelles juste après) et Léa Seydoux (Saint Laurent, La Vie d’Adèle…) conserve son insupportable rictus qui m’a donné du mal à apprécier sa performance. Autour d’eux, Ralph Fiennes (The Grand Budapest Hotel…), Naomie Harris (Mandela, La Rage Au Ventre…) et Ben Wishaw (Cloud Atlas…) sont en retrait, tandis qu’Andrew Scott (Docteur Frankenstein…) ne fait pas vraiment d’étincelles.

En conclusion, Sam Mendes avait du pain sur la planche pour proposer un nouveau James Bond après Skyfall. Le plus gros défaut, selon moi, c’est d’avoir voulu relier les quatre films : non seulement cela diminue l’efficacité des opus précédents, mais cela rend l’intrigue de Spectre parfois trop commode alors que les ambitions du grand méchant, aussi simplistes soient-elles, étaient parfaitement exploitables. Du coup, entre le complot international et les nombreux aller-retours qui servent plus à combler le vide qu’autre chose, Spectre m’a perdu en cours de route. Dommage, car derrière la caméra, Sam Mendes fait plutôt du bon boulot. À voir, malgré tout.

spectre3
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s